‹ Une famille les d'AlègreChapitre 9 sur 11 · CHRISTOPHE II DAI.KC.RE. MARQUIS D ALÈGRE · texte numérisé non relu

CHRISTOPHE II DAI.KC.RE. MARQUIS D ALÈGRE

peu de jours après ', mais à la suite duquel d'Alègre s'établissait définitivement à Blainville, dont il réussissait à faire l'un des points les plus solides de l'opposiiion royaliste en Normandie

Très vite, il avait compris l'importance stratégique de ce château situé à quatre lieues de Rouen, et de quel avantage il pouvait être à Henri IV pour maintenir les communications entre son camp assis à Darnetal, et Dieppe par où lui arrivaient les secours en hommes et en argent d'Angleterre, et aussi pour fermer aux ennemis postés en Picardie la route directe sur Rouen '• Esprit pratique et avisé, il avait, alors, sollicité et obtenu, — le 11 janvier 1590, — des trésoriers généraux de France établis à Dieppe l'autorisation d'installer « en sa maison et chasteau de Blainville un bureau de recettes pour les deniers des aides et tailles à lever dans les élections de Rouen et de Lyons », sous le prétexte que les revenus de ces deux élections passaient entièrement entre les mains des Ligueurs'. Ainsi fourni, désormais, d'argent, et pouvant, en conséquence, entretenirune garnison nombreuse et bien armée, il commençait, aussitôt, tout autour de Rouen, une campagne d'incursions et de dévastations presque quotidiennes, où s'usaient les forces de la garnison de la ville et par où s'augmentaient les ressources du maître de Blainville ''. Rendu même plus audacieux par ses succès, il réussissait, le

1 Histoire civile et militaire de Neufchâlel-en-Bray, par dont Badin, publiée par F. Bouquet, 1885, in-8°, p. 91-92.

* F. Bouquet, Recherches historiques sur les sires et le château île Blainville, p. 58.

:: F. Bouquet, Op. cit., p. 43-46,

4 Ibid., p. 47.

240 LES d'aLÈGRE

21 février 1590, par ruse et corruption, à s'introduire avec quelques soldats dans le château de Rouen, d'où, s'il eût eu la précaution de faire appuyer sa tentative par les troupes royales, il aurait pu gravement menacer la ville. Mais, réduit à un petit nombre de défenseurs, le château avait été repris, le lendemain, par le chevalier d'Aumale, qui avait forcé d'Alègre à capituler, lui promettant de le laisser sortir avec les honneurs de la guerre, et se réservant seulement la punition des traîtres qui avaient introduit l'ennemi dans la citadelle : Jean Louis, capitaine du château, Pierre du Roussel, dit La Cave, son lieutenant, Godefroy Urv, et Jean Alexandre qui, les jours suivants, étaient suppliciés l. C'était une grave imprudence qu'avait commise le chevalier d'Aumale en laissant échapper celui qui, depuis plusieurs mois, terrorisait la région. A peine rentré à Blainville, il recommençait, en elïét, ses déprédations, ravageant de préférence les domaines des parlementaires et des chanoines de Rouen, rançonnant, emprisonnant, et maltraitant les ligueurs avec les raffinements de cruauté dont il devait, plus tard, donner de mémorables exemples. Si bien que, en mars 1591, décidés aux plus durs sacrifices pour se débarrasser de ce pillard, les écbevins de Rouen accordaient à M. de Tavannes, gouverneur de la ville, tous les secours qu'il demandait pour réduire Blainville. Le 15 mars, la petite armée attaquait vigoureusement ce repaire de « picoreurs », et, le 17, la place était obligée de se rendre. Malheureusement, Christophe d'Alègre réussissait, une

1 Ibid., p. 48. — A. Floquet, Histoire du parlement de Normandie, in-8», t. III, p. 340-349.

CHRISTOPHE 11 l> ALKGHK, MARQUIS D ALÈGRE 241

seconde fois, à obtenir pour lui et sa garnison la faveur de sortir du château « vie et bagues sauves », et l'incurie des ligueurs de Rouen qui ne purent s'entendre ni sur la nécessité de raser le château, ni sur celle d'y maintenir une garnison suffisante, permettait, six mois après, aux lansquenets du prince d'Aniiall, auxiliaires de Henri IV, de reprendre Blainville dont tous les défenseurs étaient impitoyablement massacrés (novembre 1591 . Sur ces entrefaites, Christophe d'Alègre rentrait dans son château, où, le 13 février 1592, quelques jours après la bataille d'Aumale, il recevait solennellement le Roi *.

Nous le trouvons qualifié, à ce moment, de bailli et gouverneur de Gisors. C'est, probablement, vers le milieu de 1591, après qu'il eut été chassé de Blainville par les ligueurs de Rouen, que cette double charge lui fut conférée. Elle semblait ne devoir être que la juste récompense des importants services rendus par lui à la cause royaliste; elle fut, au contraire, l'origine de ses « infortunes », c'est-à-dire du drame qui allait brusquement interrompre une carrière si heureusement commencée.

A peine établi dans son nouveau gouvernement, M. d'Alègre n'avait pas tardé à se signaler par les mêmes excès qui lui avaient déjà, valu, comme châtelain de Blainville, une si étrange réputation : extorsions

