‹ Une famille militaire au XVIIIe siècle [microform]; documents inédits sur le Régiment royal-artillerie, la bataille d'Hastenbeck, les campagnes des Indes, l'École d'artillerie d'Auxonne et le siège de ToulonChapitre 212 sur 284 · jour du 2« mois (18 novembre · texte numérisé non relu

jour du 2« mois (18 novembre

« Au citoyen Dutheil, général divisionnaire de l'artillerie.

« Vous voudrez bien, citoyen général, faire passer dans la journée au général en chef l'état des munitions de guerre existant dans cette armée. Vous voudrez bien aussi y joindre l'état des artilleurs qui sont à votre disposition ». (Archives historiques, Guerre). — Ainsi tombe, en face d'une pièce officielle l'assertion de M. de Coston (I, 293) qui prétend n'avoir trouvé de trace du commandement de du Teil qu'à partir du 26 novembre. On verra plus loin que ce commandement ne fut pas exercé d'une manière problématique, comme il le pense.

chaient aussi avec lui ; en effet Saliceti écrivait au Comité de Salut public le 27 brumaire : « Les artilleurs qui auraient dû être les premiers ne sont pas encore arrivés. J'ai pris, d'après la demande du général Du Teil^^ le parti d'envoyer un courrier extraordinaire à Grenoble pour presser leur départ ». Mais, reconnaissant la distinction avec laquelle Bonaparte avait dirigé jusque là les opérations du siège, du Teil le conserva auprès de lui comme commandant en second '*' : d'ailleurs, il n'avait pas amené d'Etat-major et était simplement accompagné de ses deux aidesde-camp, MM. Noirot^.

i. Cette pièce a été souvent reproduite en substituant au nom de du Teil la lettre D, suivie de plusieurs points : cette initiale se rapportant plus naturellement à Dugommier qu'à du Teil, on faisait ainsi disparaître une des preuves du commandement de ce dernier général ; comme ce sont les représentants du peuple qui, sur les conseils de ce même Saliceti, avaient confié provisoirement la direction de l'artillerie à Bonaparte, le membre de phrase que nous avons souligné est particulièrement significatif.

2. Le fait est positif : en dehors du témoignage de Marescot dans la relation imprimée du siège, il y a lieu d'invoquer l'aveu même de Napoléon qui, sur neuf bulletins journaliers des batteries conservés à la guerre, en signe sept avec la qualification de : « Commandant en second de l'artillerie ». — On n'a reproduit dans la correspondance de l'Empereur qu'un seul bulletin, en choisissant l'un de ceux ne portant que la signature de Bonaparte.

3. L'un d'eux, Jean-Baptiste, baron Noirot, 1768 f 1826, garde du corps du comte d'Artois, compagnie de Grussol 4788-1791, avait été nommé sous-lieutenant au 19" régiment de cavalerie le 25 janvier 1792 et avait épousé, le 17 février 1793, à Strasbourg, Marguerite du Teil, fille du général dont il fut nommé aide-de-camp le 4 mars 1793. Il fut promu capitaine le 10 nivôse an II, 30 décembre 1793.

Dès que le général Dugommier eût reconnu en détail la position de son armée sous les murs de la ville, il réunit, le 25 novembre, un conseil de guerre pendant lequel le plan définitif du siège fut arrêté: «le général d'artillerie du Teil, les généraux divisionnaires Lapoype et Mouret ' , les généraux de brigade Labarre et Garnier-, les citoyens Buonaparte, Sugny et Brûlé, chefs de bataillon, et les citoyens Flayelle et la Mothe, capitaines du génie », étaient présents : le commandant du génie de Marescot, arrivé la veille seulement, n'avait pu y assister, mais prit néanmoins la direction immédiate des travaux.

Jusqu'à l'arrivée de Dugommier, il y avait eu, sous Toulon, deux armées pour ainsi dire: la première, l'ancienne armée du Midi, commandée successivement par Carteaux et par Doppet; la seconde, formée par une division de l'armée d'Italie, aux ordres de Lapoype ; le lien qui les unissait était bien mince et ne consistait guère qu'en la hiérarchie qui subordonna un officier de carrière à ces généraux de rencontre '^ : la quasi-indépendance de Lapoype, à Test, et le peu de détails que l'on possède sur les mouvements de ses troupes, d'une part, et, d'autre part, la présence du

1. André Mouret, général de brigade 19 août 1793, de division 13 octobre.

2. Pierre-Dominique, baron Garnier, général de brigade 12 septembre 1793, de division 20 décembre.

3. On a vu page 346, note 18, les antécédents de Doppet; à propos des premières études de Carteaux, il n'est pas sans intérêt de noter que, le 2 juin 1791, Louis XVI donna Tordre de payer la somme de 6.000 livres « au peintre Cartault pour le tableau qu'il a fait représentant le roi à cheval ».

futur empereur, à l'ouest, comme commandant en second de l'artillerie du siège, font que l'on n'a vu souvent, dans cette opération militaire, que l'œuvre de l'armée du Midi. Le plan élaboré dans la séance du 25 novembre établit clairement cependant qu'une rude besogne fut réservée à la division d'Italie, chargée de s'emparer du mont Faron : cette position nous ouvrait les portes de Toulon, comme la prise du fort Mulgrave dont la gloire revient entièrement à l'armée du Midi, nous rendait maîtres de la rade : c'est en menaçant à la fois la ville et la flotte que le triomphe nous fut assuré.

