‹ Une famille corseChapitre 13 sur 14 · RACONTÉE PAR LUI-HÈHB · texte numérisé non relu

RACONTÉE PAR LUI-HÈHB

j'avais froid ; je me regardai dans la glace, j'étais toujours aussi pâle. J'entendais les voitures qui partaient une à une; puis, quand la dernière eut disparu , il se fit un silence morne et solennel. Peu à peu mes terreurs me revinrent; je n'osais plus regarder cette glace , je n'osais pas me retourner, j'avais froid. Je m'étonnais qu'elle ne vint pas ; je comptais les minutes, et je n'entendais aucun bruit. J'avais les coudes sur mes genoux et la tète dans mes mains.

«(Alors, je me mis à penser à ma mère, ma mère qui pleurait, à cette heure, son fils mort, ma mère dont j'étais toute la vie, et qui n'avait eu que ma seconde pensée. Tous les jours de mon enfance me repassaient devant les yeux comme un riant songe. Je vis que partout où j'avais eu une blessure à panser , une douleur à éteindre, c'était toujours k ma mère que j'avais recours. Peut-être, à l'heure où je me préparais une nuit d'amour, se préparait-elle à une nuit d'insomnie, seule, silencieuse, auprès des objets qui me rappellent à elle, ou veillant avec mon seul souvenir. Cette pensée était affreuse , j'avais des remords; les larmes me vinrent aux yeux. Je me levai. Au

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moment où je regardais la glace, j'aperçus une ombre pâle et blanche , derrière moi, me regardant fixement.

(( Je me retournai : c'était ma belle maîtresse.

u Heureusement que mon cœur ne battait pas, car, d'émotion en émotion, il eût fini par se briser.

u Tout était^encieux en dehors comme en dedans.

«( Elle m'attira près d'elle , et bientôt j'oubliai tout : Satan, ma mère et le monde entier. Ce fut une nuit impossible à raconter : avec des plaisirs inconnus, avec des voluptés telles, qu'elles approchent de la souffrance. Dans mes rêves d'amour, je ne trouvais rien de pareil k cette femme que je retenais dans mes bras, ardente comme une MessaUne, chaste comme une madone, souple comme une tigresse, avec des baisers qui brûlaient les lèvres, avec des mots qui brûlaient le cœur ; elle avait en elle quelque chose de si puissamment attractif, qu'il y avait des moments où j'en avais peur.

u Enfin la lampe commença à pâlir, quand le jour commença à poindre.

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