‹ Une Famille de soldatsChapitre 5 sur 24 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

dans le régiment de Champagne et payer une pension pour mon fils second au Collège de Condom. Cela fait, mes facultés ne me permettent plus de rien faire pour les autres, que de les envoyer chez un mauvais régent de village

Je pense avec raison que la plus grande fortune que je puisse laisser à mes enfants, surtout dans ma position, serait une éducation honnête, désirant avec passion, qu'ils deviennent bons sujets, utiles à l'Etat, à l'exemple, j'ose le dire, de notre famille qui continue, de père en fils, depuis deux cents ans, à se sacrifier au service du Roi.

Ce considéré. Monseigneur, il vous plaise etc

Le i8 avril 1782, il envoie à M. le Marquis de Ségur, Ministre Secrétaire d'Etat à la Guerre, le mémoire suivant :

Monseigneur, L'ÉGLISE de LALANDE, Ecuyer, ancien capitaine au régiment de Champagne, Chevalier de Saint-Louis, âgé de soixante dix ans, habitant la ville de Saint-Barthélémy, subdélégation de Marmande, prend la liberté d'adresser à Votre Grandeur son mémoire à l'égard de ses services :

A commencé de servir dans la compagnie des Cadets Gentilshommes, à Metz en 1732 — A joint par ordre du Roi, ensemble avec les dits Cadets de bonne volonté, l'armée d'Italie où il a été fait officier dans le régiment de Champagne, au commencement de 1734 — Il était à la bataille de Parme, où il porta le drapeau blanc, à celle de Guastala, aux attaques de Colonne et de Secchia. Il a été fait Capitiine dans le dit régiment, le F»" août 1742, et commanda sa compagnie à la retraite de Prague. 11 se trouva à l'attaque de la redoute à Rhinwillers, à celle des lignes de Wissembourg, aux sièges de Namur, Fribourg et Charleroy, à la bataille de Raucoux, à celle de Fontenoy. Il a été rci;u Chevalier de l'ordre de Saint-Louis, le 22 février 1747, par M. de La Cojrneusve, Gouverneur de l'Hôtel Royal des Invalides. Il était la même année à la bataille de Lawfeld. Il s'est retiré du régiment pour des raisons de famille, sans pension de retraite qui lui serait bien nécessaire, dans la situation où il se trouve à cause de sa nombreuse famille composée de treize enfants. Les deux aînés sont officiers dans le régiment de Champagne, un autre dans celui d'Austrasie. Ce dernier a eu le malheur d'être pris, avec sa corn-

vin PREFACE

pagnie, en allant avec son régiment à l'Ile de France, par des corsaires anglais qui l'ont entièrement pillé et ne lui ont laissé que ce qu'il avait de plus mauvais sur le corps. Rentré en France, il a reçu des ordres pour s'embarquer à Brest, ce qu'il a fait le 19 mars de l'année dernière, pour aller rejoindre son régiment à l'Ile de France avec les autres compagnies qui avaient été prises aussi. Il a fallu l'équiper une seconde fois, le secourir, et tout cela a bien coûté au suppliant qui n'est pas riche. Si par ces considérations il vous plaisait, Monseigneur, venir à son secours, en lui faisant goûter quelque bienfait du Roy, le suppliant vous enverrait des certificats authentiques pour justifier son exposé etc.

A la suite de ces diverses réclamations rien absolument ne lui fut accordé.

Ainsi voilà le chef d'une famille qui, depuis plus de deux siècles, sert son pays dans les armées ; un vieux gentilhomme accablé de charges, qui a fait toutes les campagnes de son temps, qui a élevé treize enfants, dont trois sont sous les drapeaux; et ce fidèle serviteur demande en vain une petite compensation à tant de sacrifices, une faible récompense pour tout ce dévouement. Quel désenchantement ! Quelle amertume !

Mais telle est encore, à cette époque, dans les âmes bien trempées, dans les cœurs solides, la force des principes et des convictions, que ce vieillard crie quand même : vive le Roi !

