Ce mot de la main du baron du Teil
2. Voir ce qui a été dit ici sur le bombardement d'Avignon, pp. 341 et 342.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
du polygone 3 pièces de trois calibres dilTérens sans afTut, 3 mortiers de même sans affût et un mortier avec allût pour essayer de tirer des bombes de moindre calibre.
En conséquence M. de Quinlin a fait disposer à droite du poligone , en face de la bute et à 330 toises du tonneau qui devoit servir de but les bouches à feu suivantes :
En commençant par la gauche 3 pièces de siège, sans affût dont une de 16, une de 12, une de 8, un tronçon de canon, un mortier de 12 pouces sur son affût portant sur une platte forme horisontale construite h l'ordinaire, un de 10 pouces à grande portée et un de 8 pouces.
Toutes ces bouches à feu étoient distantes entrelles de 2 toises, voici le moyen qu'a pris M. de Buonapartc pour pouvoir faire tirer des bombes aux trois pièces de siège sans affût.
A rextrêmité de la ligne de tir, à Tendroit désigné pour leur emplacement, on a enfoncé à terre jusqu'au raz du sol un bout de lambourde de 8 pouces d'équarissage et de 2 à 2 1/2 pieds de longueur, on l'a enfoncé dans le sens de sa longueur en l'inclinant en arrière sous l'angle de 45 d. et on l'a fixé dans cette position par 2 forts piquets (aux pièces de 16 et de 12 et 1 seul à la pièce de 8), inclinés en sens contraire ; le bout le plus élevé de la pièce de bois qui étoit enfoncée au raz de la terre portoit sur la tête de ces piquets et, en damant fortement la terre en arrière et sur les côtés, on a laissé à découvert le plan incliné de devant en ne comblant pas dans cette partie le creux qu'on avoit fait pour placer ce bout de lambourde.
Par le moyen de la chèvre, on a levé la pièce sur ses ances de façon qu'elle fût sur la ligne de tir et le bouton répondant au dessus du bois qu'on venoit de placer, puis on la fait descendre, on a fait porter son bouton sur le plan incliné de ce bois et on a soutenu la pièce en avant des tourillons, sous la naissance de la voilée^ par des lam-
bourdes placées les unes sur les autres jusqu'à ce que l'axe de la pièce fît un angle de 43 d. avec l'horizontale parce que cet angle est le plus favorable pour obtenir de longues portées, parce que la pièce venant à s'enfoncer un peu, l'angle se rapprochera toujours de 45 d., angle favorable à la portée, et alors la pièce se trouvant perpendiculaire au plan du bois disposé pour arrêter son recul, sera dans une position plus fixe. On a rempli de terre le creux autour de la culasse et on la damée.
Les lambourdes soutenant la pièce ont été placées perpendiculairement à la ligne de tir et ont été contenues en avant par 4 forts piquets sy appliquant le plus exactement possible et, en arrière, par 2 piquets de même force et disposés de même.
Il a fallu 4 lambourdes sous la pièce de 16, trois sous celle de 12 et 3 sous celle de 8.
En avant de la pièce de 16 et de 12, sous la bouche, on a disposé plusieurs lambourdes pour élever les canonniers servants les pièces et faciliter la manœuvre ; celle de 8 moins élevée n'en a pas eu besoin.
Le tronçon provenoit d'une pièce de 24 dégradée par des épreuves sur l'enclouage; on avoit scié la pièce perpendiculairement à son axe en sorte que le tronçon n'avoit que 10 p. 3 lignes de profondeur d'âme; le diamêttre de cette âme étoit celui de l'ame de 24, se trouvoit réduit dans le sens horizontal à 4 p. 9 lignes 1 point à cause d'un coup de canon reçu sur la gauche en dehors qui avoit refoulé le métal intérieurement, enfin la lumière dégradée ne permettoit pas au dégorgeoir de passer.
