‹ Une Famille au XVIe siècleChapitre 5 sur 21 · De la Sagesse, liv. III, chap. xiv · texte numérisé non relu

De la Sagesse, liv. III, chap. xiv

2. Encore au xvii^ siècle on trouve, dans une Déclaration royale de i6j9, la famille appelée au nom des mêmes principes le séminaire des Estais.

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de la mère^ le respect^ la piété filiale^ Tamour & le dévouement des enfants.

Parents & enfants ont été des saints^ comme il en faudrait beaucoup dans le monde. Leurs vertus sont de celles dont saint François de Sales disait^ vers le même temps^ qu'on y va (( rondement^ naifvement^ à la vieille fran-çoise^ avec liberté et à la bonne foy^. )) Vertus à la fois chrétiennes & sociales ! Elles créent les âmes bien nées^ les vaillants caractères. (( Tout enfant qui se fie au bien de son père ne mérite pas de vivre. » s'écrie un des fils du Laurens. Voilà une déclaration de principe que de telles éducations peuvent seules faire concevoir comme possible dans la bouche d'un enfant.

Enfin^ quel juste orgueil éprouve la narratrice de cette simple histoire à dire & à répéter qu'elle est fière d'être sortie d'une telle

I. LeUre à M"^^ de Chantai du i^** novembre 1605. — OEuvres complètes de saint François de Sales, t. X, p. 115. (Nouvelle édition de L. Vives.)

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I race ! Nous avons trouvé dans de nombreux documents de famille l'expression des mêmes

I sentiments. Peut-être nous sera-t-il permis quelque jour de les publier. « Mon père ne m'a jamais donné que de bons exemples^ écrit un fils,y^ serais P homme le plus indigne qu'il y eût sur la terre si j'étais capable de déshonorer sa mémoire, Mais^ si je n'ai pas hérité de ses talents^ j'espère avec l'aide du Seigneur succé^ der à ses sentiments^ à sa droiture^ à son bon cœur. Il m'a laissé en mourant un plus bel exemple encore de religion et de soumission aux volontés de Dieu* Je prie Dieu avec ardeur de me donner les secours nécessaires pour imiter mon bon père en sa vie et en sa morti )) De telles familles étaient encore nombreuses au xvii^ siècle. Elles formaient la classe des gentilshommes ruraux vivant dans leurs terres loin des corruptions de Paris & de Versailles, celle des bourgeois de nos villes, heureusement fidèles à la grande loi du travail, consacrant leur patriotisme à bien élever leurs enfants & à bien gouverner les intérêts municipaux dont les

In rro du cri on.

derniers débris des libertés locales leur abandonnaient le soin & la responsabilité. Les artisans, les paysans avaient ces exemples sous les yeux, ils les imitaient sans peine en gardant plus spécialement le dépùt des vieilles coutumes.

La dépravation morale du xviii^ siècle fut sans remède^ le jour où elle envahit ces couches profondes. La corruption a toujours été le fléau des Cours ^ & dans tous les temps elle fut le grand péril de la richesse ^ Mais elle ne peut dissoudre impunément les bases mêmes d'une société ; &:, lorsqu'on s'est livré à une étude un peu attentive de ce travail de dissolution, lorsqu'on Ta suivi s'exerçant dans la famille, dans la commune, au sein de la corporation ouvrière, à tous les degrés & sur tous les éléments sociaux , on ne s'explique que trop la Révolution française, on voit trop bien comment, malgré un merveilleux essor intellec-

I. (( Je plaide la cause des riches, en prêchant le travail, » a dit l'illustre évêque d'Orléa.is. — De la haute Éducation intellectuelle . t. 111, p. 521.

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tLiel & de généreux elïbrts de rénovation politique^ Tancien régime mis en poussière devait finir par un fatal & universel effondrement.

Il serait hors de propos d'examiner où en sont nos mœurs^ au lendemain de si terribles leçons. Un grand orateur chrétien^ dans la chaire de Notre-Dame ^^ & un publiciste éminent^ dans un livre aujourd'hui célèbre ^^ ont réveillé naguère les consciences^ soit par des adjurations éloquentes^ soit par des observations de nature à faire réfléchir.

On vante beaucoup de notre temps la statistique^ on l'enseigne comme une science révélant les secrets de la puissance & de la prospérité des Etats. Une statistique vraiment probante serait celle qui montrerait dans chaque

1. Conférences sur la famille par le R. P. Félix, préchées en 1860.

2. La Réforme sociale en France , déduite de V observation comparée des Peuples Européens, par M. Le Play, commissaire général aux Expositions universelles de 1855, 1862 &. 1867, 2 vol. in-i2 , seconde édition, chez Dentu.