Il ne récrimine pas, se soumet en silence, et la personne du Monarque, avec laquelle se confond et s'identifie la patrie elle-même, lui apparaît tellement au dessus des intrigues et des injustices dont il est victime, qu'il persiste à croire au Roi, à croire à la France, comme il croit à Dieu.

J'avais pour la personne du Roi un sentiment difficile à définir.

C'était un sentiment de dévouement avec un caractère

presque religieux, un respect inné, comme dû à un être supérieur.

PRKFACE

Le mot Roi avait alors une magie et une puissance que rien n'avait altéré dans les cœurs droits et purs. Cette fleur de sensation existait encore dans la masse de la nation, surtout parmi

les gens bien nés qui, placés à une assez grande distance du pouvoir, étaient plutôt frappés de son éclat que de ses imperfections. {Mémoires du Maréchal Marmont, t. i, p. 2^).

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AVANT-PROPOS

A la fin de Tannée 1819, M. de L'ÉGLISE de LALANDE, chef de la famille, lieutenant-colonel en retraite à Saint-Barthelcmy, s'adressa au bureau général de la noblesse de France, alors sous la direction de M. de Saint-AUais, pour avoir des renseignements sur les origines de sa flxmille. Il lui fut répondu à la date du 5 janvier 1820.

Monsieur, la famille de L'ÉGLISE, originaire du Comtat Venaissin, m'est parfaitement connue et je pense bien que vous pouvez avoir une origine commune avec elle, quoique cependant vous ayez des armoiries différentes, ce qui n'est pas sans exemple dans l'ordre de la noblesse. Mais comme vous avez siégé dans ce corps, à l'assemblée de 1789, veuillez m'envoyer tout simplement la liste que vous avez en main de l'Assemblée Baillagère d'Agen et cela me suffira. Alors on pourra insérer, dans la première série qui paraîtra, l'article que vous trouverez ci-joint et que je vous prierai de me retourner sans délai, attendu qu'il a nécessité des recherches et un certain travail. Son insertion sera du prix de soixante francs.

Agréez , etc. ... Signé : de Saint-Allais.

Copie de Tarticle contenu dans la lettre :

l)K l/È(îLISK : famille très ancienne, originaire du Comtat Venaissin, qui a fourni plusieurs officiers distingués au service des Rois et fonné des alliances avec les Maisons les plus considc-

AVANT-PROPOS

rables du Royaume. Une de ses branches s'est transplantée dans le duché d'Albret et en 1705 dans l'Agenais. Elle a fourni, dès l'an 1552, plusieurs capitaines gouverneurs du château de Castelneau-de-Cernes et, entre autres, un capitaine d'une compagnie de gens de pied qui rendit des services signalés au Roi Henry IV, d'après des lettres patentes en date du 11 mars 1596. Elle compte beaucoup de ses membres dans l'ordre de Saint-Louis et un grand nombre de capitaines depuis Henry IV. La dite Branche a été convoquée à l'Assemblée du Baillage d'Agen en 1789. Elle est représentée de nos jours par: Etienne de L'ÉGLISE, lieutenantcolonel, chevalier de Saint-Louis; par autre Etienne, chevalier DE L'ÉGLISE, ancien capitaine au régiment de Champagne, chevalier de Saint-Louis, frère du précédent; par Pierre de L'ÉGLISE, autre frère, ancien capitaine au régiment d'Austrasie; et par autre Pierre de L'ÉGLISE, fils de ce dernier, tous les quatre actuellement vivant tt habitant le département de Lot-et-Garonne en 1820,

Les armes de cette Maison sont : tiercé en face au i d^azur à trois fleurs de lis d^or, au 2 d'argent, à Véglise de gueule, ati $ de gueule plein.

La Branche établie dans l'Agenais porte : d'azur au croissant d'argent, au chef d'argent chargé d'un lion naissant, couronne de marquis, légende : Semper crescendo .

M. DE L'EGLISE ne jugea pas, sans doute, que l'insertion de cet article fût nécessaire, ou le trouva insuffisant, car il ne figure point dans l'important ouvrage de M. de Saint-Allais.

