‹ Une famille militaire au XVIIIe siècle [microform]; documents inédits sur le Régiment royal-artillerie, la bataille d'Hastenbeck, les campagnes des Indes, l'École d'artillerie d'Auxonne et le siège de ToulonChapitre 132 sur 284 · Registre aux délibérations, 1785-91, fol. 105 v" et · texte numérisé non relu

Registre aux délibérations, 1785-91, fol. 105 v" et

un crochet pour passer par Pommier * ; de là il aurait gagné Valence, où l'on croit avoir trouvé des traces de son passage.

En effet, le 21 août, le ministre de la guerre avait répondu favorablement à la demande de semestre formulée par Bonaparte et apostillée par l'inspecteur général de La Mortière qui venait de faire sa tournée à Auxonne et avait été on ne peut plus satisfait de l'instruction du régiment de La Fère : cette requête avait été présentée en ces termes : « J'ai l'honneur de prévenir M. le Comte de La Tour du Pin que M. de Buonaparte, lieutenant en second au régiment de la Fère- Artillerie, est dans le cas de profiter cette année d'un semestre d'hiver, et, comme cet officier est originaire de la Corse et qu'il doit se rendre dans cette île, que d'ailleurs il n'y a qu'une saison favorable pour faire la traversée, je supplie M. le Comte de vouloir bien m'autoriser à lui permettre de partir dans le courant du mois de septembre prochain. »

Le départ du baron du Teil était motivé par les scènes de désordre qui avaient eu Pommier pour théâtre les 27, 28, 29, 30 et 31 juillet; M. Gras, notaire, ne put préserver le château du pillage et de l'incendie que grâce à sa présence d'esprit et à l'appui que lui prêtèrent M. Chenavas, son beau-frère, et le curé de la paroisse ; mais, pour calmer les mutins, il s'était trouvé dans la nécessité de délivrer deux barils de poudre et cinquante-six fusils, pris dans la coUec-

1. Ceci expliquerait la facilité avec laquelle il sut se rendre à Pommier en 1791, afin d'obtenir de son inspecteur son troisième semestre.

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MOUVEMENTS RÉVOLUTIONNAIRES

tien d'armes qui avait été réunie à Pommier * : les paysans des environs étaient venus là s'armer et s'approvisionner afin de résister à une armée imaginaire de mille Savoyards, qui devait, suivant eux, mettre incessamment le siège devant la Côte Saint- André, sous les ordres du comte d'Artois. Informé de ce qui venait de se passer chez lui, du Teil avait immédiatement écrit au ministre pour lui demander l'autorisation de se rendre en Dauphiné : « J'ai reçu, Monsieur, lui répondit La Tour-du-Pin, le 21 août, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 1 4

1. Du Teil fut très-affligé de la perte d'une partie de cette collection ; il en prévint le comte Louis-Philippe de Durfort, lieutenant général et commandant en second en Dauphiné, et reçut la réponse suivante :

« Grenoble, le 3 novembre 1789.

« Rien n'est plus affligeant, Monsieur, que les détails dont vous m'avez honoré le 29 du mois dernier, sur les vols qui ont été faits chez vous pendant que vous défendiez le reste de la province. — La collection des armes précieuses dont vous êtes privé mérite bien justement vos regrets. Votre idée pour parvenir à désarmer le peuple, par sa propre volonté et par le remords, pourra avoir du succès un jour, s'il plaît à l'Assemblée nationale de l'employer. Mais je crois qu'actuellement il reussiroit mal. Autant j'aurois de zèle à concourir à des vues si utiles pour le bien public et qui auroient des avantages particuliers pour vous, autant je m'afflige de voir la chose impossible. Si cependant j'apprens (et je m'en informerai) qu'il paroisse en Dauphiné quelques armes précieuses, je croirai qu'elles vous apartiennent, et je mettrai tout mon zèle à vous les procurer.

« J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très

obéissant serviteur.

Durfort.

A W le Ro" du Teil. » — Papiers de famille.

de ce mois; d'après le compte que j'ai rendu au Roy de la circonstance fâcheuse qui exige votre présence chez vous, Sa Majesté veut bien vous permettre de vous y rendre et de faire, en conséquence, l'absence d'environ trois semaines que vous estimez vous être nécessaire. »

Il n'est pas sans intérêt de dire ici un mot des idées politiques du baron du Teil ; il semble n'avoir pas cru à la Révolution et avoir espéré que cette crise passagère disparaîtrait d'elle-même; le temps et des ménagements devaient, d'après lui, avoir raison de ces mouvements; il voulait, dès 1789, prendre le peuple par les sentiments, et cette manière de voir ne s'était pas modifiée en 1790, si l'on en juge par la lettre suivante, empreinte d'une calme dignité, qu'il écrivit au maire de Pommier :

« Paris, le 24 mai 1790.