1 F. Bouquet, Op. cit., p. b8-62, et 03-93.

242 LES D ALÈC.RE

d'argent aux habitants, emprisonnements arbitraires, rigueurs à l'égard des citoyens les plus considérables de la ville. Il ne respectait même pas les autorités avec lesquelles il eût dû marcher d'accord, et un document nous rapporte que, le lieutenant général Frontin ayant voulu résister à l'un de ses caprices, il ordonna de faire asseoir ce vieillard sur un baril de poudre, mèche allumée, lui donnant pour prendre parti le temps que mettrait cette mèche à se consumer1. Bref, de telles plaintes furent portées sur lui au Roi que, à la lin de mars 1592, ce dernier lui retirait sa charge, confiant le gouvernement de Gisors à Jean de Saint-Simon, seigneur de Hédouville, et, par lettres patentes du 3 avril 1592, nommant lieutenant de Roi au baillage de Gisors, François de Montmorency, baron de Hallot, déjà lieutenant de Roi aux bailliages de Rouen et d'Evreux -. Issu d'une branche cadette de la maison de Montmorency, François de Montmorency, baron de Hallot, chevalier de l'ordre, capitaine d'une compagnie d'ordonnances, était, nous l'avons vu, un ancien compagnon d'armes de Christophe d'Alègre. Ex-chambellan du duc d' Anjou, il avait été, dès 1588, l'un des premiers parmi les gentilshommes de sa province à se rallier au duc de Montpensier, gouverneur de Normandie, pour la défense de la cause royale. Henri III mort, il avait, tout de suite, juré fidélité à Henri IV, et s'était particulière-

4 A. Floquet, Histoire du privilège de Saint-Romain, en vertu duquel le chapitre de la cathédrale de Rouen délivrait anciennement un meurtrier, tous les ans, le jour de l'Ascension, 1833, in-8°, t. I, p. 392.

* Lettres patentes mentionnées dans l'arrêt du parlement de Normandie, du 13 février 1593 (Bibl. nat.. fr. 30.887. Cabinet de d'Hozier, imprimé).

CHHlS'loPHli 11 DALRGRE, MARQUIS D ALËGRE 243

ment distingué aux combats d'Arqués et d'Ivrv. Mais grièvement blessé k la cuisse d'un coup d'arquebuse, le 7 février lo(.)2, sous les murs de Rouen assiégé par les troupes royales, il avait été obligé d'abandonner l'armée l. Sa nominal ion de lieutenant de Roi au bailliage de Gisors lui parvint à Yernon où il se faisait soigner. Il y était l'hôte d'un de ses amis, Claude de Bordeaux, seigneur de Bois-Garenne2.

M. d'Alègre attribua-t-il à des manœuvres déloyales à son endroit la faveur que venait d'obtenir le baron de Hallot? Y eut-il entre eux quelque explication orageuse? Je ne peux le dire sûrement. Un fait certain est que l'ancien gouverneur de Gisors conçut contre son successeur un furieux ressentiment que le temps n'apaisa pas, puisque, six mois après, il s'en vengeait de la façon la plus odieuse et la plus lâche.

Le 12 septembre 1592, au matin, il partait du château de Blain ville, accompagné de quinze à seize gentilshommes, serviteurs ou « hommes de main » dévoués : le sieur du Fossé, peut-être Gentien Thomas, seigneur du Fossé-en-Bray 3, le sieur des Angles, le sieur Fremyn de Flocques, gentilhomme du Vimeu, le capitaine Chevalier, originaire des environs de Beauvais, Diego Masure, dit le cadet d'Agloë ou Lagloë, un certain de Campres, italien, qualifié d'écuyer du sieur d'Alègre, deux de ses anciens pages, l'un Claude Péhu, seigneur

1 La Ligue en Normandie (1588-1594), par le vicomte Robert d'Estaintot. 1862, in-8°, p. 21. 46, 99, 105, 162, 199. 201, 212. — Bouquet, Recherches sur les sires et le château de Blainville, p. 66-68.

* E. Meyer, Histoire de la ville de Vernon, 1874-1876, in-8», t. II, p. 330.

: Mémoires de Pierre-Thomas, seigneur du Fossé, publiés par F. Bouquet, 1879, in-8», t. I. p. 7.

244 LES D ALI GRL

•le la Motte, prés Longueil. en Picardie, L'autre «lu nom

de Marché ou Marehev, « demeurant ordinairement à Saint-André, près lvry1 », enfin Pierre Fouques, dit La Pierre, fils de Gérard Fouques, prévôt forain de Sentis8, valet de chambre de d'Alègre, Jean de la Porte, son argentier, Jean Doubledent, son palefrenier., et quelques autres comparses, Charles, Gatot et Le Paintre, ses laquais, et Jean, palefrenier du sieur du Fossé ''. A la tète de cette petite troupe d'Alègre arrive à Yernon, vers 6 heures du soir, et descend à l'auberge du Gros- Tournois*. Y laissant les siens, il va souper chez François d'Orléans, comte de Saint-Pol, fils de Léonor d'Orléans, duc de Longueville 5. Puis le lendemain malin. 13 septembre, vers (i heures, il fait venir quatre des « gentilshommes » qui l'ont accompagné : « Je m'en vais, leur déclare-t-il, en un certain lieu, où il faudra jouer de l'espée et se hattre. Venez avec moi! Vous me devez cette assistance! » En même temps il leur avouait le but de l'expédition et qu'il s'agissait de tuer M. de Hallot, qui, disait-il, « lui avoit fait une perfidie ». Les autres se rendent sur le champ aux raisons que

1 Saint-André-de-l'Eure, Eure, arrondissement d'Evretu. i Sur ce Géraud Fouques, cf. Baron de Bonnault d'HouOt. Cvnipiègne pendant les guerres de religion et la Ligue. l'JlO, in-8,j, p. 33.

3 J'ai rcalitué les noms des complices de d'Alègre. d'après l'ami du parlement de Normandie, du 13 février 1593 (Bibl. nat., fr. 30.887, Cabinet de d'Hozier, imprimé;, et les arrêts du Grand Conseil des 23 novembre et 19 décembre 1594 (Arcb. nat., V5 163), du 3 lévrier 1596 ilbid., V" 109), et du 26 mars 1608 [lbid., V 249).

1 Floquet, Histoire du privilège de Saint-Romain, t. 1. p. 393*394.

1 Plaidoyers faits au Grand Conseil sur le privilège de la fierté prétendu par les doyen, chanoines et cliapitre de l'église cathédrale de Rouen et les arrêts sur ce intervenus. Paris. 1608, in-8j, p. 11. — \ Héron Documents concernant tu Normandie, extraits d" Mercurn français, lS8i'«, in-S°, p. i.