En 1824, l'année même de sa mort, M. de L'ÉGLISE s'adresse de nouveau au bureau général de la noblesse, dirigé alors par M. le Chevalier de Courcelles, ancien magistrat, historiographe, et cette fois pour obtenir des lettres de confirmation de noblesse.

Le chevalier de Courcelles, à la date du vingt avrils lui répond que cette demande doit se faire par la voie d'un référendaire près la commission du sceau, et le met en rapport avec M, de Bray de Valfresne, rue Louisle-Grand, 6.

AVANT-PROPOiS m

Celui-ci écrit le ii m:ii 1824 à M. de L'ÉGLISE :

Monsieur, je suis charmé de devoir à M. le chevalier de Courcelles l'avantage d'être en relations avec vous et je vous assure de mon empressement à vous être utile.

Vous désirez, Monsieur, des lettres de confirmation de noblesse et vous annoncez que votre famille a joui pendant deux cents ans, sans interruption, des privilèges de la noblesse; que vos ancêtres ont été maintenus par les intendants de province dans les dits privilèges.

Nous n'avons pas besoin, pour avoir des lettres récognitives, d'établir votre origine du Comtat Venaissin, ni de rechercher le titre primordial. Il faut seulement faire reposer, sur trois pièces portant qualifications nobles, la preuve de chaque degré, pendant cent ans au moins, et Sa Majesté vous accorder^ des lettres de confirmation de noblesse

Suit le détail des pièces à produire et des frais de chancellerie et d'honoraires.

Les pièces furent envoyées, trouvées plus que suffisantes par M. de Valfresnes qui instruisit immédiatement la demande et adressa le 28 juin la lettre suivante :

Monsieur, j'ai fait d'après l'examen de vos pièces un travail que j'ai communiqué et sur lequel on m'a répondu qu'il ne pouvait vous convenir de solliciter des lettres de confirmation et maintenue d'un droit que vos pièces rendent incontestable et qui ce serait affaiblir cette possession.

Je crois entrevoir le motif qui vous porte à solliciter ces lettres: vous voudriez qu'elles énonçassent vos services. Il faudrait une laveur paiticulière, dont nous avons peu d'exemples, et qu'il fût dérogé à la rédaction générale.

Mais pourquoi, Monsieur, ne demanderiez vous pas le titre de Baron? Avez vous des enfants? Votre position, dont vous ne m'avez pas tout à fait rendu compte, vous permet peut être d'aspirer à cette faveur. Mais les droits à payer seraient peut être fort élevés. Ils sont de trois miUj neuf cents francs réglés par les ordonnances, non compris les honoraires et droits d'obtention \u[ nous concernent.

IV AVANT-PROPOS

Les obligations imposées par les ordonnances sont de rendre les titres héréditaires par l'institution de majorât?. Il faut justifier de quinze mille livres de revenu.

Veuillez me répondre^ lorsque vous aurez fait vos réflexions, car, dans le cas où vous retireriez vos pièces, vous m'embarrasseriez beaucoup pour vous proposer un règlement et j'aimerais mieux avoir à réclamer de vous ce que nous accordent les règlements lorsque j'aurai pu vous être réellement utile.

J'ai l'honneur , etc....

Cette lettre, un peu trop commerciale, produisit sur M. DE L'ÉGLISE un effet tout contraire à celui que pouvait espérer son auteur. Au lieu de se laisser séduire par ces propositions alambiquées et flatteuses, dont l'acceptation n'aurait pas ajouté la moindre valeur à ses titres incontestés, mais simplement fait un vide de cinq ou six mille francs dans son portefeuille, il retira immédiatement ses pièces, sans se préoccuper de l'embarras que cette décision pouvait causer à M. de Valfresnes, et se fit remettre, après avoir versé entre ses mains la somme de cinquante francs pour frais d'examen, le reçu suivant :

J'ai reçudeM.Dardancourt^pour compte de M. de L'ÉGLISE, la somme de cinquante francs, pour droits perçus à raison d'examen des pièces et introduction de requête qui a dû être présentée en son nom, mais que des considérations particulières ont porté M. DE L'ÉGLISE à faire retirer; les lettres qu'il eut sollicitées ne pouvant qu'affaiblir, en rendant douteuse, une possession de noblesse qui ne peut lui être contestée.

