‹ Une famille de peintres parisiens aux XIVe et XVe siècles: documents et pièces originalesChapitre 7 sur 12 · I. LA CONFRÉRIE DE SAINT-LUC · texte numérisé non relu

I. LA CONFRÉRIE DE SAINT-LUC

propos de la confrérie des peintres, il s'est établi une singulière confusion qui tend à se perpétuer.

Le livre des Métiers d'Etienne Boileau (xiii*' siècle) donne les statuts des peintres imagiers de Paris : il existait donc alors une corporation de ce nom et par conséquent une confrérie, quel saint avait-elle adopté pour patron ? Ici les avis sont partagés. Nous avons vu plus haut que les peintres étaient rassemblés auprès de la rue Saint-Denis, il semble rationnel que leur confrérie s'assemblât dans une église

voisine; en effet, le Saint-Sépulcre qui en était proche avait été choisi par eux; quant à leur patron, on n est pas d accord.

Le rédacteur du Journal des Débats (mars 1874), désigne Saint-Denis de la Châtre dans la Cité.

M. Cocheris, dans son édition de Tabbé Lebeuf (t. II, p. 242, notes et additions), indique que la confrérie des peintres célébrait sa fête le 6 mai, le jour de Saint- Jcan-Porte-Latine^ dans l'église du Saint- Sépulcre, sans indiquer la chapelle.

Lebeuf, lui, n'en dit rien, sans doute parce qu'il était chanoine de céans.

L'Almanach des confréries de Paris indique la date du 6 mai, et le même patron, et comme local de réunion, le couvent des Augustins, et une seconde fête pour les peintres le 18 octobre, jour de saint Luc pour la Confrérie des peintres.

L'erreur vient de ce que Ton n'a pas assez remarqué que l'académie de peinture et de sculpture dont la date est récente, n'a rien de commun avec l'ancienne con-

frérie et corporation des peintres-ymagiers.

En iSgi ces derniers avaient été obligés de faire réviser leurs statuts qui demeurèrent en vigueur jusqu'à Louis XIV. Le recueil de leurs règlements, avec la jurisprudence sur la matière, a été réimprimé plusieurs fois dans les statuts supplémentaires (1654), on voit que MM. les peintres et sculpteurs se forment en « Académie à » Vexemple de V Académie de peinture et » de sculpture, dite de Saint-Luc, Jloris- » santé et célèbre à Rome sous la pro- » tection de monseigneur le cardinal )) Barberin, »

C'est catégorique, avant cette époque il ne faut pas chercher trace en France de l'académie de Saint-Luc. Les peintres-ymagiers n'étaient pas si savants.

Ce qui a contribué à propager cette confusion est le titre de la Sainte-Face de Lucques, autrement dite le Saint-Voult [Vidtus) de Lucques, titre attaché à la plus ancienne chapelle de Péglise collégiale du Saint-Sépulcre.

Un carton des archives nationales (1. 692) consacré au Saint-Sépulcre, renferme cinq pièces concernant cette chapelle.

On trouvera ci-joint le sommaire de ces actes qui se lit au dos de chacune de ces pièces. Pour la première fois on n'avait indiqué que Bélon comme fondateur de la chapelle, nous restituons, d'après le corps de Pacte le nom des autres bienfaiteurs, tous de la famille, il est vrai; on y trouve un Nicole de Lucques, ancien changeur de Paris.

1343 (10 juillet) I. Fondation par Edme Bélon et Geneviève sa femme, Huguelin Bélon et sa femme, Pierre Sevestre et Oursine sa femme, fille de Huguelin et de Nicole de Lucques, ancien changeur de Paris, d'une messe chaque jour sous l'invocation de la SAINTE FACE de saint-Luc pour rétribution de quoy a été donnée la rente annuelle et perpétuelle de 24 1. parisis et aura le chapelain d'icelle part dans les distributions de la dite église comme un autre chanoine.

i362 (7 mars) IL Confirmation parle chapitre de Paris d'une fondation de la chapelle de la face de saint Luc, à charge d'une messe chaque jour, de faire et assister aux offices de l'église du Saint-Sépulcre, comme les chanoines sous la rétribution de 24 1. parisis de rente annuelle et à charge de participer aux autres distributions de la dite église.

1545 (16 octobre) IIL Permutation de la sainte face de saint Luc, en 1 église du Saint-Sépulcre.

1546 (20 septembre) IV. Permutation de la chapelle de la sainte Face en l'église du Saint-Sépulcre.

1675 (3 août) V. Désignation par Jean Pacquinot de la chapelle de la sainte face DE SAINT Luc à l'église de Saint-Sépulcre.

Terminons cette note par l'explication du mot Vaudelucques, qui se rencontre dans l'idiome parisien. Sanctus vultus de Luca ou LucENsis, saint Voult de Lucques, par contraction Vaudeluques et par altération Vaudelu et Godelu.

Le Christ en croix, de Lucques, sculpture attribuée à Nicodème, était célèbre au moyen-âge ; des imitations en turent faites pour satisfaire à une dévotion plus naïve qu'éclairée, et, bien qu'elles représentassent une figure entière, on la confondit avec la Sainte Face de Rome, et on lui donna le nom de saint Voult (Vultus, visage) qui aurait dû être réservé à la première. La copie qu'on avait exposée dans l'église du Saint-Sépulcre à Paris était nommée par le peuple Saint- Vaudelu et Godelu, d'où est venu le vieux mot français de godelureau.

Sous cette dernière forme il est difficile de reconnaître l'origine primitive de ce mot. Ces altérations sont fréquentes dans le langage populaire.

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