M. d'Alfegre dut leur exposer et que, encore une l'ois. nous ignorons, et, se mettant à table, sur l'invitation de leur chef, préludent à leur œuvre de mort par un repas, « pendant lequel M. d'Alègre fit apprester les pistolets «les hommes de sa suite1 ». Puis, tous, montant à cheval, gagnent la maison de M. de Bois- Garenne, l'hôte, je l'ai dit, de M. de Hallot. Celte niaison aurait, d'après un historien, M. Floquet, existé encore à Veinon en 1833*. Mais celle à laquelle cet auteur fait allusion et qu'il indique comme située rue Allais, près la Fausse-Porte, el comme désignée sous le nom de Maison-Carrée ou de Château, si elle existe bien encore aujourd'hui, ne date certainement pas du xvi° siècle. L'on peut, toutefois, affirmer, textes en mains, comme l'a prouvé M. Meyer, que son emplacement est bien celui de l'hôtel de Bois-Garenne".

Quoi qu'il en soit, parvenus là M. d'Alègre et ses compagnons mettent pied à terre, donnent leurs chevaux à tenir à leurs laquais, et l'un d'entre eux, frappant à la porte, fait prévenir M. de Hallot que quelqu'un demande à lui parler. L'autre, imprudemment, « descend, sans armes, de sa chambre, appuyé sur des potences, à cause de ses blessures, et accompagné de son trompette et de son maistre d'hostel 4 ». Il salue « courtoisement et gracieusement » M. d'Alègre, « portant la main au chapeau », ce qui pourrait donner à croire qu'il

• A. Floquet, Histoire du privilège de Saint-Romain, l. I. p. 393-394.

! Ibid., p. 395.

1 E. Meyer, Histoire de Yemon, t. H, p, :;3u.

1 Journal de l'Es toile, éd. lîiunet, t. V, p. 180. — Confession de Frein yn de Floquos, citée dans A. Floquet, Op. cit., t. I, p 408.

246 I.ES D ALÈCRE

n'avait été mis en défiance par aucune provocation antérieure ded'Alègre, et que le guet-apens que lui préparait ce dernier n'était en rien justifié par quelque mauvais procédé de M. de Hallot. Le baron devait être, d'ailleurs, bientôt fixé sur les intentions de son ancien compagnon d'armes. A son salut d'Alègre, « la teste couverte », ne répond que par ces mots : « Monsieur, il faut mourir1! » Et, aussitôt, lui et quelques-uns de ses complices se jetant sur cet infirme lui portent vingtcinq coups de poignard ou d'épée, « dont ils l'atterrèrent mort sur place'-», pendant que les autres désarmaient ses deux serviteurs. Le coup fait, et avant que l'éveil ait été donné dans la ville, les meurtriers remontent à cheval, gagnent la porte la plus voisine de la ville, où, trouvant la herse abaissée, ils parviennent à la hausser, et se dirigent tout droit sur le château de la Roche-Guvon 3. Après avoir « dîné » là, chez la marquise de la Roche-Guyon ', ils étaient, le soir même, de retour à Blainville.

De quelques scènes de barbarie que la Normandie eût été le théâtre depuis plusieurs années, celle qui

1 A. Floquet, Histoire du privilège de Saint-Romain, t. I. p. 395. — Plaidoyers faits au Grand Conseil sur le privilège de la fierté.., Paris, 1608, p. i)S. — Héron, Documents concernant la Normandie, extraits du Mercure français, 1883, in-8°, p. 15.

i Arrêt du parlement de Normandie, du 13 février 1593 (Bibl. nat., IV. 30.887. Cabinet de d'Hozier, imprimé). — Journal de l'Estoile, éd. Brunet, t. V, p. 180.

3 A. Floquet, Histoire du privilège de Saint-Romain, t. 1, p. 395.

* Antoinette de Pons, veuve dp Henri de Silly, marquis de la Roche- Guyon, murt en 15S0.

venait de s'accomplir à Vernon les dépassait trop en horreur pour ne pas produire dans la province une émotion extraordinaire. De son mariage avec Claude Hébert, dame d'Ossonvilliers, la victime ne laissait que deux Mlles. Mais ces deux filles étaient mariées à des gentilshommes considérables de Bretagne et de Normandie, l'une, Françoise, ayant épousé Sébastien de Rosmadec, seigneur el baron de Molac, Tivarlen et Pontcroix, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, capitaine de cinquante hommes d'armes, et colonel de l'infanterie française en la province de Bretagne, l'autre, Jourdaine, Gaspard de Pelet, vicomte de la Vérune, baron de Montpeyroux, chevalier de l'ordre, bailli et gouverneur du château de Caen et l'un des lieutenants généraux du Roi en la province de Normandie. Certaine d'être soutenue par ses gendres, et surtout par M. de la Vérune, Mme de Hallot résolut de tenter l'impossible pour obtenir justice de la mort de son mari. A la suite des guerres civiles, le parlement de Normandie était divisé en deux camps, une partie de ses membres siégeant à Rouen au nom de la Ligue, les autres à Caen au nom du nouveau roi Henri IV. C'est à ces derniers que que s'adressèrent Mme de Hallot et ses filles pour lui demander l'exemplaire punition du meurtre d'un des plus fidèles serviteurs de celui qu'ils reconnaissaient pour maître, et, dès le 29 septembre 1ÎJ92, le parlement de Normandie transféré à Caen rendait un arrêt contenant prise de corps contre les assassins qui lui étaient dénoncés1. Cependant l'état de guerre et d'anarchie où

1 Arrêt cilé dans l'arrêt du parlement de Normandie, du 13 février 1593 (Bibl. nat., fr. 30.887, Cabinet de d'Hozier, imprimé).