Ce tronçon a été placé de même que les pièces ; on ne la point soutenu en avant par des lambourdes à cause de son peu de longueur, le dessous de la culasse a porté sur la
terre.
Le mortier de 12 sans affût a été disposé comme il suit.
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On a fait un creux perpendiculaire à la lif^ne de tir de 18 p. de profondeur, on a uni et damé le fond sur lequel on a placé une lambourde de 8 pouces d'équarrissage et de 6 à 7 pieds de lonj^ dans une situation horizontale et perpendiculaire à la ligne de tir, on la fixée par des piquets à ses deux bouts puis on la entourée de terre bien damée jusqu'au plan de dessus de la lambourde, excepté en arrière où on a tenu cette terre plus bas de trois pouces ; sur cette terre moins élevée, damée et nivelée on a placé une lambourde pareille à la première et sy joignant parfaitement par le moyen de 4 forts piquets, on a arrêté en arrière cette lambourde aussi invariablement quon a pu.
On a placé le mortier sur la ligne de tir dans l'angle formé par les deux lambourdes, ses tourillons appuyant dans le bas sur la plus enfoncée et la queue du mortier portant par son plat sur l'autre, mais, comme cette queue debordoit un tant soit peu ses tourillons, on a mis des cales de chêne en coin dessous et en arrière pour les appuyer en entier, enfin on a soutenu la volée du mortier par une lambourde arrêtée en avant et en arrière par des piquets en sorte que le mortier fut pointé à un angle de 45 degrés : et on a planté 2 piquets encor en avant et contre les tourillons, inclinées en arrière pour empêcher le mortier de ressauter en avant par la réaction des obstacles qui arrêtent son recul.
Le mortier de 10 p. à grande portée a été placé comme il suit.
On a pris des pièces de bois de 8 pouces d'équarissage et de 2 pieds à 2 1/2 pieds de longueur, on les a placées en terre debout et inclinées en arrière sous l'angle de 45 d. à droite et à gauche et également distantes de la ligne de tir de la bouche à feu qu'on vouloit placer et laissant entrelles une espace égal au diamettre du mortier pris aux embases de ses tourillons plus un demi-pouce de chaque côté pour
pouvoir rectifier l'alignement du mortier, quand il seroit placé dans cette intervalle, chaque pièce de bois a été soutenue en arrière dans sa position par deux forts piquets inclinés en sens contraire sur lesquels on a fait porter leur partie la plus élevée qui afleuroit le sol.
On a placé le mortier dans l'intervalle que laissoient ces pièces de bois, ses tourillons portant sur elles ; on a soutenu la volée du mortier par une lambourde à la distance nécessaire pour que le mortier fut pointé à l'angle de 45 d. ; on a arretté cette lambourde par deux piquets en avant et par deux autres en arrière, on a rempli le restant du creux de terre qu'on a damée avec soin.
Le mortier de 8 p. sans aifût a été disposé comme il suit. On a enfoncé en terre une bombe de 10 pouces jusqu'à 4 pouces au-dessous du niveau du sol, sur cette bombe bien aifermie, on a fait porter le derrière de la culasse du mortier et on a soutenu les tourillons par 2 forts piquets, enfoncés au niveau du sol et inclinés en arrière, on a soutenu la volée du mortier par une lambourde placée sous elle, à la distance convenable pour que le mortier fût pointé à un angle de 45 d. ; cette lambourde étant d'un fort équarrissage, on a été obligé de l'entailler pour recevoir le ventre du mortier, cette lambourde a été fixée par
2 piquets en avant et 2 piquets en arrière.
On a employé ainsi trois façons dilTérentes pour pointer ces
3 mortiers sans alfût : 1" parce que la forme des mortiers ne se prêtoit pas également aux idées d'un chacun ; 2** parce qu'on vouloit voir la méthode la meilleure et la plus expéditive ; 3" parce que la dilTérence des calibres n'exigeoit pas les mêmes précautions.