Signé : L. Le Bray de Valfresnes.

Je dois dire cependant que la note de M. de Saint- Allais, que nous avons vue plus haut et qui ne fut pas insérée dans son ouvrage, figure dans celui de MTle Chevalier de Courcelles.

Que demandait-on en somme à la famille de L'ÉGLISE pour lui faire octroyer une consécration officielle inutile et

AVANT-PROPOS

des titres qu'elle ne songeait pas à revendiquer ? Beaucoup d'argent d'abord. En second lieu, la justification, assez modeste, d'une possession centenaire de ses qualifications nobles.

De l'argent. — Elle n'en avait peut-être pas assez pour le gaspiller en vaines satisfactions d'amour propre, et le plaisir de retrouver son nom et ses armes dans un ouvrage héraldique ne lui semblait pas devoir se payer de telle fiiçon. Elle avait soldé d'avance au prix du sang, sur les champs de bataille, le droit de figurer dans ce grand Armoriai, qui n'a ni rédacteur complaisant,ni éditeur rapace, et qu'on appelle le livre d'or de nos gloires militaires.

Des Titres. — On lui en réclamait moins et elle en avait davantage. Nous le verrons plus loin.

Pour établir la généalogie des L'ÉGLISE, telle que je l'aurais voulue, il me manque malheureusement des pièces importantes, des titres très précieux qui passèrent en Angleterre, dans les papiers d'un membre de la famille qui s'expatria, pour fuir les tracasseries dont il fut l'objet, à la révocation de l'Édit de Nantes. Le fait est constaté dans les notes que j'ai sous les yeux.

Je n'ai donc utilisé aujourd'hui que les documents qui se trouvent entre mes mains, les ayant reçus comme un doux héritage. Je n'ai pas voulu me livrer A de longues recherches qui m'auraient entraîné au delà de mon but. J'aurais pu fouiller les bibliothèques et les minutes des notaires, faire un voyage :\ Avignon pour retrouver le point de soudure des deux branches, dans ce Comtat Venaissin où il existe encore une famille de L'ÉGLISE fort honorablement connue, ainsi que me l'a appris mon savant voisin,

VI AVANT-PROPOS

M. Tamisey de Larroque. Mais comme je n'ai pas de droit de chancellerie à toucher pour m'indemniser de ces coûteux déplacements, je me suis contenté de faire une course à Casteljaloux, où les archives municipales, fort bien classées, ont été mises à ma disposition, de la façon la plus gracieuse, par M. le M:iire Dubarry. En compulsant ces archives, j'ai relevé des renseignements utiles et des dates qui concordent avec les documents que je possède. Ce contrôle était nécessaire et m'a pleinement satisfait. Je n'ai pas crû devoir pousser plus loin mes investigations. D'ailleurs, ne m'étant jamais occupé de paléographie, cette science pleine d'attraits, indispensable aux chercheurs,m'est totalement inconnue. On ne devient pas chartrier du jour au lendemain. Je veux rester ce que je suis, ce que j'ai annoncé devoir être au début de cette notice : un petit-fils qui met un peu d'ordre dans les papiers de ses pères, un modeste écolier qui achète un cahier pour recopier son brouillon et le mettre au propre.

Avant d'établir la généalogie de la flmiille de L'ÉGLISE, j'ai quelques dates à préciser et je veux aussi présenter quelques observations personnelles qui ne sont pas sans importance.

Grâce aux archives de Casteljaloux, dont je viens de parler ; avec les procès-verbaux de séance des Jurades, qu'il m'a été possible de déchiffrer, j'ai trouvé des L'EGLISE, dans ces assemblées, depuis 1563 jusqu'en 17 12, et pour ainsi dire sans interruption.

Je donne les noms, les titres et les dates tels que je les ai relevés :

De L'ÉGLISE, premier Consul en 1563, de même en 1576.

