‹ Une Famille de soldatsChapitre 15 sur 24 · PIERRE III DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

PIERRE III DE L'ÉGLISE

IfiKRRE DE L'ÉGLISE d:-: LALAXDE. fils du précédent, vint au monde au moment mjme où commençait la Révolution. Les berceaux dalors ne furent point entourés de sourires ni balancés avec de douces chansons. Les mères frémissantes écoutaient la tempête. Les familles menacées attendaient anxieuses Iheure où la crosse des fusils, heurtant aux portes, allait annoncer la captivité et la mort. La poitrine oppressée par cet atïreux cauchemar. chacun se demandait quel serait le réveil, l'ne telle nuit aurait-elle une aurore? Des jours si noirs auraientils un lendemain ? On redoutait de \ ivre plus encore que de mourir ; on n'osait plus parler : on n'osait plus prier. Et ce monstrueux despotisme sexerçait au nom de la Liberté.

Ceux qui naquirent pendant cjs années sinistres conservèrent, toute leur \ie. la cruelle empreinte, le douloureux sou\enir de cette rude époque, mélange hybride d'abjectes bassesses et de stoïques grandeurs, où la lâcheté des uns enfantait l'héroïsme des autres, où les exploits des guerriers ne pouvaient elTacer la hideuse besogne des bourreaux.

genealo:îie

Lorsque Bonaparte eut balayé notre pauvre sol couvert d'épaves sanglantes, quand l'Empire se leva, soleil radieux éclairant ces ténèbres, on se reprit à l'espérance ; mais notre patrie déchirée n'était point encore aux termes de ses maux ; le châtiment n'était pas complet, ni assez grande l'expiation.

Entraînés par le merveilleux génie d'un homme affamé de victoires, insatiable de conquêtes, des millions de français furent emportés dans la fumée des batailles et tombèrent en acclamant César. Sur les ailes de la gloire ils volaient à l'immortalité ; mais derrière eux, de nouveau, renaissait la tristesse, s'amoncelaient les ruines et tant d'immenses sacrifices restèrent sans profit.

Quand le Roi fut rentré sur ce sol envahi où vingtcinq années de tourmente avaient accumulé tant de malheurs, quand la Restauration eut délivré la France des armées étrangères et pansé ses affreuses plaies, ce fut un renouveau béni, comme un printemps embaumé qui chasse un long et rigoureux hiver.

Le règne de Louis XVIII peut être considéré : « Comme une ère nouvelle de la monarchie, comme » l'époque où tout ce qu'il y avait de possible, dans le » passé, s'est mêlé à tout ce qu'il y avait de possible » dans le présent. » Berryer a dit : « Le Roi Louis » XVIII est venu trop tard et s'en est allé trop tôt ! »

A cette époque, en 1818, M. de L'ÉGLISE, mon grand père, fit à Paris un séjour de plusieurs mois en compagnie de MM. Faget de Quénefer et de Peyrelongue ses amis. Une grande partie de la correspondance qu'il engagea, pendant son absence, avec plusieurs membres de sa famille, est entre mes mains. Elle contient de curieuses appréciations sur les

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hommes et les choses, les monuments et les plaisirs de Paris.

Le 25 juin 1821. il épousa Lorisp:-CnARLOTTF:- EuGÉNiE Di: MADAILLAX, de l'illustre maison de ce nom. fille de noble Messire Loris ni-: .\L\DAILLAN. ancien ofticier au régiment d Aunis et de Marii:- Thérèse de CORNIER.

De ce mariage sont nés :

r Marie-Loi'ise, le 2 juillet 1822. décédée le 26 no\embre de la même année:

2" CATnERiNE-AL\RiE. Ic Q juillet 1826:

3' Thérèse-Marie-Antoinettk. le 11 mars 1828;

4" Lol'ise-Marie-Clémence, le 16 mai i83i :

5" PiERRE-ETn:NNE-Loris-llKNRV. le 2() mai i832.

Nous retrouverons plus loin les quatre derniers.

Pierre de L'ÉGLISE fut longtemps maire de la commune de Peyrière.

Il recueillit de nombreux et importants héritages.

Le T' thermidor an XI. Giillaime de L'ÉGLISE lui laissa ses biens de Casteljaloux.

En 1814. M. d'HÉBRARD-LAFORÈT. arrière grand-oncle, lui légua le domaine de Brassac,

En 1824. son oncle, le lieutenant -colonel i>i: L'ÉGLISE, lui légua toutes les belles propriétés de Saint-Barthélémy. réser\ant l'usufruit à sa \eu\e .Mademoiselle de L.\SILVESTRIE.

En 1827. Elisabeth de LÉCjLISE. sa tante, lui donna son beau domaine de Montignac.

Plus tard, en 1844. Denis de CORXIER. oncle de sa femme Eigénie de .\L\D.\ILLAX. devina à son petit neveu, Louis de L'ÉGLISE. la métairie de Larroque.

Dans une période de 3o ans. les biens de la famille

se trouvèrent ainsi considérablement accrus. Aujourd'hui ils sont hélas ! par la force des choses, vendus et dispersés. De tout ce beau patrimoine, il ne reste que quelques lambeaux recueillis par mon beau-frère Joseph de VI VIE et mon oncle de VILLERÉAL de LASSAIGNE.