Les trois méthodes ont réussi jusqu'à présent. Le mortier de 8 p. a été plutôt placé puis celui de 12 puis celui de 10.
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Placement des bombes.
On a pris une tresse de cordages à 3 brins dont chaque brin avoit environ 3 lignes de diamettre, on a fait passer cette tresse dans 2 anneaux de fer où elle couloit librement et on la fixée autour de chaque pièce de canon, sous Tastragalle du collet, par un nœud droit.
Les bombes qu'on a mises à la bouche de chaque pièce après le chargement des pièces étoient fixées par des ficelles à ces anneaux ; on mettoit une ficelle à chaque anse et on fesoit glisser les anneaux pour qu'ils fussent simétriquement au dessus de la pièce, à un tiers de sa circonférence entreux.
Comme, dans le tirage, on sest apperçu que les pièces, sans se déranger, jettaient incessamment leurs bombes à droite ou à gauche de leur ligne de tir, on a pensé que cette inconstance de déviation pouvoit venir de la façon d'attacher les bombes, soit que les cordages ne se rompissent pas dans le même instant quand l'explosion de la charge se faisoit, soit que, dans le temps qui s'écouloit entre la charge et le tirage, les fiscelles cédant inégalement au poid de la bombe qui les tiroil, cette bombe laissât plus de jour à droite qu'à gauche entrelle et la pièce ; en conséquence on n'a plus mis à la dernière séance qu'un seul cordage, arrêté par un seul anneau et une seule anse ; ce cordage étoit par dessus et dans le plan vertical de l'axe de la pièce ; les coups ont eu dès ce moment très-peu de déviation et elle a été constamment du même côté.
Aussi nous pensons que dorénavant c'est de cette façon qu'il faudra attacher la bombe.
Pour arrêter les bombes sur le tronçon : on a placé à côté, vers le milieu de sa longueur, deux piquets vis-à-vis
Tun de l'autre et se croisant en dessus semblablement, à la façon des piquets que forment les chevalets portant les armemens dans les batteries, on a arrêté la bombe à la croisière de ces piquets par une fiscelle passant dans une de ses ances.
Il ne faut point lier ces deux piquets par un cordage à l'endroit où ils se croisent, afin de les rendre plus solides, parce que ce cordage à demeure prend feu dans l'explosion de la charge, peut conserver le feu comme une mèche et amener des inconveniens lorsqu'on charge de nouveau.
Le mortier de 12 pouces a été tiré successivement à chaque séance avec des bombes de 8 p. et des bombes de 10 pouces et avec des coins de sappin.
Ces coins avoient les dimensions suivantes :
pour tirer la bombe de 10 p. pour tirer la bombe de 8 p.
épaisseur de la tête ou largeur 101. 91.
longueur de la tête I p. 1 p. H I. 3 points
longueur du coin li p. 4 p. 6 1.
rayon du coin 6 p. 6 p.
Ces coins étoient des demi-segmens de plateau qui avoit 9 lignes d'épaisseur, le profil de ces coins étoit un demisegment de cercle dont le rayon pour les deux coins étoit le rayon du fond de l'âme du mortier et avoit par conséquent 6 pouces, la flèche étoit égale à la moitié de la diférence qu'il y avoit entre le diamettre de Pâme du mortier et le diamettre de la bombe dont on vouloit se servir et étoit par conséquent de 1 pouce pour tirer la bombe de 10 p. et de 1 p. 11 1. 3 p. pour tirer la bombe de 8 pouces, on a mis 2 p. pour la pratique ; enfin la demi-ordonnée ou longueur du coin s'est trouvé devoir être dans la pratique de 5 p. pour les bombes de 10 p. et de 4 p. 0 1. pour les bombes de 8.
Après avoir tiré deux coups avec des coins seulement on tiroit le 3®'"« avec des coins et de la terre ; la terre étoit
Min
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pressée à la main autour de la bombe et non damée ni refoulée.
