‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 2 sur 241 · DE LA NOUVELLE FDITIOM. IX · texte numérisé non relu

DE LA NOUVELLE FDITIOM. IX

sitions de tout genre, obligeaient à être jour et nuit sur le qui-vive. Bientôt l'appartement fut mis sous les scellés, et la tante d'Alexandrine incarcérée pour refus de dénoncer son frère. On lira les scènes les plus touchantes sur cette horrible existence de la prison, où un nombre considérable de femmes de toute condition vivaient ensemble et dans le plus complet dénûment. Alexandrine, grâce à sa jeunesse et à force d'argent, obtenait l'autorisation d'y pénétrer; elle y vint presque jusqu'au jour de l'exécution de sa tante.

Cette mort fut un coup affreux pour la jeune fille; sa tante, douée de toutes les grâces du cœur et de l'esprit, animée d'une force de caractère et d'une alTection sans bornes, laissa un vide immense après elle. A quatorze ans, Alexandrine restait seule, dans une grande ville, sans ressource et loin de son pays!

Peut-on douter de l'intérêt d'un pareil récit, quand au dramatique des circonstances s'ajoutent l'abondance des détails et la vivacité naturelle du style ? Les tableaux sont saisissants et parlent aux yeux. Les premières réunions des brigands à Moulins, l'élection de son père, sa chute, sa fuite; les massacres des prisonniers de Pierre-Cise à Lyon, les péripéties du siège, les horreurs de la détention de sa tante, la vie patriarcale à Fontaine, dans te moulin de la mère Chozières, sont

PRÉFACE

autant de descriptions ravissantes dans leur douloureuse vérité. Il y a mille détails curieux, mille remarques judicieuses, exposées avec une nuance de délicatesse dont les femmes seules possèdent le secret.

Certains portraits peuvent passer pour de véritables chefs-d'œuvre ; celui du conventionnel Marino, par exemple, auquel elle demandait la vie de sa tante; celui du citoyen Forêt, gardien des scellés, et de tant d'autres qui passèrent devant ses yeux. Avec une rare finesse d'observation, elle saisissait, même dans les occasions les plus tristes, les petits travers, le côté comique d'un personnage. La description du château de l'Ombre a un cachet tout à fait original. Elle s'y était retirée, après son départ de Lyon, chez mademoiselle Melon, sa cousine. Elle critique avec gaieté et sans aucune pointe d'aigreur la tenue de maison, les domestiques, la personne et le caractère bizarre de sa vieille parente, offrant à cette occasion une foule de traits piquants qui reposent de la vie tourmentée des années précédentes.

Désormais Alexandrine vivra seule, faisant le bonheur des parents chez lesquels elle se rendait tour à tour, mais abîmée par la pensée de se voir pour toujours séparée des siens. Elle consacre des pages admirables à son séjour au Battouée, chez ses cousins, où elle aidait à donner l'hospitalité

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