Pierre de L'ÉGLISE se distinguait par son extrême bonté et son inépuisable charité. Dans une année de grande disette, où le blé était très rare et très cher, non content de distribuer aux pau\res tout celui de sa récolte, et ne parvenant pas ainsi à soulager suffisamment les misères de sa commune, il en acheta pour une grosse somme et organisa, dans sa maison de Pardes, une distribution gratuite de soupe que tous les indigents venaient manger, chaque jour, dans un chai transformé en réfectoire.

Ce fut un homme de bien, dans la plus belle acception du mot, un époux modèle, le meilleur des pères et un grand chrétien. C'est aux pieds de la croix, à la clôture dune mission, donnée à Seyches, qu'il contracta la maladie qui devait remporter quelques jours après, à quarante-six ans, le 12 mars i835. Il laissait une jeune veuve inconsolable, chargée, à trente ans. de l'éducation de quatre enfants en bas âge.

Eugénie de MADAILLAN, ma grand'mère vénérée, à laquelle je suis heureux d'apporter ici le tribut de ma piété filiale, fut à la hauteur de sa grande tâche. Pendant les cinquante-quatre années de son veuvage elle administra sagement une fortune territoriale considérable, éleva ses enfants avec un soin jaloux ; les gardant auprès d'elle; leur donnant des goûts simples; leur inculquant, avec des principes solides, le sentiment du devoir, l'esprit d'abnégation et de sacrifice.

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Je ne saurais mieux Taire, pour lui rendre hommage, que de reproduire ici l'éloge funèbre qui lui fut décerné par mon cher et distin^^ué cousin. Os.min MASSIAS. et que le journal L'Avt^nir du Lol-et- Garnnnc inséra le 20 juillet iS85':

Une noble existence vient de s'éteindre : M"": l)K L'EGLISE DE LALANDK née de MADAILLAX, a rendu sa belle âme à Uieu à ITii^c de 8^ ans, a^^rès une longue maladie

D'elle on peut dire qu'ellj a passé en faisant le bien. C'était plus qu'une personne charitable, plus qu'une fée bienfaisante, c'était la Charité elle-même. Une légende s'était faite autour de son nom, légende que le temps consacrera, à laquelle il donne toute sa poésie et tout son charme ; legs pieux que ses dignes héritiers ne laisseront pas tomber en déshérence. Avec quelle délicatesse, quelle ingéniosité elle distribuait ses aumônes ; de qu-'l mystère, de quelles formes aimables elle s'enveloppait pour secourir Ls infortunes cachées ! Bien loin de paraître revèchc, ainsi qu'il arrive parfois, chez elle la vertu était souriante et attendrie. Ah ! ceux qui furent re<;us dans sa maison de ParJes, n'oublieront jamais son hospitilité. Je la vois encore atfable et gracieuse, préoccupée de chacun et de tous, indulgente à la j-nmessé, aimant les gais propos, les réunions nombreuses, adorée de ses serviteurs, de ses parents, de s-^s amis. Certes, parvenue à un si grand âge, au milieu de sa brillante famille, elle pouvait se croire heureuse et elle l'était en eftet, et sa bouche semblait murmurer le niiuc ditnittis du vieillard Siméon. Toutefois Ls tribulations n'avaient pas inanqué à son cœur d'épouse et de mère.

Restée veuve à l'âge de 30 ans, M"'^ DE L'KGLISl-L fut partagée entre l'administration de ses biens et l'éducation de quatre cnfiints en bas âge. Pour mener à bien cette double lâche, clic dut déployer des qualités d'intelligence et d'énergie étonnantes chez une jeune femme d'apparence si timide et de caractère si doux. Ses enfants ne la quittèrent jamais, et c'est là, à ce foyer, à ce contact incessant, que se formèrent ces deux femmes d'élite, ces deux mères de famille incomparables dont le n«>m vient aux lèvres de tous, (i'est là où sa tille aînée, sœur de S.iint-\'inccnt«

de-Paul, que tout le monde vénère à Marmande, puisa ses premières inspirations.

La perte d'un fils tendrement aimé, enlevé dans sa fleur de jeunesse, fut le coup le plus cruel pour cette âme sensible. Dès lors, elle se voua plus spécialement aux œuvres de charité, réfugiée dans sa foi et dans le culte des aïeux. Car elle était de noble et vieille race. Elle était issue du sang des MADAILLAN dont l'ancienneté se perd dans le lointain de nos annales, dont le nom compte parmi les plus beaux de l'Armoriai de Gascogne. Mais son désir de s'effacer toujours l'avait éloignée du monde où sa naissance, ses alliances, celles de son mari et l'aimable séduction de ses dons naturels l'eussent fait briller d'un vif éc'at.

Et maintenant elle est dans la clarté. Ayant bien travaillé elle est allé recueillir le prix que le Maître du champ accorde au moissonneur ; elle est allée recevoir la récompense due à tant de mérites et de bonnes œuvres ; trésor inestimable qui, à cette heure suprême, lui aura ouvert toutes grandes les portes du Ciel.

Heureuses les régions où s'écoulèrent de telles existences ; heureuses les familles ou de tels exemples se perpétuent. Pour moi, j'estime que de pareilles figures, si rares dans nos temps troublés, doivent être connues. Aussi la reconnaissance et l'admiration m'ont fait prendre la plume et m'ont inspiré ces éloges qui ne furent jamais plus mérités.

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