‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 8 sur 241 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

bi igands. — Mod pèro nommé cominindon

Ce fut par la fameuse journée des Brigands que celte révolulion s'annonça ouvertement (Jour moi. Mon âge ne me permettait pas den comprendre l'importance, mais seulement de jouir du bruit et du mouvement, si j'ose m'exprimer ainsi. Ledésordre a une variété qui plait à l'enfance. Il fut rapide. Partout arrivent au mémeinstant des courriers qui publientquedes troupes de brigands s'avancent. Ils sont là, on les a vus, ils^ viennent : il faut s'armer pour se défendre (i). On s'assemble, on nomme des officiers pour conduire les citoyens : voilà la garde nationale établie. On veut un chef, et mon père est choisi. Il se promenait sur le cours : il est entouré, proclamé colonel. Il refuse; on s'obstine, on le presse, et, après avoir hésité quelque temps, il se rend et accepte. Ma tante n'en fut point satisfaite. Je me rappelle qu'elle l'engageait ii refuser ce dangereux honneur. Il n'était plus temps; des larmes

([) Cette terrtfl^fut si générale que l'on vil arriyer de l côtés des troupes nombreuses de paysans armés de faux et fourches, demaniierà marcher contre les briganJs [;t s'inforr oh ils étaient.

lO UNE FAMILLE NOBLE SOUS LA TERREUR.

s'échappèrent de ses yeux lorsqu'elle le vit reconduit chez lui par une foule nombreuse, et qu'une garde d'honneur fut placée à sa porte. Il y rentra, ne s'appartenant plus ; devenu homme public, l'intérêt de ses enfants était secondaire, tout fut suspendu : plus de voyage , plus de projets ; nous restâmes.

La ville de Moulins fut agitée comme toutes celles du royaume, qui, livrées à une terreur panique, se levèrent en masse contre ces brigands invisibles qui n'étaient qu'une chimère inventée pour armer la France. Ceux qui firent ainsi mouvoir les premiers rouages de cette machine formidable ne furent plus les maîtres d'en modérer la marche , et périrent sous son poids. La révolution se développait d'une manière effrayante. La terreur fut toujours mêlée à toutes ses joies. Fille du trouble et de la discorde, pouvait-elle produire autre chose?

Mon frère aîné resta dans son régiment, encore en garnison à Moulins. Le cadet revint près de nous(i). On me donna des maîtres; ma tante vit plus de monde que jamais, et mon père se livra tout entier à ses nouveaux devoirs. La confédération le fit partir pour Paris, à la tête de la dépuiation du département de l'Allier; il en revint au désespoir. Il s'était flatté qu'à cette fameuse journée du Champ de Mars, le roi, se mettant à leur tête, marcherait contre l'Assemblée nationale pour la dissoudre. « Ce parti, disait-il, eût sauvé la

(i) Il avait le brevet d*ofi&cier dans le régiment provincial de Clermont, et devait, à la fin de ses études, entrer dans l'artillerie.

Page 1