se trouvait le pays rendait les recherches difficiles, et quatre mois s'étant passés sans amener aucune arrestation, le 13 février 1593, la cour devait se contenter d'une manifestation assez platonique en rendant contre les coupables un arrêt par contumace. Ceux-ci étaient condamnés à « estre traînez sur des clayes depuis la prison jusques à l'échafaud, pour estre là pincez et tenaillez de fers chauds par les mamelles, bras et cuisses ». « Quant à d'Alègre, continuait l'arrêt, il sera alors tiré et démembré à quatre chevaux, sa teste et sa main droite seront séparées et mises sur le pont de Vernon, et les autres membres placés aux quatre portes de la ville; et pour ce qui est de ses complices, il seront rompus sur un gril dressé sur l'échafaud, et, après, jetés au feu. » Enfin, « tous les condamnés, et chacun d'eux, seul etpourle tout», étaient taxés à30ll.000écusdedommages et intérêts, leurs biens demeuraient confisqués, et le château de Blainville devait être immédiatement, rasé1.

Malheureusement, les meurtriers continuaient à demeurer introuvables.

Mmc de Hallot comprenant que les moyens d'action du parlement de Gaen seraient insuffisants à les faire découvrir, obtint, alors, le 27 mars 1393, du Conseil du Roi un arrêt ordonnant aux baillis et sénéchaux du royaume de courir sus aux coupables2. Mais presqu'au même moment on apprenait que ceux-ci essayaient d'échapper autrement que par la fuite au juste châtiment de leur crime, et que, simplement réfugiés à Rouen, ils tentaient

1 Arrêt du parlement de Normandie, du 13 lévrier 1593 (Bibl. nat.,

IV. l'.o.ssT. Cabinet de d'ilo/.ier. imprimé). - Arrêt du Conseil privé du Roi, do Chartres, du 27 mars 1593 (Ibid.).

do créer une équivoque sur le vrai caractère de ce crime.

Bien que, en effet, d'Alègre se fût toujours distingué par sa haine des Ligueurs, et de ceux de Rouen en particulier, l'assassinat de M. de Hallot avait, 1res vite, changé les sentiments réciproques des anciens adversaires, les uns tout disposés à recevoir dans leurs rangs le meurtrier d'un des lieutenants les plus en vue d'Henri 1Y, l'autre comprenant bien que sa principale chance de salut était dans son adhésion à la Ligue. Kl c'est, probablement, pendant son séjour à Rouen, que L'idée vint à d'Alègre de profiler des bonnes dispositions de ses nouveaux amis, pour se faire absoudre de son récent forfait par le chapitre de Rouen, en sollicitant le privilège de porter, le jour de l'Ascension, la fierté de saint Romain.

On sait en quoi consistait le célèbre droit de grâce du chapitre de Rouen. Il se rattachait au souvenir d'un de ses archevêques, saint Romain qui, au vu" siècle, aurait, selon la tradition, délivré la ville et le pays d'un monstre qui les désolait : la gargouille. Saint Romain était, d'après la légende, allé à la rencontre de la bête, accompagné d'un condamné à mort à qui l'on avait promis sa grâce, s'il consentait à assister le prélat Ce dernier revenu victorieux de son expédition, l'on avait mis en liberté le prisonnier, et, en mémoire de ce fait, le chapitre avait obtenu du bon roi Dagobert le droit de délivrer, chaque année, le jour de l'Ascension, un des captifs détenus dans les prisons de la ville et qui, ce jour-là. était admis à porter la lierte ou la chasse de saint Romain l.

1 A. Floijuet, Histoire du privilège île Saint-Romain, t. I. \>. 1-67.

C'est ce moyen d'échapper à la punition de son crime que résolut de tenter M. d'Alègre. Toutefois, pour attirer le moins possible l'attention sur lui, et ne point donner trop d'éclat à sa démarche, il imagina d'en laisser l'initiative à l'un de ses complices, Claude Péhu, seigneur de la Motte. Il fut, donc, convenu que Péhu, acceptant de passer pour l'auteur principal du meurtre de M. de Hallot, implorerait, en son nom et au nom de tous les coupables, la grâce du chapitre, et que d'Alègre serait, ainsi, indirectement, absous.

Les deux compères jugèrent, avant tout, prudent de se pourvoir, l'un et l'autre, d'une pièce indispensable à la bonne réussite de leur machination, et se firent délivrer, Péhu, par un chanoine de la collégiale Saint- Michel de Blainville, d'Alègre, par un frère mineur complaisant, deux certificats attestantque, bons catholiques, ils avaient fait, tous deux, leurs Pâques, en l'an de grâce 1593 *. Muni, en particulier, de ce document, Péhu usa, alors, du stratagème habituel qu'employaient ceux qui voulaient solliciter le privilège de saint Romain : il se fit emprisonner dans les délais fixés, c'est-à-dire trois semaines avant l'Ascension, à la requête supposée d'un certain Du Fossey % sous le prétexte assez banal d'une obligation impayée. Il était rare, en effet, qu'un coupable désireux de porter la fierté avouât le vrai motif qui le faisait se constituer prisonnier, car au cas où il n'aurait point été élu, la justice aurait pu user de son aveu pour le poursuivre, ensuite, d'office. Il ne confes-

1 Ibid., p. 399.

i Peut-être Gilles du Fossey, greffier du siège présidial du bailliage de Kouen [Ibid., t. II, p. fioO).

CHRISTOPHE II d'aLÈGRE, MARQUIS D ALÈGRE 251

sait, donc, son méfait qu'en temps et lieu au chapitre, et comme celui-ci avait le droit de garder le secret sur les aveux des prisonniers, par sa fausse déclaration le candidat ne risquait, en cas d'échec, que la peine généralement peu grave réservée au délit léger dont il s'était accusé pour obtenir son incarcération '.

C'était pendant les trois jours précédant l'Ascension, c'est-à-dire pendant les trois jours des Rogations, que deux chanoines délégués par le chapitre parcouraient les prisons, pour entendre les confessions, et recevoir les requêtes des prisonniers, et pour en rédiger, séance tenante, le procès-verbal, tâche qu'ils accomplissaient scrupuleusement, encore bien que, la plupart du temps, leur siège fût fait d'avance.

