LES ORIGINES DE LA FAMILLE
parties, en confiscjuant le domaine en question, à l'ins- Ligation, senible-t-il bien, d'un certain Morinot de Tourzel, au(|uel, par un acte d'avril 1383, il concéda riiéritage d'Armand d'Alègre\
Ce Morinot de Tourzel, qui, du fait de cette donation, allait devenir la tige de la seconde maison d'Alègre, a été, jusqu'ici, assez défavorablement jugé par les historiens. A part le P. Anselme, qui lui assigne des ascendances un peu trop reluisantes, peut être, puisqu'elles remonteraient au début du xiii*" siècle S tous les généalogistes en font, en effet, un aventurier sans naissance et simplement originaire du lieu de Tourzel^. Il paraît bien, cependant, avoir été le fils d'Assaly de Tourzel, chevalier, dont nous est parvenue une quittance délivrée, en 1388, à Jean Le Flament, trésorier des guerres % quittance qui n'est antérieure que de quelques mois à une autre quittance donnée par Morinot de Tourzel au môme personnage % en sorte qu'il est assez vraisemblable de supposer que, si le nom de Tourzel n'eût point été le sien, Morinot ne l'eût point usurpé,
' Bibliothèque nationale, fr. 20 230 : généalogie manuscrite de la famille. — P. Anselme, Histoire gétiéalof/ique, t. VII, p. 705 et suivantes. — Chabrol, Coutume d Auvergne, 1786, in-4°, t. IV. p. 47, 340, 588. — DD. Martène et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, 1717, in-fol., t. I. col. 896-898, et 1115-1119 (testaments d'Armand l^^ et d'Armand II d'Alègre de 1222 et 1263). — Du Molin, Les d'Allègre au XVb 5iècZe, broch. in-8", 1867, p. 7 et 8.
* P. Anselme, Histoire généalogique, t. VU, p. 705-708.
^ Tourzel, Puy-de-Dôme, arrondissement d'issoire, canton de Champei.x:, commune de Ronzières.
* Quittance délivrée par Assaly de Tourzel, chevalier, à Jean Le Flament, trésorier des guerres, le M mai 1388 iBibl. nat., Pièces originales, vol. 2871, Tourzel, no5).
^ Quittance délivrée par Morinot de Tourzel à Jean Le Flament, trésorier des guerres, le 14 novembre 1388 (Bibl. nat., Pièces originales, vol. 2871, Tourzel, n« 6).
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ainsi, offîciellemenl, du vivant de son vrai titulaire. Et ce qui est certain, c'est qu'il est qualifié : en 1381, d' c( écuyer et serviteur^ », en 1383, de « chambellan-w, en 1404, de « conseiller » du duc de Berry'\ et que, peu après, nous le retrouvons intendant général des finances de ce prince, en Languedoc et en Guyenne V
Des mêmes documents qui nous fournissent ces détails, il ressort, d'autre part, que, en 1382 et 1388, il avait fait la guerre « en Flandres et en Allemagne^ », et qu'il avait été, à diverses reprises, assez largement récompensé de ses services, puisque nous le voyons gratifié par Charles VI de « 3000 frans d'or » en 1383 % et, en 1404, par Louis d'Orléans, frère du Roi, de mille livres tournois de pension annuelle'.
Ledit Morinot paraît, du reste, avoir été un homme fort entendu aux affaires, intéressé, retors et « subtil ». Que c'ait été, d'abord, par « cauteleuses pratiques »
^ Don fait par Charles VI à Morinot de Tourzel et à Giraut de Rochefort de 600 francs d"or, au bois de Vincennes, le 8 janvier 1381 (n. st.) (Bibl. nat.. Pièces originales, vol. 2871. Tourzel, n" 2).
2 Don fait par Charles VI à Morinot do Tourzel de 3000 francs d'or. Paris, 25 octobre 1383 (Bibl. nat.. Pièces originales, vol. 2871, Tourzel, n» 3).
^ Don iait par Louis, duc d'Orléans, à Morinot de Tourzel de mille livres tournois de pension annuelle, Paris, 2 juin 1404. (Bibl. nat. Pièces originales, vol. 2S71, Tourzel, n» 7). — Le reçu du premier paiement de cette somme, du 1*'' septembre 1404, est signé Tourzel, de la main, môme du bénéficiaire [Ibid., n» 9).
* D. Vaissète, Histoire de Languedoc, éd. de 187a, in-4», t. IX, p. 986,
^ C'est une campagne menée par Charles VI contre le duc de Gueldre. en 1388, qui est ainsi désignée sous le nom de campagne d'Allemagne.
•* Don de Charles VI, du 25 octobre 1383 (Bibl. nat., Pièces originales, vol. 2871. Tourzel, n° 3).
