BRIGADE DE MOUY
Emsdorf, tomba sur lui et le fît prisonnier avec les colonels d'Anhalt et de Royal-Bavière ; seuls les hussards de Bercheny s'échappèrent et allèrent avertir d'Espiès de ce qui se passait.
Le commandant de Marbourg, comprenant la nécessité de sauver à tout prix les fours, les chevaux et les chariots de vivres, augmenta la garde des fours et y envoya les deux cents hussards de Bercheny avec ordre de mettre pied à terre la nuit et de joindre, en cas d'alerte, leur feu à celuy de l'infanterie; il ordonna des patrouilles fréquentes de l'autre côté de la rivière, et, pour éviter toute surprise, tint sa garnison sous les armes et renforça tous ses postes. « Ges précautions prises, il ordonna aux chevaux des vivres de monter, en cas d'attaque, par un chemin qu'il avoit reconnu sous le feu du château, à un plateau où ils pouvaient s'assembler ainsi que cinq cents bœufs, et se trouver sous la protection de vingt pièces de canon que M. du Teil avait dirigées en conséquence et du feu de mousqueterie... M. d'Espiès passa la nuit du 16 au 17 allant de tout côté pour surveiller ses postes et aperçut entre 4 et 5 heures du matin environ deux cents chasseurs qu'il fit observer par ses hussards. On sut par des déserteurs que Luckner * était venu observer la position... »
Rendant compte au maréchal de tout ce qui avait été fait à Marbourg, le marquis d'Espiès lui disait, le 19 : « Je ne puis trop me louer de ma garnison
i. Nicolas, baron de Luckner, 1722 f 1794, passé au service de la France 1763, maréchal de France 1791.
URir.ADE DE MOLY
qui a montré dans cette occasion toute espèce de bonne volonté : M. du Teil, officier d'artillerie, s'étoit mis dans le meilleur état pour recevoir Tennemy et je suis assuré qu'il auroit été bien chauffé. »
Dès le 17, le Régiment O'Gilvy fut envoyé à Marbourg par M. de Filley i, qui assiégeait Dillenbourg : toutes les dispositions avaient été parfaitement prises pour conserver notre entrepôt où rien ne fut laissé en souffrance : c'est à peine si nos boulangers perdirent quelques heures par suite de la peur que leur causa l'apparition des chasseurs ennemis. « Vous me demandez si mon frère a été content de vous, écrivait quelques jours plus tard le comte de Broghe 2 à d'Espiès : vous n'en devès pas douter et il le mande aujourd'hui à la cour; pour moy je vous ay bien plaint dans cette bagarre dont on s'est encore mieux tiré qu'on ne pouvoit l'espérer. »
Au commencement de septembre, le commandement 3 de la place était entre les mains de M. de Kennedy 4 : il demanda deux mortiers le 6 septembre. Du 9 au 13 septembre, les communications de Marbourg furent coupées : dans la nuit du 9 au 10, à
i. Pierre de Filley, f 1779, lieutenant général 176^ énéraU^eo'^''"'^' ''''"'*'' '^'^ ^''''^^'^' "^ """ ^"^^^^ heutenant-
3. MM. Sicard et Gouguet, aides-majors; de Laurière et ^aint-Louis, capitaines des portes. - Dans Tintervalle, M de Narbonne avait commandé par intérim. -- M. d'Espiès était passe a Ziegenhain. ^
4. Jean-Théodore de Kennedy, né en 1714, capitaine de grenadiers au régiment de Dillon i740, chevalier de Saint- Louis 1747, retire a Dunkerque 1763.
dix heures du soir, bien que la veille nos patrouilles de hussards fussent allées à trois lieues sans rien apprendre, un corps ennemi s'introduisit dans différents enclos et surprit, à deux heures du matin, sans tirer un coup de fusil, quelques postes d'une trentaine d'hommes laissés dans la ville afin de prévenir le château de l'approche d'un danger : averti par le bruit, M. de Kennedy fit tirer un coup de canon, signal convenu pour les faire replier; ne les voyant pas revenir, il supposa que la ville était occupée et le jour confirma ses craintes. Bientôt un officier ennemi parut à la dernière barrière, disant que le prince héréditaire était à une demi-lieue et sommant le gouverneur de se rendre : on le renvoya et chacun prit son poste ; second parlementaire, même réponse ; enfin le général de Bulow vint en personne : Kennedy lui enjoignit de retirer ses troupes de la ville, le prévenant de son intention de faire feu sur tout ce qui se présenterait ; Bulovsr menaça de faire pendre le commissaire des guerres, si cette promesse s'exécutait*, à quoi Kennedy répondit qu'il avait soixante blessés ennemis dans l'hôpital du château et qu'il enverrait leurs têtes, en guise de boulets, sur la ville, si on touchait au commissaire : on se sépara et le château fit aussi-
1. Le maréchal de Belle-lsle écrivit à Kennedy le 25 septembre : c< rai lu avec plaisir. Monsieur, le détail... de ce qui s'est passé à Marbourg lorsque M. de Bulow vous a sommé de lui rendre le château que vous commandez et S. M. m'a chargé de vous témoigner sa satisfaction sur la conduite que vous
avez tenue en cette occasion » Archives historiques de la
guerre, correspondance.
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tôt feu de son canon et de sa mousqueterie ; les ennemis répondirent par une fusillade sans recourir aux cinq grosses pièces qu'ils avaient avec eux ; puis, jugeant imprudent de rester dans la ville, ils opérèrent leur retraite en laissant un certain nombre de blessés : nous leur fîmes même quelques prisonniers. Quelques jours plus tard, le 13 septembre, Stainville rencontra ce corps près du lieu de Neukirchen, l'attaqua et le poussa jusqu'à Sachsenberg, lui enlevant ses équipages , huit pièces de canon et beaucoup d'hommes.
Malheureusement pour du Teil, la demande qu'il avait formée en arrivant à l'armée, dans le but de rentrer dans le corps royal, fut rejetée ; mais le chevalier Pelletier, représentant que cet officier avait fait toute la campagne de 1760 avec la plus grande distinction, demanda pour lui au maréchal de Belle- Isle une gratification proportionnée aux dépenses de son voyage et de son séjour à l'armée et à la perte de ses chevaux et équipages enlevés à Marbourg par les ennemis : il obtint, pour ce service extraordinaire, mille francs qui furent offerts au postulant, le 21 octobre, avant son départ. Encouragé par ce demisuccès, du Teil introduisit une nouvelle demande, au printemps suivant ; cette fois elle fut approuvée par le ministre, le 8 avril, et admise par le roi, le 20 juin, en raison des témoignages flatteurs que le maréchal de Broglie rendit de la supériorité avec laquelle il avait commandé l'artillerie à Marbourg dont la conservation lui fut attribuée. Le 25 novembre suivant il prenait rang, comme capitaine de Bombar-