AVANT-PROPOS Vfl

De L'église, jurât de 1389 \ 1592.

Pierre de L'ÉGLISE, Capitaine, Consul en 1593 et

Monseigneur de L'ÉGLISE, premier Consul, de 1595 \

Pierre de L'ÉGLISE. Jurât en 1601, Consul en 1602, 1614, 1628.

Etienne de L'ÉGLISE, Capitaine, et François de L'EGLISE, Avocat en Parlement, sont ensemble dans la Jurade, depuis 1629 jusqu'en 1662.

On en trouve encore un en 1665 jusqu'en 1678 ; un autre en 1696 et 17 12.

A partir de cette époque, leur principale résidence est à Saint-Bartliélemy de Laperche où nous les retrouverons.

En même temps qu'eux, on voit figurer dans ces assemblées, et à peu près aux mêmes dates, les représentants des vieilles familles auxquelles ils sont alliés, entre autres, les Despeyron, de Sollier, du Castaing, de Mothes de Labéziade, etc

Le dernier de ces Messieurs qui ait rempli des fonctions municipales à Casteljaloux est le Chevalier de L'ÉGLISE, en 1808, dont le beau-pcre, M. de Motlies de Labéziade, fut iMaire de cette commune, de 1804 à 1828.

Voilà certes une chronologie sérieuse, un droit do cité comme on n'en saurait trouver de mieux établi. Mais les Jurades comptaient dans leur sein beaucoup de bourgeois et le fait d'avoir siégé, même pendant des siècles, dans ces assemblées, ne saurait constituer, à lui seul, un titre et un droit de noblesse. Pour découvrir ce titre et ce droit, il faut regarder ailleurs que dans les parchemins du municipe, où les signatures pénibles de nos pères prouvent qu'ils tenaient mieux l'épée que la plume.

En consultant les mémoires du NLiréchal de Montluc, et

VIII AVANT-PROPOS

autres auteurs ses contemporains, on constate que les places de Capitaines de gens à pied n'étaient données, à cette époque, qu'à des personnes de qualité et de la plus ancienne noblesse.

Or nous trouvons déjà au xvi^ siècle, par provision du Roi Henry II, du 24 mars 1552, un Nicolas de L'ÉGLISE pourvu de cette place et un autre Pierre de L'ÉGLISE remplissant le même office, ainsi qu'il résulte des lettres patentes du Roi Henry IV en sa faveur, datées du 1 1 mars

Cela laisse présumer naturellement que cette famille, ayant possédé deux de ces grades pendant le xvi® siècle, était déjà ancienne et distinguée au xv^ en état de faire ses preuves et d'avoir rang à la Cour.

A cette première présomption s'en ajoutent d'autres plus fortes encore.

Si rien ne me permet de déterminer l'époque à laquelle les L'ÉGLISE vinrent se fixer en Albret ; si je n'ai en mains aucun titre pouvant démontrer, d'une façon indiscutable, leur établissement dans ce Duché avant le commencement du xvi" siècle ; si, sur ce point, j'en suis réduit aux conjectures, aux inductions, je crois du moins que ces conjectures et ces inductions ont une grande valeur. Je vais les faire connaître.

Je les tire d'un testament, et comme cette pièce a, à mon avis, une grande importance, je la transcris à peu près en entier.

Extrait du testament de Nicolas de L'ÉGLISE, Trésorier général de la Recepte générale du Duché d'Albret, fait en 1563, dans sa maison de la ville de Casteljaloux, dans lequel testament il nomme son frère Pierre de L'ÉGLISE, Chanoine de Casteljaloux, et sa femme Marguerite de JAUSSELIN, tuteurs et curateurs de ses enfants Pierre et Antoine de L'ÉGLISE, ses enfants légitimes et de la dite dame de JAUSSELIN.