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province^ dans chaque ville^ dans la plus petite commune^ les causes actives & permanentes de rinstabilité sociale dont nos agitations révolutionnaires sont l'explosion incessante ; qui constaterait le nombre & l'irriportance des familles que le désordre des mœurs a fait disparaître dans un siècle & même dans un demisiècle. L'inventaire serait douloureusement significatif. Des familles ont mérité d'être sauvées du naufrage. A quoi le doivent-elles^ sinon à de fermes croyances^ à un religieux esprit de travail.^ Des familles nouvelles se créent de nos jours^ on pourrait dire qu'elles s'improvisent sous l'action d'une prospérité industrielle & commerciale inconnue de nos pères. Dans la violence du courant qui emporte le monde^ on pense avec inc^uiétude à leur lendemain^ on ose à peine croire qu'il puisse rien se constituer de solide & de durable. Ce que les pères ont amassé avec une activité fébrile^ les enfants ne le dissiperont-ils pas follement dans l'oisiveté & quelquefois dans la honte } Ne désespérons pas de voir la société mo-

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derne^ lasse de tant de stériles agitations, revenir, par l'évidence & la puissance même des faits, à l'intelligence & à la pratique des vrais principes. Certains cotés de la nature humaine se modifient dans le cours des siècles ; il est des institutions qui vieillissent, des formes sociales c|ui périssent lorsqu'elles sont usées. Mais le fondement des mœurs, la famille, ses conditions & ses éléments d'ordre, de solidarité, de stabilité, de perpétuité, tout cela ne peut changer, tout cela est indestructible. Hors de ce fondement, qu'est devenu l'ancien régime? Sans lui, que deviendraient même dans l'ordre matériel nos conquêtes & nos progrès } Trop de bons esprits, trop de cœurs honnêtes, endoloris & souffrants, seraient disposés, en sondant la profondeur du mal, à le juger incurable. Il n'y a pas de mal moral incurable quand on est chrétien, comme il n'y a plus depuis le Christianisme de société fatalement vouée à la décadence. Pense- t-on que les siècles de foi n'aient pas été des siècles de lutte, & notre grande, notre incomparable

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société française serait-elle tombée si bas au xviii^ siècle y si elle n'avait été livrée à une impulsion désastreuse^ sans frein, sans efforts de la part des gens de bien }

Ce sont là les meilleures leçons que puisse donner l'histoire^ & telles sont aussi ^ c'est très-remarquable^ la conclusion & la moralité^ de la touchante & instructive histoire qui nous fournit l'occasion de ce préambule.

La narratrice émue au terme de son récit^ célébrant une dernière fois les vertus & les gloires de sa famille^ mêle une ombre au tableau charmant qu'elle vient de nous dérouler. Elle écrivait en 1631. Déjà^ on se plaignait autour d'elle d'une nouvelle invasion de la corruption^ que les épreuves causées par de longues guerres civiles & religieuses avaient un moment refoulée. Ce n'était plus le règne de Henri IV^ ce n'était plus cette ère d'apaisement succédant à de cruels déchirements^ qui avait marqué les débuts du xvii® siècle^ qui avait produit une si belle floraison d'esprit chrétien & de sainteté.

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Déjà^ malgré le réveil du bien^ malgré la restauration ou la réformation de tant d'ordres religieux^ de nouveaux dangers semblaient naître de la sécurité dont on jouissait.

Déjà^ en 163 1 , des esprits découragés croyaient pouvoir excuser leur mollesse^ en répétant que les temps étaient mauvais & qu'ils étaient bien meilleurs autrefois.

Et Jeanne du Laurens répondait avec un grand sens^ ce qu'il a été toujours vrai de dire, ce qu'il est opportun & nécessaire plus que jamais de penser & de croire : a Tous les temps sont bons pour pratiquer le bien et travailler à se réformer. ))

Charles de Ribbe.

Aix, août 1866.

AU XVP SIECLE

L^origine & commencement de feu mon père^ M. Louys du Laurens^ sont tels : il estoit de Savoye^ d^un village nommé Pignet^ près de Chambéry; ses parens n/avoient que ce fils & une iîlle^ & se tenoient à Turin où ils Fenvoyoient au collège pour apprendre.

En ce mesme temps/ un seigneur voulut aller estudier à TUniversitè

de Paris. Mon père en ayant eu quelque vent Talla trouver^ s^offrit à luy pour Ty accompagner en qualité de précepteur & luy rendre toute sorte de services^ le tout au desçu de ses parens. Il fut receu courtoisement par le dit seigneur & fit le voyage avec luy^ s^acquittant très -dignement de sa charge^ au contentement de celuy qu^il avoit si bien eslevé & à son honneur; ce qui jeta les premiers fondemens de sa fortune & de son advancement.

Car ce seigneur là^, pour ne se montrer ingrat^ voyant que mon père avoit une vocation honorable aux bonnes lettres^ & se retirant en son pays^ luy donna une somme d'argent pour s'entretenir & suivre son dessein : au moyen de quoy, mon

au xvi^ siècle.

père estudia en la Faculté de médecine avec Honoré de Castellan, avec lequel aussi il fut gradué à Paris. Ses père & mère décédèrent durant son séjour.

Peu de temps après^ le dit sieur de Castellan s^en vint à Avignon où habitoient ses parens natifs de Riez j en Provence ^ à cause des guerres qui estoient en leur pays^ & y mena mon père^ ayant esprouvé la fidélité de son amitié. C^estoit du temps de Fempereur Charles Quint & du roy François V\

Le père d^Honoré de Castellan^ homme noble & de moyens^ & ne manquant point d^amis^ voyant la capacité de son iîls, luy procura

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