‹ Une famille militaire au XVIIIe siècle [microform]; documents inédits sur le Régiment royal-artillerie, la bataille d'Hastenbeck, les campagnes des Indes, l'École d'artillerie d'Auxonne et le siège de ToulonChapitre 65 sur 284 · Joseph-Auguste, comte de Montmorency-Laval · texte numérisé non relu

Joseph-Auguste, comte de Montmorency-Laval

avec un très profond respect, mon très cher Père et ma très chère Mère, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« Mes compliments à mon oncle et au cousin, à M. de Montgontier et à M. de Mons, aux cousins Rivery que j'aime toujours... La religion du pays est l'idolâtrie; les femmes y sont belles par rapport à leurs traits mais noires comme de l'ébène ; à la première occasion, je vous parlerai des mœurs du pays. »

« De Pondichéry, ce 20 août 1758.

« Cher frère,

« Nous avons été à Tanjour * 23our demander à ce roi maure- l'argent qu'il devait à la Compagnie du temps de M. Dupleix ; il a su si bien nous amuser que nous avons resté devant sa capitale durant deux mois, nous promettant de jour en jour 150 mille roupies; notre général... pensait peu à nous faire avoir des vivres ; les soldats étoient sans riz qui est la denrée principale du pays. Enfin M. de Lally, voyant que tout le monde mouroit de faim, fit ordonner d'envoyer les soldats chercher des vivres : le roi informé fit sortir deux mille marates qui sabrèrent une grande partie de ces malheureux qui étoient sans armes : M. de Lally, irrité de ce procédé, nous fit appeler pour nous

i. En séjournant à Karikal du 25 au 27 juin, après avoir pris Dévikota aux Anglais et être passé à Tranquebar, comptoir Danois. Lawrence, 327.

2. Il était soutenu par le capitaine anglais Caillaud qui commandait à Trichinopoly, à l'ouest de Tanjor. Lawrence

ordonner d'ouvrir la tranchée ; on lui représenta que nous n'avions pas dix fascines de faites, il s'emporta contre nous, nous lui dîmes qu'il n'avoit donné aucun ordre pour en faire faire : en conséquence il remit au lendemain ; toute l'armée travailla à en faire ; sur les midi il vint un député de la ville qui venoit parlementer, il apportait 50 mille roupies * ; à la vue de cet argent, on se radoucit, l'on demanda des bœufs, de la poudre et des boulets ; ce député fît dire par son interprète qu'il le demanderoit au roy son maître ; l'envoyé s'en retourna. Il y eut des serments, des paris qu'il se laisseroit assiéger ii cause de la demande de la poudre et des boulets : l'on dit vrai ; malgré les otages que l'on s'étoit donnés de part et d'autre, trois jours après on ouvrit la tranchée *~; la nuit d'ensuite il fallut faire une batterie de brèche ; ordre à celui qui la traçoit de la faire tirer le lendemain ; on eut beau dire que nous étions trop loin pour battre le corps de la place, que dans douze heures de tems une batterie de cinq pièces de 2i 3 ne se pouvoit pas faire, celui qui faisoit ces représentations fut traité d'ignorant... ; nous fîmes donc cette batterie de brèche à deux cents toises ; le coffre ne fut composé que de fascines, par ce moyen elle tira le lendemain : tu dois juger comme elle fut criblée de boulets,

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