Le plan que Bonaparte ' avait envoyé au ministre le 2i brumaire, 15 novembre, sur la manière de conduire les opérations du siège à l'armée du Midi et qu'il dut développer devant le conseil de guerre, fut modifié en ce sens qu'on décida de mener simultanément les deux attaques des forts Mulgrave et Malbousquet qui, dans la pensée de l'auteur du projet, devaient être successives : l'attaque de la redoute anglaise demeurait, il est vrai, la principale opération; néanmoins, la fausse attaque contre Malbousquet pouvait éventuellement se transformer en une attaque véritable, dans le cas où les événements permettraient de s'emparer de ce fort. A l'est, on adopta la manière de voir deLapoype qui, dès l'ouverture du siège, avait le Faron pour objectif; mais on décida de masquer cette intention en établissant une redoute chargée

1. Son premier plan du 25 octobre proposait aux représentants l'attaque simultanée de l'Aiguillette et du cap Cepet,

de battre simultanément le cap Brun et le fort La Malgue^ Les deux dernières résolutions prises par le conseil semblent avoir été inspirées par Thypothèse plus que vraisemblable de la transformation de l'attaque de Malbousquet : elles visaient l'établissement d'une redoute de protection pour la batterie de la Convention, dirigée contre ce fort, et la construction d'une batterie de mortiers du même côté pour bombarder Toulon au moment considéré comme opportun -.

L'attention du nouveau commandant en chef de Vartillerie se porta immédiatement sur l'attaque de Malbousquet, absolument négligée jusque-là, puisque la seule batterie qui existât de ce côté, celle de la Montagne, n'était devenue, pour ainsi dire, qu'une annexe de la batterie des Sans-Culottes. Du Teil fît reprendre, pour l'achèvement de la batterie de la Convention, les travaux commencés sur le plateau des Arènes et qui avaient été suspendus, il fit tracer simultanément sur le plateau de la Goubran une seconde redoute qu'on dénommera batterie de la

i. Dugommier dans son mémoire sur la prise de Toulon résume ainsi le plan : le conseil de guerre «décida qu'on attaquerait la redoute anglaise, comme la clef du promontoire; qu'en même temps on se porterait sur Faron, et que, dans tous les autres postes de la république, on simulerait à la fois des attaques qui présenteraient le plan d'une attaque générale »; de Goston, II, 246 et 247.

2. Le procès-verbal de la séance se termine par une approbation complète donnée à toutes les batteries construites antérieurement : « 8*». Les membres du conseil approuvent l'établissement des batteries qui ont été faites ». Correspondance de l'Empereur, I, 14. Le général lung a supprimé ce dernier paragraphe, II, 391.

! tv..-

Poudrière ; les travailleurs furent protégés, du côté de Malbousquet, par un poste important établi sur la hauteur des Gaux, entre les plateaux des Arènes et de la Goubran ; afin d'éloigner les vaisseaux de cette partie de la Petite-Rade que la batterie de la Montagne ne pouvait balayer, il fallut construire une troisième batterie, dite de la Petite-Rade^, entre le plateau de la Goubran et la hauteur de Brégaillon; c'est ce que Saliceti annonçait au Comité de Salut public dès le 30 brumaire, 20 novembre : « On travaille à force à des nouvelles batteries contre Malbousquet; elles vont être achevées dans trois jours' ». Mais, en réalité, la batterie de la Convention, la première prête, sans doute parce qu'on utilisa les travaux déjà entrepris de ce côté, ne put ouvrir le feu que le 28 novembre, 8 frimaire ^ : elle était armée de sept pièces de 24, qui tirèrent de quart d'heure en quart d'heure un coup

contre Malbosquet *.

Ce même jour on commença un retranchement pour relier au poste de la Farinière cette importante position : immédiatement, des bâtiments, que les deux pièces de 24 de la Petite-Rade, en batterie le lendemain

i. Le 12 frimaire, 2 décembre, « un ponton jette dessus quelques obus, fait sauter un caisson et se retire après huit coups de canon»; Bulletin des Batteries du 12 au 13 frimaire.

Page 1