Selon l'usage, donc, Péhu, qui s'était fait emprisonner à la prison de la Cour des aides, fit le long exposé du drame du 13 septembre 1592, exposé qui nous a été conservé, et auquel j'ai, précédemment, emprunté quelques détails 2. En même temps, du reste, qu'ils se soumettaient docilement à toutes les formalités de la procédure habituelle, d'Alègre et ses complices ne négligeaient pas les démarches officieuses, et, dès ce moment, une pression s'exerçait sur le chapitre pour le bien disposer en faveur des meurtriers de M. de Hallot. Cette pression venait surtout des chefs de la Ligue en Normandie, très désireux de conquérir à leur cause l'un de leurs plus redoutables adversaires, et le duc de Mayenne, lui-môme, prenait la peine d'écrire au cha-

1 A. Floquet, Histoire du privilège de Saint-Romain, t. I, p. 411. * Ibid., t. I, p. 394 et suiv.

l.F.S 1) Al.l.liRF.

pitre « pour le prier et conjurer de toute son affection, disait-il, de donner la fierté au marquis d'Alègre, gentilhomme de qualité et Je mérite, que je désire infiniment estre qualifié de ceste courtoisie ' ». De leur cùté, M. de Villars, gouverneur de Rouen, et Jean de Leslic légat en France du pape Clément VIII, et remplissant les fonctions d'archevêque de Rouen pendant la vacance du siège, ce dernier, en particulier, favorablement impressionné par les deux certificats de catholicité qui lui avaient été remis, insistaient, de la façon la plus pressante, auprès des chanoines en faveur d'Alègre et de Péhu2.

Aussi, lorsque, le 27 mai 1593, jour de l'Ascension, le chapitre se réunit solennellement, dans la salle capitulaire, pour délibérer sur « l'élection d'un rapt if », la lecture des divers procès-verbaux d'interrogatoire des prévenus dut-elle être écoutée d'une oreille dis traite par beaucoup des juges, dont les suffrages étaient acquis d'avance au même candidat. Des urnes, où chacun d'eux déposait son bulletin de vote, les noms de Péhu et de ses complices sortaient, peu après, en grosse majorité, et le résultat du scrutin ayant été aussitôt, suivant la coutume, communiqué au parlement, les auteurs du meurtre du 13 septembre étaient déclarés absous, et Péhu admis à porter la fierté à la procession de l'après-diner ::.

' lbid.. t. I, p. 390.

- Cf. « l'engagement que prend Claude Pi'-lm de la Motte devant Jean de Leslic, évêque de Ross, de ne plu? servir le parti du roi de Navarre et de s'attacher à la Ligue », le 26 mai 1593 (A. Floquet, Histoire du privilège de Saint-Romain, t. IL p. 630).

: L'n document, cité par A. Floquet. nuu> dit que, ce jour-là, Péhu

CHRISTOPHE 11 d'aLÊQBE, MARuUIS UALÈGRE 253

On conçoit aisément la consternation où pareil scandale dut jeter les parents et les amis de M. de Hallot. Le privilège de saint Romain était si populaire et si respecté en Normandie, que rien ne semblait, dès lors, pouvoir valoir contre la récente décision du chapitre. El par une singulière coïncidence, au moment même où se produisait ce coup de théâtre, un des complices et des plus notoires de d'Alègre, Freniyn du Floeques, se faisait prendre aux environs de Caen, après une résistance désespérée, et, grièvement blessé, était écroué dans les prisons du parlement royaliste. La cour allaitelle passer outre à l'amnistie prononcée par le chapitre de Rouen, et oserait-elle aller àl'encontre de l'antique et vénérable tradition? C'est ce qu'il était légitimement permis de craindre.

Fort heureusement, il n'en fut rien. Sans même attendre que le prévenu fut guéri du coup d'arquebuse qui lui avait fracassé l'épaule, le parlement le faisait transporter à l'audience étendu en un panier d'osier et procédait immédiatement à l'instruction de l'affaire. Vainement, M. de Floeques se défendit-il, en disant : « que, estant, avec beaucoup d'autres, resté à la porte de M. de Hallot, il n'avoit eu congnoissance de l'assassinat que par un grand bruit et rumeur qui sVstoit fait après le crime ; que, alors, seulement, lui et les autres estoient descendus de cheval pour sauver M. d'Alègre des mains des serviteurs de M. de Hallot; que,

« estoit accoustré d'un pourpoint et haut-de-cliausces de lalieLas gris, avec un bas de ->oye verd, et avoitun manteau de sarge, do couleur du gris de guelde, bordé depassemens gris » (A. Ploquet, Op. cit., t. I, p. 402 .

après le crime, ledict d'Alègre leur avoit demandé pardon de ce qu'il ne les avoil advertis de son dessein ». Toutes ces défenses demeurèrent inutiles, et, le 18 juin, l'accusé, condamné à mort, avait la tête tranchée1.

Encouragée par cette première victoire, Mme de Hallot résolut de tenter un effort plus décisif. Un des arguments sur lesquels s'était appuyé le parlement de Caen, pour procéder au jugement de Fremyn. de Flocques, avait été que le crime commis par lui sur la personne d'un lieutenant de Roi n'était point un crime de droit commun, mais un crime de lèse-majesté, et, comme tel, devait être excepté du privilège de la fierté. Mais cette limitation apportée au droit du chapitre de Rouen restait contestable, tant qu'elle n'avait pas recula sanction du seul juge capable d'en décider en dernier ressort, du pouvoir souverain. Ce fut, donc, au Roi que s'adressa Mme de Hallot, pour le supplier d'interposer expressément sur ce point sa volonté. Les circonstances semblaient favorables à cette requête. Le Roi venait d'abjurer solennellement l'hérésie, et l'on ne pouvait, dès lors, contester à un roi catholique le droit de restreindre un privilège dont les chanoines de Rouen ne devaient, en somme, l'exercice qu'à la condescendance de ses prédécesseurs. Cetappel fut, du reste, entendu, puisque, le 24 août 1593, un arrêt du Conseil proclamait que les crimes de lèse-majesté étaient exclus du privilège de saint Romain, et que le meurtre de M. de Hallot était, au premier chef, un de ces cas2.

