‹ Une famille corseChapitre 12 sur 14 · HISTOIRE D^DN MORT · texte numérisé non relu

HISTOIRE D^DN MORT

vrer, et j'oubliai un instant d*où je venais, ne pensant qu'à celle pour qui j'étais venu.

<( Arrivé h la porte du boudoir, je la vis. Elle était plus belle que la beauté, plus chaste que la foi. Je m'arrêtai un instant comme en extase; elle était vêtue d'une robe d'une blancheur éblouissante, les épaules et les bras nus. Je revis, plutôt en imagination qu'en réalité, un petit point rouge k l'endroit du bras que j'avais saigné. Quand je parus, elle était entourée de jeunes gens qu'elle écoutait k peine; elle leva nonchalamment ses beaux yeux si pleins de volupté et m'aperçut, sembla hésiter à me reconnaître, puis, me faisant un sourii*e charmant, quitta tout le monde et vint à moi.

« — Vous voyez que je suis forte, me dit-elle.

« L'orchestre se fit entendre.

«c — Et pour vous le prouver, continua- t-elle en me prenant le bras , nous allons valser ensemble.

i( Elle dit quelques mots k quelqu'un qui passait à côté d'elle. Je vis Satan auprès de moi.

,{ — Tu m'as tenu parole, lui dis-je ; merci ; mais il me faut cette femme cette nuit même.

RACOnTÉE PAR LUI-HÊHE. 237

u — Tu Fauras, me dit Satan ; mais essuie-toi le visage, tu as un ver sur la joue.

u Et il disparut, me laissant encore plus glacé qu'auparavant. Comme pour me rendre à la vie, je pressai le bras de celle que je venais chercher du fond de la tombe, et je l'entraînai dans le salon .

u C'était une de ces valses enivrantes où tous ceux qui nous entourent disparaissent, où l'on ne vit plus que l'un pour l'autre, où les mains s'enchaînent , où les haleines se confondent, où les poitrines se touchent. Je valsais, les yeux fixés sur ses yeux; et son regard, qui me souriait éternellement, semblait me dire : u Si tu savais les trésors d'amour et de passion que je donnerais à mon amant ! Si tu savais ce qu'il y a de volupté dans mes caresses , ce qu'il y a de feu dans mes baisers ! A celui qui m'aimerait, toutes les beautés de mon corps, toutes les pensées de mon âme, car je suis jeune, car je suis aimante, car je suis belle ! »

«Et la valse nous emportait dans son tourbillon lascif et rapide.

«(Cela dura longtemps. Quand la mesure cessa, nous étions les seuls k valser encore.

u Elle tomba sur mon bras, lapoitrineoppressée.

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souple comme un serpent, et leva sur moi ses grands yeux, qui semblèrent me dire à défaut de la bouche : u Je t'aime... »

u Je Fentrainaî dans le boudoir, où nous étions seuls. Les salons devenaient déserts.

<( Ellese laissa tomber sur une causeuse, fermant h demi les yeux sous la fatigue comme sous une étreinte d'amour.

« Je me penchai sur elle et lui dit à voix basse :

tt — Si vous saviez comme je vous aime !

<( — Je le sais, me dit^Ue, et je vous aime aussi, moi.

«(C'était à devenir fou.

u — Je donnerais ma vie, disais-je, pour une heure d'amour avec vous , et mon âme pour une nuit.

« — Écoute, fit-eUeen ouvrant une portecachée dans la tapisserie, dans un instant nous serons seuls. Attends-moi.

«( EUe me poussa doucement, et je me trouvai seul dans sa chambre à coucher, éclairée encore par une lampe d'albâtre»

(cTout y avait un parfum de mystérieuse volupté impossible à décrire. Je m'assis près du feu, car

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