‹ Une famille militaire au XVIIIe siècle [microform]; documents inédits sur le Régiment royal-artillerie, la bataille d'Hastenbeck, les campagnes des Indes, l'École d'artillerie d'Auxonne et le siège de ToulonChapitre 59 sur 284 · Chetteput, Lawrence, I, 278; Tschittapet · texte numérisé non relu

Chetteput, Lawrence, I, 278; Tschittapet

2. Charles-Théodat, comte d'Estaing, 1729 f 1794, lieutenant général 1762. Il venait d'être créé brigadier le 18 novembre

k Madras, et le premier des fatigues de cette interminable campagne, à Pondichéry. Alexis de Beaumont du Teil dont le journal ne nous est malheureusement pas parvenu donnait souvent de ses nouvelles soit à son frère aîné, soit à son père ; on va lire de nombreux extraits de sa correspondance qui relate souvent des détails intéressants sur cette guerre peu

connue

« Du Havre, ce 27 octobre 1756.

« ... Je viens de recevoir une gratification de 1.200 livres ainsi que Jérôme une de 800... Il est dans l'incertitude de savoir sur quel pied il passera dans le pays; pour moy j'y passe à bon marché; si j'en reviens, j'espère que le roy me récompensera ; faites-moy le plaisir de m'avoir quelque lettre de recommandation par ceux que vous connaisses, par exemple M. de Vallière, M. de Rouville- et autres, cela ne peut que m'être utile ; je voudrès bien avoir deux domestiques, l'un pour mo}'^ et l'autre pour Jérôme, habillés de la livrée de la maison. Il faudroit,

1. Voir Pajol, les guerres de Louis XV, t. VI, 1888, pp. 242 h 286 ; les mémoires de Lawrence déjà cités ; Histoire des Français dans l'Inde (1674-1761), par le lieutenant-colonel Malleson, traduits par M™« Le Page, Paris, Société bibliographique, 1874, 1 vol. in-8, pp. 418 à 483 ; Affaires de Flnde, dep^HS le commencement de la guerre avec la France en 1756, jusqu'à la conclusion de la paix en 1783, traduit de l'anglais, Londres et Paris, 1788, 2 vol in-8.

2. Jacques-Antoine de Hicouart, marquis d'Hérouville, 1682 f 1760, lieutenant général 1738, gouverneur du fort Barraux en Daupbiné 1744.

J. 00 Tbil. — > Une famille militaire» 8

je VOUS prie, vous dépêcher ; mandès-moy quels sont les bons livres sur notre métier, mandès-moy aussy quels sont les mémoires qu*il faut que j'achète, enfin tout ce qui peut m'être utile. Je ne sçais pas si je me ferai faire une tente, je vais commencer à me faire faire beaucoup de chemises, bas, et cœtera. Si vous pouviès me faire faire un bon fusil à deux coups, vous me feriès grand plaisir, vous me l'enverriès par les valets ; au sujet des domestiques, prenès les fort robustes, promettes leur de bon gage ; je ne sçais comment faire pour annoncer à nos parents mon départ, touchés leur en quelque chose... Adieu, cher frère, portès-vous bien, mille compliments à ma belle-sœur ; souvenès-vous que vous ne pouvès accorder votre amitié à personne qui la mérite mieux que moy qui vous aime infiniment. »

« De la rade de Brest ^ ce 22 février 1757.

(( Je vous avès promis, mon cher frère, de vous donner de mes nouvelles avant mon départ, je l'eusse fait plus tôt si M. d'Urre ne m'avoit dit qu'il vous avoit écrit et vous mandoit toutes les nouvelles ; il me dit d'attendre l'arrivée de M. de Lally pour vous mander les grâces qu'il nous apportoit : comme il n'a point fait de jaloux, il n'en a apporté à personne, pas même à notre arrivée à Pondichéry. Il nous surprit fort quand il nous dit cette nouvelle, il

i. La 3« division, commandée par Lally, devait être embarquée à Brest sur trois vaisseaux du roi et des bâtiments de la compagnie.

nous dit beaucoup de choses flatteuses pour nous consoler. M. d'Urre le pria de vouloir bien envoyer un mémoire en Cour de la part du corps pour faire nos représentations, ce qu'il accepta avec plaisir; il nous dit qu'il y joindroit une lettre pour le ministre pour appuier notre demande qui lui paroissoit si juste; il fit mon mémoire en particulier que M. d'Urre lui remit, avec celuv de tout le détachement, présens comme absens ; je suis pour le moins piqué, attendu qu'on m'avoit promis la croix faiblement avant mon passage, mais, pour mon arrivée à destination, elle m'étoit assurée et cela par M. de Vallière k qui j'avois écrit à ce sujet... La Combe est dans ce cas : M. de Vallière lui avoit promis une compagnie et la croix de Saint-Louis, il n'a rien eu du tout ; il est capitaine en second avec 333 livres par mois * ; je ne sais si l'avenir ne sera pas plus heureux, mais je le souhaite...

« Nous sommes enfin embarqués depuis le 1 5 de ce mois ; nous attendons un bon vent pour nous échapper à douze vaisseaux anglois qui nous attendent ; je ne sçais comment feront nos marins pour esquiver la balle; nous ne sommes en tout que cinq vaisseaux de guerre et trois bâtiments marchands. Les vaisseaux du roy ne sont pas en état de se battre, attendu que leur première batterie est toute dans l'eau à cause des charges énormes qu'ils portent; je suis

I. Par trimestre. — Traitement par 3 mois de 30 jours : lieutenant-colonel : 764 1. 13 s. 4 d. ; capitaine aide-major: 582 1. 6 s. 8 d. ; capitaine en pied : 382 1. 6 s. 8 d. ; capitaine en second : 334 1. 6 s. 8 d. ; lieutenant : 233 1. 6 s. 8 d.

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sur le Superbe, commandé par M. de Choiseul*; nous sommes sur ces vaisseaux comme les anchois sont dans les barriques; ceux de Lorient- doivent partir incessamment ; vous m'avez demandé un état de notre traitement, je vous l'envoie ainsi qu'un mémoire de mes services que je vous prie de faire valoir en Cour pour me faire avoir ce qu'on m'avoit promis, j'espère tout de votre complaisance : je me flatte que vous voudrès bien ne pas m'oublier dans mon absence, vous ressouvenir quelquefois de moi... adieu, mon frère, je vous embrasse mille fois en vous faisant mille adieux ; prenez soin de mon père, que je puisse le voir à mon retour ; adieu encore une fois. « Le hasard me fait naviguer avec un de nos pays, le chevalier du Poët 3, chevalier de Malte ; il connoit beaucoup mon oncle 4... il est entré dans la marine il y a peu de temps. »

« De la rade de Brest, ce 14 mars 1757.

« Vous serez surpris, mon cher frère, de recevoir de mes nouvelles attendu que nous étions partis, comme je vous l'avois marqué; les malheurs que nous avons essuyés le premier jour ont été cause de notre retour dans ce port. Toute l'escadre se mit à la voile, le 5 mars, sous le commandement de

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