• A. Floquet, Op. cit., t. I. p. 407-409.

- Arrêt du Conseil du Roi, du 24 août 1503, cité dans l'arrêt «lu Grand Conseil, du 19 décembre 1594 (Arch. nat., V* 163).

CHRISTOPHE M I) ALEGRE, MARuUlS I) ALEGRE S™

Cet arrêt était un coup droit porté à M. d'Alègre, et c'est probablement sur ces entrefaites qu'il jugea prudent de « s'absenter du pays ». On le trouve, encore, à Rouen, le 25 octobre 1593, signant aux autorités municipales le reçu de « trois bahuts à lui restitués, et où il y a lettres, titres et escriptures provenant du sac de son chasteau de Blainville1 »; mais il est vraisemsemblable que, peu après, il partait pour l'Italie que divers documents lui assignent comme retraite2. A partir de ce moment, nous perdons, d'ailleurs, ses traces jusqu'en l'année 1608.

Le bruit fait autour du drame de Vernon n'était pas, pour cela, près de s'éteindre, car, le principal coupable disparu, Mmc de Hallot n'abandonna pas la poursuite de sa vengeance. Celle-ci ne trouva, malheureusement, à s'exercer que sur des comparses que les actives recherches de la veuve parvinrent à faire découvrir. En 1594, Jean Doubledent, palefrenier de d'Alègre, et Pierre Fouques, son valet de chambre, ayant été arrêtés à Paris, sont condamnés, par arrêt du Grand Conseil, du 19 décembre, à « eslre pendus et étranglés à une potence double, à la place de la Croix-du-Tiroïier, et leurs testes portées à Vernon et exposées sur les deux principales portes3 ». — En 1596, c'est le tour de Diego Masure, dit le cadet d'Agloë, qui, le 3 février, a la tête tranchée sur un échafaud, en la même place de

1 Le texte de ce reçu est donné d'après les archives municipales de Rouen, par d'Estaintot, la Ligue en Normandie, 18(i-, in-S°, p. 265, note.

* A. FloLpuet, Op. cit., t. I, p. 455. — F. Bouquel. Recherches historiques sur les sires et le château de Blainville, p. 74.

3 Arrêt du Grand Conseil, du 19 décembre 1594 (Arch. nat., V' 103).

2i>6 LES D ALÉGBK

Ici Croix-du-Tiroir, après avoir été condamné à 500 écus d'amende envers les parties1. — En 1608, enfin., réapparaît Péhu. Plus prudent, il avait, lui, pris ses précautions; car, dès le mois de juin 1598, peu rassuré sur la valeur de l'amnistie accordée par le chapitre de Rouen, il avait sollicité et obtenu du Roi des lettres de rémission". Comment avait-il pu réussir à se l'aire pardonner un crime que l'arrêt du Conseil du 24 août 1Î3U3 semblait déclarer irrémissible? Quelqu'étonnante que soit la chose, elle, est cependant, certaine, puisque c'est à l'occasion de l'entérinement de ces lettres, demandé par lui au Grand Conseil, que nous le voyons rentrer en scène, en 1608. A cette date, pourtant, quinze ans après la mort de son mari, Mm0 de Hallot n'avait pas désarmé; elle se porta partie au procès criminel, réclamant contre Péhu l'annulation des lettres de grâce et une condamnation capitale. Il était, toutefois, bien difficile au Grand Conseil de ne point s'incliner devant le fait acquis et la situation particulière où se trouvait l'ancien complice de d'Alègre. Tout ce que purent faire les juges fut de « bannir ledict Péhu de la suite de la cour, à dix lieues à la ronde, et des pays de Normandie et Picardie, pour le temps et espace de neuf ans, pendant lequel temps, disait l'arrêt, il servira le Roy, à ses dépens, en tel lieu qu'il plaira audict seigneur Roy ». Cette condamnation ne s'aggravait que d'une réparation civile de 1.500 livres, de 150 livres d'au-

' Arrêt <lu Grand Conseil, du 3 février 1596 (Arch. nat., Vs 169).

- Ces lettres de rémission, du mois de juin 4598, dont je n ai pu retrouver le texte, sont citées dans l'arrêt du Grand/Conseil, du 26 mars 1608 (Arch. nul., V 249).

CHRISTOPHE II L) ALKGRE, MARQUIS D ALEGRE 2o7

mônes faites aux pauvres, et de 150 livres de dommages et intérêts, dont l'emploi était laissé à la discrétion du Grand Conseil1.

Je viens de dire qu'il était assez singulier de retrouver Péhu pourvu, en 1608, de lettres de rémission régulièrement obtenues de l'autorité royale. Ce qui l'est bien plus, c'est de voir, en cette même année, d'Alègre revenu en France, s'y marier et y être rétabli dans tous ses biens. Sur les circonstances et les détails de sa réhabilitation, j'en suis malheureusement réduit à des hypothèses, n'ayant entre les mains, là-dessus, aucun document. Et en ce qui concerne, en particulier, ses biens, il est difficile aussi de découvrir comment il put en obtenir la restitution. Tout au plus peut-on l'entrevoir, et encore seulement en ce qui touche les châteaux d'Alègre et de Blainville.