^ Don fait par Louis, duc d'Orléans, à Morinot de Tourzel, 2 juin 1404 (Bibl. nat., Pièces originales, vol. 2871, Tourzel, n" 7).
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qu'il ait obtenu de son maître la conliscation et Tattribulion à sa personne des « terre, chastel et seigneurie d'Alègre », la chose semble ressortir des termes d'un mémoire judiciaire, un peu postérieur, qui l'en accuse expressément^ Et nous savons, par ailleurs, que lui et ses successeurs eurent à soutenir, à ce sujet, contre les Saint-Nectaire, de longs procès qui ne se terminèrent qu'en 1494, par lunion d'Antoine II de Saint-Nectaire, petit-fils de Bertrand, avec Marie d'Alègre, arrière-petitefille de Morinot ".
Cependant le nouveau seigneur d'Alègre ne s'était pas contenté longtemps des dépouilles qui venaient ainsi de lui advenir. En 1387, il obtenait de Béraud, dauphin d'Auvergne, « la donation de la totale juridiction, haute, moyenne et basse du lieu de Tourzel "^ », dont il n'avait que le fief', et, en cette même année, acquérait dudit Dauphin, pour le prix de « 3.500 deniers d'or franc », tous les droits que celui-ci avait à Meilhaud%
^ « Extrait du factum présenté à la cour de parlement par Anne de BeauCort-Canillac, veuve de Godefroy de la Tour, pour raison du pays de Livradois vendu à Morinot de Tourzel, seigneur d'Alègre, U8i ». (Baluze, Histoire généalogique de la maison d'Auvergne, 1708, in-fol., t. II, p. 229).
2 P. Anselme, Histoire généalogique, t. VII, p. 709. — Chabrol, Coutume d' Auvergne, i. IV, p. 550. — Du ^loYvn. Op. cit , p. 14.
^ « Lettres de donation faite inter vivos et pour agréables services, par noble et puissant seigneur, Messire Bérauld, dauphin d'Auvergne, comte de Clermont, et seigneur de Mercueur, à noble et puissant seigneur Maurtn de Tourzel, seigneur d'Alègre, lequel seigneur Dauphin donne au seigneur d'Alègre la totalle jurisdiction et justice, haute, moyenne et basse, mère et impère, lesquelles mondict seigneur Bérauld avoitetluy appartenoient au lieu de Tourzel et ses appartenances, comme plus à plain est contenu esdictes lettres, passées sous le scel royal estably en Auvergne, datées du XX» jour d'octobre MIIIcLXXXVII ». (Archives nationales. Inventaire des titres de Mercœur, R**1143, fol. 158).
* Chabrol, Coutume d'Auvergne, t. IV, p. o88.
'^ Cet acte est conservé dans les archives de M. le comte Hervé d'Hu-
donation et ac({uisition, auxquelles le texte, que je citais tout à l'heure, laccuse d'avoir contraint Béraud par. d'assez blâmables manœuvres, « comme d'exciter contre lui le duc de Berry, de le faire menacer par ce dernier de le détruire et réduire à prison perpétuelle ^ », jusqu'à ce que, las de ces persécutions, le Dauphin se fût décidé à en passer par où il voulait.
Peu après, le 13 juin 1388, le rusé compère s'enrichissait de tous les biens confisqués pour malversations sur un certain Jean Chauchat, trésorier de France et receveur g-énéral des finances du duc de Berry, ce qui lui valait deux hôtels sis à Clermont-Ferrand, dont (d'un derrière la grande église dudict Clerinont », et d'importants domaines à Cournon, Pont-du-Gliâteau, Lempdes, Cébazat, Riom, le tout estimé à plus de 3. 000 « frans d'or- ».
Notre homme couronnait, enhn, sa fructueuse carrière, en arrachant à Jean II, comte d Auvergne et de Boulogne, une plus riche proie. L'histoire a conservé le souvenir de ce malheureux prince qui, naturellement simple d'esprit, acheva de perdre dans la débauche le peu de raison qu'il pouvait avoir. « De foible complexion, et de foible cervel et de très légier à encores plus blecier
nolstein, au château de Saint-Cyrgues (Puy-de-Dôme). Je saisis avec empressement Toccasion (jui m'est olferte d'adresser à M. le comte Hervé d'Hunolstein le.xpression de toute ma reconnaissance pour les renseignements qu"il a bien voulu si aimablement me communiquer à ce sujet.
— Cf. Baluze. Histoire généalogique de la maison d'Auvergne, t. I, p. 202;
— lustel, Histoire de la maison d'Auvergne, 1645, in-fol , preuves, p. 153;
— Chabrol, Op. cit., t. IV, p. 340. — Meilhaud, Puy-de-Uôme, arron. et canton d'issoire.