AV/NT-PROPOS IX

Le dit Seigneur Testateur donne et lègue à Pierre de L'ÉGLISE son fils aîné, les maisons, terres, jardins, prés, bois, vignes, terres aubarèdes, que le dit Seigneur Testateur tient et possède dans la juridiction du dit Casteljaloux et dans les paroisses de Poussignac et de Pindères en y comprenant le moulin à bléd, sis en la dite paroisse de Pindères, sans néanmoins y comprendre son village appelé de Mothes que le dit Seigneur Testateur donne en jouissance à son dit frère, sa vie durante, après laquelle le dit héritage, appelé de Mothes, sera rendu et retournera avec ses appartenances et dépendances à ses dits enfants Pierre et Antoine de L'ÉGLISE. — Aussi, le dit Seigneur Testateur donne et lègue à Pierre de L'ÉGLISE son dit fils, tous et chacun, les biens qu'il tient et possède, dans la ville et juridiction de Cazenauve, comme sont, maisons, jardins, terres, prés, bois, vignes, ayrial, avec ses moulins appelés de la Case et de Caussedieu, avec toutes leurs appartenances.

Et après, le dit Seigneur testateur a donné et légué, donne et lègue, au dit ANTOINE DE L'ÉGLISE son dit fils et de >\ar- GUERITE de JAUSSELIN, sa femme, la maison qui lui appartient qui est assise dans la ville de Bazas, avec la terre et le jardin qu'il a au dit Bazas, en y comprenant les villages et héritages appelés de Dupujeau, maisons et jardins, prés, bois, vignes avec leurs appartenances quelconques.

Et d'avantage, le susdit Seigneur testateur a donné et légué, donne et lègue au dit Antoine de L'ÉGLISE son dit fils, tous et chacun, les biens qu'il tient et possède dans la juridiction d'Aillas; comme sont, maisons, jardins, prés, bois, vignes, terre, en y comprenant le moulin que le dit Seigneur testateur tient et possède dans la dite juridiction d'Aillas.

Aussi a dit, déclaré, voulu et ordonné le dit Seigneur testateur que s'il se trouve qu'il aye d'autres biens, immeubles, droits, noms, raisons et actions outre ce qui est expécifié ci-dessus, par son présent testament, il veut et ordoimc qu'ils soient et appartiennent à ses dits enfants par égale part et portion et tant à l'un qu'à l'autre.

Et d'avantage, le dit Seigneurtestateur a légué, laissé et donné à la dite Marguerite de JAUSSELIN dame s.i femme, après le décès du dit Seigneur testateur, vienne à convoler y celle Jausselin à secondes nosses ou \hM\, Vn\> et chacun, ses bijns qu'il

AVANT-PROPOS

tient et possède et lui appartenant es lieu, paroisse et juridiction de Roailhan, Rocquetaillade et Parques, comme sont maynes appelés de Guillaumet, Lauchay et autres petits biens égarés par les dites juridictions, pour du tout faire par la dite JAUSSELIN, à son plaisir et volonté , etc

Voilà assurément l'œuvre d'un bon père et d'un bon époux; mais la conclusion que je veux tirer de ce document n'est pas sentimentale. Ce testament a, à mes yeux, une autre portée.

Est-il possible d'admettre, un seul instant, qu'un homme qualifié comme l'est Nicolas de L'ÉGLISE dans cet acte de dernières volontés; qui occupe, au début du xvi^ siècle la situation importante de Trésorier Général du Duché d'Albret; qui a un frère Chanoine et qui peut disposer de biens aussi considérables que ceux dont il vient de nous donner la nomenclature; est-il possible, dis-je, d'admettre que cet homme soit le premier gentilhomme de sa race ? Certes non. A cette époque, les titres et la fortune ne pouvaient, comme de nos jours, s'acquérir en quelques années; les prébendes et bénéfices ecclésiastiques ne s'accordaient pas facilement; les femmes avaient, en général, très peu ou pas de dot. Donc le testament ci-dessus prouve surabondamment, à défaut de titres antérieurs, que Nicolas de L'ÉGLISE était déjà de vieille noblesse en 1500 et sa famille depuis longtemps en possession de domaines considérables.

C'est sous la réserve et sous le bénéfice de ces observations que je donne la généalogie de la famille de L'ÉGLISE.

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