On se souvient que le château d'Alègre était, lors du règlement de la succession d'Yves III d'Alègre, règlement sanctionné par l'arrêt du Grand Conseil du 28 avril 1588, que le château d'Alègre, dis-je, était demeuré à la veuve du défunt, Jacqueline d'Aumont, « pour ses reprises ». Et l'on se rappelle aussi que cet arrêt du 28 avril accordait une grande partie des biens possédés par ledit Yves en Auvergne à la branche de Christophe d'Alègre. Mais aussitôt après la mort de son frère Yves IV, et les « malheurs » de son cousin Christophe II, Isabelle d'Alègre,

1 Arrêt du Grand-Conseil, du 26 mars 1608 (Arch. nat, V5 249).

dame de Coupigny, avait si bien manœuvré auprès de Jacqueline d'Aumont que, par transactions des 3 février et 6 juillet 1593, ces deux dames avaient été d'accord pour se mettre en possession de tous les biens d'Auvergne au détriment de Christophe II et de ses sœurs, au mépris de l'arrêt du Grand Conseil du 28 avril 1588 et aussi de la sentence de confiscation portée contre Christophe II1. Et il semble bien, d'autre part, que, après la mort de Jacqueline d'Aumont, survenue dans les premières années du xvnc siècle, les d'Alègre-Coupignv se soient purement et simplement déclarés seigneurs et maîtres du château d'Alègre. Un fait certain est que, dès 1594, et. encore, en 1605, nous voyons le mari d'Isabelle d'Alègre, Gabriel du Quesnel. baron de Coupigny, prendre le titre de marquis d'Alègre2. Que se passa-t-il lorsque Christophe II fut réintégré dans ses biens? Nous l'ignorons. Il parait bien, seulement, qu'il dut faire rendre gorge aux Coupigny et se faire restituer, au moins, le château d'Alègre, puisque nous avons des lettres de lui de 1636 et 1638, datées « de son château d'Alègre, en Auvergne3 ».

Quant aux biens de Normandie, lors de la confiscation portée contre Christophe II, ses sœurs, qui n'avaient

' Faclum d'Yves, marquis d'Alègre, c/ievalier des ordres du Roi. maréchal de France, contre dame Françoise de Belvezet de Jonchères, veuve de messire Jean de la Vemède, seigneur d'Auriac, etc., 1730, in-fol., p. 10-11 (Bibl. nat., fonds Clairambauit. vol. 1319).

4 En 1594, c'est à l'occasion d'un baptême, où il est parrain (Analyse des archives communales de la ville de Dreux, par Lucien Merlet, 1865, m-it, p. 17i ; en 1GU5. à l'occasion d'une atl'aire d'honneur, où il sert de second à Prirent de la Fin, vidame de Chartres, contre M. de Clermont Gallerande (Bibl. nat., \'c Colbert, vol. J6, fol. B98 ut v

3 F. Bouquet, Recherches historiques sur les sires et le cltâleau de Blainville, p. 75-76.

pas encore « partagé » avec lui, avaient réclamé sur ces biens la part qui leur revenait de l'héritage de leur père Christophe Ier, et, en 1598, elles avaient obtenu les terres d'Oissery, Marcilly, Maisy et Blainville qui furent divisées entre elles1. Mais il est vraisemblable que, Christophe II réhabilité, un nouveau partage dut être fait entre le frère et les sœurs, à la suite duquel le château de Blainville revint au seul mâle de la famille. Dans des documents postérieurs, Christophe II fait, en effet, acte de seigneur de Blainville, en donnant des cloches à l'église paroissiale du lieu (1611), en réunissant à l'église collégiale les deux chapelles de Saint-Jean-Baptiste, et de Sainte-Catherine et Sainte-Marguerite (1627), en soumettant la nomination de chanoines de ladite collégiale à l'agrément de l'archevêque de Rouen (1636-1638) 2. Si nous en sommes réduits aux conjectures sur les circonstances qui permirent à Christophe II (TAlègre de redevenir ainsi seigneur d'Alègre et de Blainville, ce que nous savons, pertinemment, en revanche, c'est que les haines, les discordes, les violences, qui, pendant toute la seconde moitié du xvie siècle, avaient divisé la famille, eurent une longue et interminable répercussion sur son histoire aux xvif et xvin0 siècles. En 1621, les hostilités reprennent entre les d'Alègre- Coupigny et les d'Alègre-Duprat, et ces hostilités devaient se prolonger pendant plus de cent ans3. Diffé-

1 Factura d'Yves, marquis d'Alègre, chevalier des ordres du Roi, maréchal de France..., 1730, in-fol., p. 11 (Bibl. nat., fonds Clairambault, vol. 1219).

s F. Bouquet, Recherches historiques sur les sires et le château de Rlainville, p. 7o-76.

3 Factum d'Yves, marquis d'Alègre, lieutenant général des armées du

rends qui n'ont plus rien de tragique, puisqu'il ne s'agit que de débats de procédure, mais qui prouvent, une fois de plus, l'humeur batailleuse, la naturelle intransigeance de la race. Les mœurs s'étant adoucies, ce n'est plus à main armée, comme Yves IV d'Alègre, en 1581, qu'on essaie de se faire rendre justice, c'est à coups de factums, de contredits, d'oppositions que l'on se bat ; mêlées moins dangereuses, tempêtes moins terribles que celles dont sortait la famille et qui ne l'empêchèrent pas de fournir encore une assez brillante carrière et de finir en beauté. Des huit enfants que Christophe II d'Alègre eut de sa femme Louise de Flageac1, l'un, Emmanuel — le seul par lequel se perpétua le nom de d'Alègre2 — fut, en effet, le père de cet Yves d'Alègre, maréchal de France, avec lequel on peut dire que s'éteignit la famille, puisque, ayant survécu à son fils unique, mort jeune, il se trouva être le dernier des d'Alègre !