On ne mettoit que 3 coins à chaque coup ; on les espaçoit également et on en mettoit sur le devant du mortier en sorte que la bombe portât bien sur lui quand le mortier étoit baissé.
OBSERVATIONS
On a tiré quelquefois avec les mêmes charges les pièces de canon sans bouchon sur la poudre et avec un bouchon. Dans le F*" cas, la portée a paru en général être moins étendue et nous avons conclu qu'il falloit tirer avec un bouchon qu'on refouloit de deux coups. Dans le tableau des portées, on a marqué à la colonne des observations les coups tirés sans bouchon ; on a mis des bouchons aux coups où on n'en parle pas.
D'après le résultat, on remarquera que pour porter une même bombe à la même distance, il faut d'autant moins de poudre que la pièce est d'un plus petit calibre : mais cette diminution paroit n'avoir lieu que pour la bombe de 8 pouces; les charges deviennent à peu près égales, lorsqu'on tire des bombes de 10 pouces; ce qui peut venir de ce que les bombes de 10 p., entrant d'autant moins dans l'âme des pièces que ces pièces diminuent de calibre, offrent moins de surface au fluide expansible de la poudre qui s'échappe aussi plus aisément et plus vite dès que la bombe commence à s'élever, dans cette position ; quoique cette raison soit applicable aux pièces chargées de la bombe de 8, on peut dire qu'à cet égard le segment de la bombe qui entre dans la pièce est suffisant pour recevoir d'une moindre charge l'impulsion qui lui est nécessaire pour la même portée.
Après le 2" coup du 19 tiré avec la bombe de 10 p., on
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s'est apperçu que la pièce s'étoit baissée à 39 d. ; la bombe de 10 pouces ne pouvoit plus tenir sur la bouche sans trop peser sur la fiscelle qui la retenoit, elle l'alongeait, la bombe ne joignoit plus, etc. On a tiré encore 2 coups avec une bombe de 8 pouces, le 2** de ces coups avec 6 1. de poudre et la pièce remplie de bouchons, la bombe s'est brisée avant d'arriver au haut de sa courbe et les éclats ont volé jusque dans le polygone, et, comme au 4" coup du même jour que le tronçon a tiré avec 8 1. de poudre la bombe de 10 p. a été brisée en l'air, on peut présumer que des charges très-fortes peuvent briser les bombes lorsque, peut-être^ un très-petit segment de la bombe reçoit toutte l'impulsion de la poudre qui s'enflamme.
Après les derniers coups de chaque pièce, on s'est aperçu le 19 que leur bouche étoit égrenée et pleine de petites fentes à l'endroit où pose la bombe et cette dégradation n'a été sensible qu'après avoir tiré les bombes de 10 pouces.
Le peu de longueur du tronçon et le boursoufflement intérieur du métal dont nous avons parlé la rendu difficile à pointer parce qu'il falloit avoir incessamment égard à cet excès de métal qui étant sur la gauche faisoit donner dans les portées les bombes du même côté à cause que le fluide de la poudre ne frappoit pas les bombes de ce côté; on rejettoit le tronçon sur la droite et on ne pouvoit aller qu'à tâtons, parce que chaque changement de charge devoit faire aussi changer la fausse direction qu'on lui donnoit.
Il est à remarquer que, lorsqu'on charge avec de la terre, il faut tirer à deux feux ; pour essayer si on pourroit se passer de tirer ainsi à 2 feux, nous avons renversé la bombe la fusée en bas quand on l'a mise dans le mortier, mais la fusée s'est brisée en éclats en sortant, même en employant de très-petites charges, car nous avons tiré à cet effet le mortier avec 1 1. de poudre le 19.
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On a tiré les 3 mortiers de la droitte avec les charges ordinaires employées à la batterie intérieure du polyj^^one, on ne s'appercoit pas jusqu'ici que les méthodes qu'on a prises pour se passer d'alFût soient insufisantes.