« J'ai appris dans son temps, Monsieur, par mes enfans, l'acte d'ingratitude qu'ont exercé envers moi les habitants de Pommier, en enlevant mes bancs de l'Eglise ; ils auraient dû tout au moins en prévenir, et sûrement je les eusse fait oter de bonne volonté. J'apprends de même que l'on en a remplacé un; mais je mande à mes enfants de l'enlever, je n'en veux point.

« Cette privation ne change rien à mes sentiments pour les habitants de Pommier, et ne m'empêchera pas de leur être utile en tout ce qui dépendra de moi dans toute occasion ; je veux même leur en donner des preuves dans ce moment, où je viens d'être informé par mes enfants que la Municipalité lève une Gompa-

gnie Nationale. J'applaudis à cette résolution, et la seule objection que je crois devoir y faire, c'est d'observer qu'il serait sage de ne composer cette Compagnie que de l'élite des Citoyens propriétaires. J'y demande une place de fusilier pour mon fils Alexandre * qui sûrement y fera son devoir.

« Je donne ordre en conséquence par ce courier, qu'on vous délivre tous mes fusils qui pourront être propres à armer partie de la compagnie. Quant aux armes qui ne sont point de service et qui ne sont que des antiques curieux, je vous prie de vouloir bien en être le défenseur en empêchant qu'on en prenne.

« Vous aurez sûrement la bonté, Monsieur, de passer un chargé du nombre et de la qualité des armes qui vous seront remises ; je ferai ensuite ce qui dépendra de moi pour tacher de vous en procurer des magasins du Roi pour armer la totalité de la compagnie, dont le nombre, je crois, n'est pas aussi nécessaire que le choix.

« Je dois encore vous prévenir, Monsieur, que, flatté de pouvoir seconder vos desseins et par là vous prouver que je ne méritois pas ce que l'on m'a fait, je porterai incessamment un drapeau pour votre troupe et donnerai une caisse.

« Voilà, Monsieur, quelles sont mes dispositions envers la communauté; je vous prie instamment,

1. Né en 1775 ; lieutenant en second à la suite du régiment de La Fère, 1788-1792 ; servit à l'armée des princes et à l'armée de Gondé, 1792-1795; colonel, chef d'Etat-major des gardes nationales de Saône-et-Loire 1816; chevalier de Saint-Louis 1821, de la Légion d'honneur 1826 ; décédé 1854.

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MOUVEMENTS HÉVOLLTIONNAIKES

Monsieur, de les faire connaître en voulant bien lire ma lettre à l'issu de la messe paroissiale; j'y suis d'autant plus intéressé qu'en lui manifestant mes intentions, elle sera à même de juger de la pureté de mes sentiments pour elle et pour le bien général de la nation * ! »

Le 14 juillet 1790 eut lieu une nouvelle prestation de serment exigée des gardes nationales et troupes de ligne - : M. du Teil, <( maréchal des camps et armées du roy, commandant pour sa majesté en cette place, a fait faire un cercle par MM. les officiers » et, en la présence des officiers municipaux, « des notables et autres citoyens de ladite ville, ce commandant a prononcé le serment fédératif, et à la fin d'icelui chaque officier a répété ces mots : Je le jure ^. » C'est à la suite de cette cérémonie que des cocardes aux trois couleurs furent distribuées à tous les gardes nationaux.

Quelques jours plus tard, du Teil se rendait à Pommier où il lit, en août, une chute sur les reins assez grave pour qu'il demandeit l'autorisation de prolonger son "séjour chez lui jusqu'au mois d'octobre 1790 d'abord, puis jusqu'en mai 1791 ensuite. Pendant cette absence, pour un motif dont la trace n'a pu être retrouvée, l'on arrêtait à Auxonne, le 7 septembre, le secrétaire du commandant en vertu d'un mandat d'amener enregistré dans cette ville et portant que :

« Le Comité des recherches de l'assemblée nationale requiert la municipalité d'Aussone de faire arrêter

i. Papiers de famille.

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