Roi, gouverneur de la ville et du château de Saint-Omer, fils et héritier d'Emmanuel, marquis d'Alègre..., s. d., in-fol. — Requête des descendants de messire Gabriel du Quesnel, marquis de Coupigny, chevalier des ordres du Roi, et de dame Isabeau d'Alègre, son épouse, dans l'instance intentée pour raison de la restitution des biens donnés par Yves III d'Alègre à Yves IV d'Alègre et à Isabeau. sa sœur, dont messire Christophe d'Alègre, leur tuteur, qui avoil épousé la dame Duprat, se prévalant de leur minorité, s'est mis en possession..., 1710, in-fol. — Faclum d'Yves, marquis d'Alègre, chevalier des ordres du Roi, maréchal de France, contre dame Françoise de Relvezet de Jonchères, veuve de messire Jean de la Vernède, seigneur d'Auriac, etc.... IToO, in-fol. (Bibl. nat., fonds Clairambault. vol.* 1219).

1 Louise de Flageac, lille de Pierre de Flageac. chevalier de l'ordre, et de Marguerite de Rostaing, fut mariée à Christophe d"Alèpxe par contrat du 27 avril 16US. — Flageac, Haute-Loire, arrondissement de Brioude, canton de Paulhaguet, commune de Saint-Georges-d'Aurac.

2 Ses frères Claude- Yves, Pierre, Louis, Claude-Christophe, et Annet étant morts sans alliance ou sans postérité masculine, ou étant entrés dans les ordres.

INDEX ALPHABÉTIQUE

Abbiattegrasso (Italie, province de

Milan), 14.

Adrels (François de Beaumont, baron

des), 22.

Agloë (Le cadet d') ou Lagloë. —

Voy. Masure (Diego).

Agnadel (Bataille d'i. 14.

Aigueperse (Puy-de-Dôme), 112, 209.

Alaincourt (Eure), 23, 24.

Alègre (Première maison d'), 2-3.

— (Armand 1" d), 3, note 1.

— (Armand II d'), 3, note 1.

— (Armand IV d'). 2, 3. — Voy.

Chalençon (Alice de) .

— (Ondine d' , sœur d'Armand IV

d'Alègre, femme de Gaston de Saint-Nectaire, 2.

— (Morinot de Tourzel, seigneur

d'), fils d'Assaly de Tourzel, 3-10, 13, 234. — Voy.

Tourzel (Assaly de).

— (Yves Ier d*), fils de Morinot

de Tourzel d'Alègre, 10-11, 13. — Voy. Apchier (Marguerite d').

— (Pierre d'). second fils de Mo-

rinot de Tourzel d'Alègre, 10, 13.

— (Jacques d'), fils d'Yves Ier

d'Alègre, M, 13-14, 198-199.

— Voy. Foix (Isabeau de) et Lastic (Gabrielle de).

— (Claude d';, fille de Pierre d'Alè-

gre, femme de Claude, baron d'Apchier. 13.

Alègre (Antoinette d'), fille de Pierre d'Alègre, femme de Guillaume de Tinières, seigneur de Mardogne, 13.

— (Yves II d'Alègre, baron d'),

fils aîné de Jacques d'Alègre,

— (François d'i, second fils de

Jacques d'Alègre, 14. 18. — Voy. Chalon (Charlotte de).

— (Marie d'), fille de Jacques

d'Alègre, femme d'Antoine II de Saint-Nectaire, 5.

— (Jacques d"). fils aîné de

Yves II, 14.

— (Gabriel d'i , second fils

d'Yves II. 14-15. 18. 23, 25, 26. 27, 30, 145. — Voy. Estouteville (Marie d').

— (Anne d'), fille de François

d'Alègre et de Charlotte de Chalon. femme. en premières noces. d'Antoine II Duprat et, en secondes noces, de Georges de Clermont, 18, 19, 20. 21, 28, D2-63.

— (François d). fils aîné de Ga-

briel d'Alègre, 15, 23, 24, 160, 167.

— (Gilbert d'), deuxième fils de

Gabriel d'Alègre, 15, 23, 24,

— (Yves III d'Alègre, marquis

d"), troisième fils de Gabriel d'Alègre, 15, 23, 24, 25, 27, 50, 51, 50, chap. iv, 129, 130-145, 152, 155, 158,

INDEX ALPHABETIQUE

159, 160, 161, 162, 165, 166, 167, 168, 169, 170, 194, 199, 200, 202, 203, 204, 211, 257, 260, note. — Voy. Aumont (Jacqueline d').

Alègre (Christophe Iord'), seigneur de Saint-Just, quatrième iîls île Gabriel d' Alègre, 15, 18, 21, 22, 23 24, 25, 27, 28 29.

40, 41, 45, 46, 54, 89, 103, 104, 145, 158, 159, 160, note, 161, 162, 165, 167, 197, 198, 199,. 200, 202, 203, 234. 235, 259. — Voy. Duprat (Antoinette).

— (Antoine d') , seigneur de

Meilhaud, cinquième fils de Gabriel d'Alègre, 15, chap.

il et m, 89, 104, 142, 145,

160, 171, 174, 177, 183. 188, 189, 195. 202, 204. — Voy.

Mailly (Françoise de).

— (François d'), fils aîné de

Christophe 1" d'Alègre, 234.

— (Christophe II d), second fils

de Christophe Tr d'Alègre, 15, 16, 161,166,194, 197, 199, 202, 204, 205, chap. vi. — Voy. Flageac (Louise de).

— (Anne d'), fille de Christophe Ier

et d'Antoinette Duprat, femme de Guy XIX, comte de Laval, 161, 194, 197, 199, 204, 205, 234, 235, 236. 258.

— (Marie d'), fille de Chris-

tophe I0'- d'Alègre et d'Antoinette Duprat, 161, 197, 199, 204-205. 234. 258.

— (Madeleine d'), fille de Chris-

tophe 1« d'Alègre et d'AntoinetteDuprat,161, 197, 199, 204-205, 234, 258.

— (Marguerite d'), fille de Chris-

tophe l" d'Alègre et d'Antninelte Duprat, 161, 197, 199, 204-205, 234, 258.

— (Yves IVd'), marquis d'Alègre,

fils d'Antoine d'Alègre, seigneur de Meilhaud, 15. 86, 87, 89, 104, 121, 122, 123,

Page 1