^ « E.îlrait du factura présenté à la cour de parlement par Anne de
Beaufort-Ganillac «(Baluze, Op. cit., t. 11, p. 228-2-20.)
^ Archives nationales, Trésor des Chartes, JJ 132, n" 324.
LES OUKilNKS l)K LA FAMILLE /
el ébester par le vin, el tellement que, quand il beuvoit un peu trop, mesmement de forts vins sans eaue, et plus qu'il n'avoit accoustumé, il estoit comme du tout al)attu et sans entendement^ », épuisé, d'ailleurs, par des excès d'une autre soi'te « comme de femmes », envoûté particulièrement par une certaine Blancbe de Paulet qui, au moyen de ses « sorceries », avait pris sur lui un empire absolu, sorti l'entendement encore troublé d'une tentative d'empoisonnement dont il avait été victime, à Avignon, en 1384, et, à la suite de laquelle, « lui estoient cheus tous les cbeveux et les ongles », ce dément vivait en la compagnie de gens toujours prêts à abuser de sa débilité d'esprit, car, « simple et ne tenant pas compte de ses besognes, léger à séduire et à décevoir, privé de toute bonne prudence, il donnoit tout le sien à qui lui en demandoit, comme ses terres, sesclievaux, ses robes, tellement que s'en farçoit et mocquoit cbacun^ ». Or, nous savons que Morinot de Tourzel ne fut pas le dernier à profiter de ces largesses. Encouragé par le premier don d' « un notable clos de vigne », à Saint Pourçain, « lequel valoit bien deux mil escus et que ledit comte lui donna, sans cause, par sa prodigalité^ », il revint, bientôt, à la charge, et jeta alors son dévolu sur le pays de Livradois, avec les quatre grandes seigneuries qui le composaient : Ambert, Baffîe, Rioux et Viverols'.
* « Extrait du factum présenté à la cour de parlement par Anne de Beautort-Canillac » (Baluze, Op. cit. t. II, p. 224.)
- Ibid., p. 224-225.
^ Ibid., p. 224.
* Ibid., p. 2 23-230, 7:)a55m. — Lettres de Charles VII, du 2^) février 1439 (n. st.), données en faveur de Bertrand de la Tour, au sujet de la vente qui avait été faite par Jean, comte de Boulogne, à Morinot de Tourzel, seigneur d'Alègre, des terres et cliàteaux: de Livradois (Archives natio-
De quels subterfuges usa-t-il pour se faire livrer moyennant 25.000 livres un territoire qui en valait bien deux ou trois cent mille ? Du moins délicat, à en croire un texte, d'après lequel il n'obtint l'agrément de Jean II au marché qu'en le faisant abominablement griser, « lui ayant mêlé au vin rouge qu'il buvait, du vin blanc, en guise d'eau ^ ».
Cette nouvelle acquisition devait, toutefois, valoir à Morinot de sérieuses difficultés avec la famille de sa victime. Au prix d'un gros sacrifice pécuniaire, il put, il est vrai, écarter les réclamations de Maliaut d'Auvergne, tante de Jean de Boulogne, qui, mariée à Amé III, comte de Genève, et n'ayant jamais reçu les 2o.000 livres qu'on lui avait promises lors de son mariage, ne pouvait voir, sans s'en désintéresser, la fortune de sa famille fondre ainsi entre les mains de son prodigue neveu. Mais il devait trouver une adversaire plus redoutable en la personne de Jeanne de Boulogne, fille de celui qu'il venait de dépouiller. Cette Jeanne avait, le 3 juin 1389, épousé le duc de Berry, veuf de Jeanne d'Armagnac, et, dès la mort de son père, en 1394, elle prétendit faire rendre gorge à ceux qui l'avaient si indignement rançonné. Ayant réussi, en particulier, à ruiner, enfin, auprès du duc la faveur de Morinot-, elle
nales, RHd, n° 2i). — Baflie ou la Baffîe est dans l'arrondissement d'Arabert et le canton de Viverols ; Rioux, autrefois Riols, est près de Marsac, arrondissement et canton d'Ambert.
* Arrêt du parlement de Paris, du 16 mai 1483 (Baluze, Op. cit., t. II, p. 231-232, 234).
- Lettres de Jean, duc de Berry, par lesquelles il mande au sénéchal d'Auvergne de saisir tous les biens appartenant à Morinot de ïourzel et qui avaient été jadis à Jean, comte de Boulogne, 20 février 1414 (n. st.) (Archives nationales, R^24, n° 242).
Vue des Ruines du Château d'Allègre.
Cliché P. Vazeilles, Le Puy.