‹ Une famille de peintres parisiens aux XIVe et XVe siècles: documents et pièces originalesChapitre 6 sur 12 · FRANÇOIS ET JEHAN III · texte numérisé non relu

FRANÇOIS ET JEHAN III

d'Orléans.

(1408 et i5o6).

ACTE de 1408 n'est pas le seul document officiel qui, en lui assurant la survivance de son père, nous parle du fils de Jehan d'Orléans :

il faut cependant croire que sa personnalité disparut derrière celle beaucoup plus brillante de son père et qu'il vécut modestement à Bourges en exerçant la profession de ses aïeux ; aussi M. de Girardot, qui

a fait une étude toute spéciale « Les Artistes de Bourges, » n'ayant jamais rencontré son nom dans les Archives du Cher, est tenté de prendre le père pour le fils.

M. Herluison s'est également trompé dans leur généalogie; il parle d'un François d'Orléans, membre de l'Académie de Saint-Luc en iSyi, mais, comme il ne cite pas d'autorité, il a du faire confusion. On retrouve le nom de François

d'Orléans mentionné dans un acte important qui prouve qu'il faisait partie de la maison du duc de Berry.

1416. Draps de laynne noirs livrés — pour faire robes de deuil à cause du trespassement de feu M. D. S. (le duc de Berry) — à François d'Orléans, paintre ix liv. t.

Il figure avec les « marchands » bouchers, poulailliers, poissonniers,ce qui est au moins singulier, il est avec ceux qui reçurent :

» autres robes de vij aulnes, dont iiij aulnes » pour robes et chapperon, et iij aulnes » pour doubleure d'estoffe. Les iiij du prix » de XXV s. l'aune, et les iij pour doubleure

» du prix chacun d'un franc. Ainsy pour » robe et chapperon neuf livres environ. »

Bibl. Sainte-Geneviève. Inventaire et Testament du Duc de Berry.

Ne serait-il pas Fauteur des gracieuses fresques de la chapelle de Jacques Cœur à Bourges, dont il a été fait mention p. 117?

Ce qui porte à croire que François d'Orléans vécut à Bourges, c'est que, dans le compte de la ville pour Tentrée du Roi et de la Reine en 1 5o6, on trouve « à Jehan )) d'Orléans, Christ, de TrefFouls et Jehan » du Chesne, peintres, 35 liv. 5 s. pour » avoir painct les poésies du Roy et les » bannières des trompettes. »

Baron de Girardot, Artistes de Bourges.

Ce Jehan serait alors le fils de François

et le troisième du nom.

En 1443, Jacques Cœur, à Papogée de sa fortune, achetait dans sa ville natale le ficf de la Chaussée pour y bâtir cette somptueuse demeure qui semble terminée d'hier, tant elle est merveilleusement bien conservée. En parlant de cette rési-

dence, un chroniqueur contemporain, Thomas Basin, évêque de Lisieux, affirmait que le roi n'en avait pas une pareille.

En 1460, l'Hôtel de la Chaussée n'était pas entièrement terminé, mais la plupart des pièces étaient meublées, la cloche de la Chapelle porte cette date; on ignore le nom du fondeur et ceci n'a rien de surprenant, ce qui Test davantage c'est qu'on ne connaisse pas celui du divin artiste des plus merveilleuses peintures que la France du XV® siècle puisse opposer à l'Italie (Voir page 117). L'auteur des magnifiques verrières de cette même chapelle fut Henri Mellin : Jacquelin-Culon et Guillaume Terpaut ont été les maîtres de l'œuvre.

Qui nous dira les noms des autres artistes qui ont été leurs collaborateurs? Nous espérons en avoir découvert un nouveau, et formons des vœux pour qu'on retrouve les autres.

Sur la façade de l'hôtel de Jacques Cœur, à Bourges, la balustrade d'un balcon, évidée à jour, offre la devise des ba-

rons de Saint-Fargeau, adoptée par l'argentier de Charles VII :

« Les lettres, curieusement ornées, sont découpées avec une merveilleuse finesse, »

dit M. Mérimée. L'inscription se termine par des caractères qui sont certainement une signature d'artiste. On n'a pu, sur place, me renseigner sur sa signification.

Un Œdipe propose la lecture suivante de ce rébus assez obscur, composé de deux signes alphabétiques: en commençant la lecture par la gauche on trouve une triple lettre renfermée dans le G, qui peut se décomposer ainsi : G ou J en dedans, peut se lire Jehan, G retourné équivaut à un D, la panse de cette même lettre forme un O,

en y joignant la deuxième lettre R, et en la réunissant aux précédentes par cette boucle, ce liens, on obtient les mots Jehan d'Orliens, cx>mme on écrivait à cette époque Orléans.

On peut encore simplifier cette lecture^ En laissant au G sa valeur, on trouve la première lettre de Girard, aïeul de nos artistes. A défaut des Comptés de l'hôtel de Jacques Cœur, c'est un nom d'artiste retrouvé, un membre de cette illustre famille d'Orléans qui ne nous esj pas autrement connu.

On lit dans les registres de Saint-Benoist de Paris :

Le 6 octobre 1741 a été baptisée Anne- Marie-Claudine, née d'hier, fille de Jean d'Orléans, graveur en taille-douce, et de Marie-Anne Buret, son épouse, demeurant rue Saint-Jacques.

Herluison. Actes d'état-civil d'artistes français. Orléans. 187 3.

C'est la dernière fois que nous trouvons dans l'histoire le nom d'une famille d'ar-

— iSy —

listes célèbres qui dut s'éteindre dans Tobscurité. .

On rencontre souvent cette désignation d'Orléans joint à des noms de baptême, ils nous ont semblé des noms d'origine, et quand ils n'étaient pas suivis de la qualification de peintres, rien n'annonçant la parenté avec nos artistes, nous les avons négligés.

A la fin du xv® siècle un Guillaume d'Orléans, qui ne suivit pas la carrière de ses aïeux, vint exercer un office judiciaire ou administratif à Issoudun, la seconde ville de la province de Berry. Ses descendants y résident encore. Le P. Pierre- Joseph d'Orléans, Jésuite, auteur des Révolutions d'Ajigleterre, etc., appartient à cette branche de la famille de nos d'Orléans.

Paris comptait au xv® siècle d'autres peintres en renom, Colart de Laon et ses collaborateurs, dont le nom est inséparable de celui du duc Louis d'Orléans. Plus tard nous esquisserons le récit de leurs

travaux en faisant Thistoire de la librairie neuve de Thôtel d'Orléans et des Célestins.

Nous avons retrouvé dans une étude de M. Bordier, La Confrérie des pèlerins de Saint-Jacques et ses archives, la demeure à Paris de Colart de Laon et celle de Jehan d'Orléans, son émule et son contemporain.

« Rente de 60 livres de rentes assises, sur diverses maisons, notamment sur une maison à deux pignons en la rue de la Tabletterie, tenant d'une part par devers la grande rue Saint-Denys à la maison dite aux Deux-Frères, et d'autre part à Henri des Grez, aboutissant par derrière à la maison Colart de Laon, peintre. Avril 1397. »

« Rente à prendre sur une maison séant à Paris en la rue Saint-Denis, dedans et prez de la porte (aux peintres), du côté et près dudit hôpital (de Saint- Jacques;, laquelle maison est Jehan de Saint- Roumain, tenant d'une part à Jehan d'Orléans, paintre, etc. 20 avril iSyo.

Mém. de l'histoire de Paris. I. 220, IL SSy.

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