‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 222 sur 241 · CHAPITRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIÈME

M. Untel. — Madame de Malet — Son billet. — Je reviens de chez elle, Plac^ chez madame la^ duchesse Louis de Wurtemberg. — M. Royer ne m'approuve pas. — Elisabeth de la R... — Son histoire. •— Je la propose à ma place. — M. de F... résiste. — Il l'accepte. — Mes adieux à madame de Choiseul. — Elle me blesse par ses paroles. — Elle avait raison. — Mon départ. — Mon arrivée à Louisbourg. — Mort de mademoiselle de Belonde. — Ma tristesse et mon découragement. — Je trouve les jeunes princesses intéressantes. — Madame la duchesse. — Sa vue consolante relève mon esprit. — Sa beauté, sa bonté. — Je m'attache à mes élèves.

J*ai dit plus haut que je retrouverais M. Untel (i), cet être mixte qui sentait le fripon et pouvait être un honnête homme; en efifet, ce personnage douteux parvint à me découvrir chez mademoiselle d'A... Je le reconnus parfaitement, malgré le changement extraordinaire qu'avait produit sur lui une violente maladie. Il marchait à peine, boitait prodigieusement, et portait la livrée d'une grande misère. Son triste état m'inspira de la pitié, à laquelle succéda un sentiment de répulsion. Cet homme savait toute Thistoire de mademoiselle d'A..., avait connu son frère, et me dit plusieurs particularités de cette famille. Voilà un homme prodigieux, pensai-je, il connaît tout le monde; et j'en avais peur, comme si cette figure humble cachait un serpent. Je lui proposai de tâcher de le faire entrer dans une maison de charité, où il serait soigné jusqu'à la fin de

(i) Voyez ci-<iessus^ 4)agcs 99 et 143.

sa vie; il accepta, me donna une fausse adresse, ce qui le dévoila à mes yeux , et je ne le revis plus ; )e croisméme que son infirmité ne le prenait qu'à la porte.

N'y a-t-il pas de quoi frissonner en réfléchissant à cette existence qui reposait sur Pastuce et la fraude, s*introduisant dans les familles sous le masque qui convenait à chacune d'elles, s'initiant à leurs secrets pour y puiser les moyens d'en tromper d'autres? Que de contrainte! que de dissimulation! que d'empire sur soi-même! Il y a du démon là dedans. Toute moralité^ à part, je m'étonne qu'on se fasse fripon ; il est bien plus commode d'être honnête homme.

Peu de temps après le jugement du procès de mademoiselle d'A..., je reçus un billet de madame de Malet, qui me priait de me rendre chez elle au plus tôt, ayant une affaire importante à me communiquer. « Asseyezvous là, me dit cette charmante femme. Voici desplumes et du papier : remerciez madame la duchesse Louis de Wurtemberg, qui vous place auprès des princesses, ses filles. — Moi! mais vous n'y pensezpas ; moi ! gouvernante de princesses ! je n'ai rien de ce qu'il faut pour l'être; jamais je n'aurais osé porter mes vues si haut , je n'ai aucun talent. — Vous n'en avez pas besoin; les princesses ont des maîtres. — Je ne suis pas assez instruite. — Vous étudierez; les princesses sont jeunes, vous avez du temps devant vous. — Mais, je vous assure, je ne me crois pas capable... — Mais moi, je vous connais, reprit cette indulgente amie^ pleine de zèle pour mon bien. Du reste , madame la duchesse vous connaît aussi. — Comment cela se fait-il

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