Socte ilf toile pointe qui so fiibriquait à Beriraiiir
DE UNI ERE s A.NNE1> DK MADAME D El' IN A Y
nant quelle élait cellt' ilïiiiio. mais je nous prie Iticii de croire qu'il n"a duré (jnc le temps qu'il fallail pour exciter mes réflexions d me donner de lions soufflets.
» Contez cfla à M. Grimni. jr \(iiis en jiric. maman, car c'i'st le ]iérp de mon amie qui a en I lionneui' de vendre les l'ideaux de fenêtre (jiic nous lui avons achetés; il aura la Itonté de les bien eonseiMT en faveur de cette divnc femme.
») Continuez, maelière maman, à me faire doiineide vos nouvelles, je vous en supplie. Je finis, en vous assurant de mon tendre respect. »
Le printemps arrivé, le» journées i)lus longues el la beauté du temps engagéienl madame d'Epinay à faire quelques promenades. Elle s'e'tait liée avec deux amis du docteur Troncliin, M.M. de Lue', savants aimables et distingués, qui lui inspirèrent le goût de la botanique- et de la minéralogie, et l'ai-
1. Guillaume-Autoiuf do Luc (1720-1812; ; Jacques-Aiidiv (1127-1817). >"égoriauts par état, mais i)liysick'ns et géologues par vocation, les frères de Luc lireut servir à leurs recheicbcs les voyages d'affaires ([ue nécessitait leur couiuierco. '< Ils s'éfaimit iiartagé lu terre et le ciel, dit Sayou? ; Jacques- X Audré, r.iiué, étudiail les itliéuouièues atuiosphériques, et » Guillaumc-Antoiue formait la bcUf collection de fossiles » qu'il avait commencée dès 1 âge de quatorze ans. Elevés » tous deux dans lliorreur de liucrédulité, ils employèreul ') leur vie entière à démontrer aux indifférents et aux uio-
ijiieurs (|Me riiistiiire de la eréaliou est écrite dans les
» mOUtairues i-nuiUle elle lest ilallS la (leuèse. ■■
(iO J)KKNIÉKES ANNÉES DE MADAME D'ÉPINAY
dèrenl à former un Cftbiiicl d'histoire naturelle; elle d(jiinait ainsi un but ù ses excursions hors de Genève. Mais son zèle de néophyte lui faisait ronimettre plus d'une méprise; im jour elle orul avoir découvert des pépites d"«>r et ('crivit à son |)rofesseur pour les lui offrir; il refusa ce présen! l'omnie trop considérnble et elle lin n'-pondif :
MAIIAMK d'ÉPINW A M. lill IJ,. -A M nlNF. UK LUC.'.
:^(i avril n:;8.
('. Tranquillisez-Yous, monsieur, je ne suis qu'une i,^norante ; j'ai vu du jaune qui brillait dans ces cristaux: belmoniques, j'ai dit : voilà de l'or, cela est fort beau, fort précieux, j'en donnerai à M. de Luc. M. ^otre frère est venu éclairer mon enthousiasme et mon or s'est changé en sable: ainsi je n'orne point votre cabinet, au contiMire. e lu'apeiTois que je le i)ille, car je suis coml)lée de vos dons. Je viens d'acbeter lout le reste du cabinet de M. de Jalabert, lout ce qui concerne la Suisse pour le Itaron, et tout ce qui est coquillage naturel pour mon frère-. Ainsi, ce que je ti'ouverai dorénavant sera pour moi, je me recommande donc à vous, monsieur, dans tous
1. .VFaniiscrils ili' la 15ililinllit''(|iic |)iiltli(|iir de ficnèvi', ■2. .Mniisiciir (Je Jiillv.
ih:km i:ui:s anxi;!-;-- i>!-; m a h ami; d kimnav gi
li's |)a\s où vous passiTcz. flans ions Ips itonrcs «•onctTiiaiil l'histoire luiliiivlle. mais je ne voiix (|iic dos hasards cl du livs heau, pairo que jr n'ai ni la place ni les moyens d'avoir un cahinel Nien étendu, et qiiil \ a mille objets de dépenses ([ni me satisfont jilus que celui-là ne |»(UMiail jamais faire. Depuis huit mi dix jours, je me suis mise à étudier avec des livri-s, des planches et les pièces représentées sur les planclies au|)rès de UKii ]H(ui' les eduriiMiler : je fais tant de progrès. • pie. sans me vantei'. je crois (pi'on ne m'attrapera plus à prendre du sable pour de l'or: je m'exposerai plutôt à prendre de l'or pour du sahle.
^> Que vous dirai-je de ma santé? Mon ànes<e a la colique et moi aussi: j'ai des \apeiiis fort noires, furl Irisics. autant jioiirlanl qu'il est dans mon caractère de l'être. Je sens bien que je me p(»rte bien et que ce n'est que mon ànesse qui se porte mal: mais, je ne sais. (le|nii>qiie je prends son- lait, ses maux deviennent miens. el jmis ou me fait Ion! plein de mauvaises plaisanteiies sur ce nou^eau itenre d'identité; on dit que nuui esprit s'en ressent et je crois ipi il peiil bien en èlre qiiehpie chose.
» Il l'ail ilii \eiii. il fiil froid, il fait chaud, on ne pi'iil pas se pnuiienei'. I, Imninii' de qui je \ais pi'.'udre rap[i;ii'iemenl dil ipi il d('méiia;-e et vcMr
fiî I ) I ; i; \ 1 ]■: i; i-; s a n n !•: i; s in-; m a i > a m i; d • !•: l' i N a v
l(»lij(»|||-s ;'i 1,1 liKMilt' place: cll xrliti'. 1,1 \'\o rsl iTiiiplie (le conlfadictioiis, et. puisqu'on n'y peut lien, je vais en rire
» M. Miii'e frère a [lassé (l('u\ soirées a\('c moi et a élé témoin de mes ^apeurs : il me plaint plus ipi»' moi eî mes maii\ ne \aieiil: je suis tous les joui's plus reconnaissant»' l'I pins altacliéo à tout rc qui vous appartient. Vous prendrez votre lionne liarf, monsieur, de cette phrase qui n'en est point nnr. mais seulement l'expression de l'estime et de l'amitié que je vous ai ^ouées. »
("elle lettre iniiii[iH' l;i manière dont madame d'Iv |>in;iy rliarr)i;iit ses loisirs. I"]llc s'efibrrait de taire [)art<iger ses goûts n son tils et le dirigeait avec plus'de jugement que son précepteur.
/Il est probable que Linant considérait ct-s Ibo'-lions de précepteur comme secondaires, et faisait passer bien avant In mission flatteuse qu'il tenait de la confiance de -M. d'Epinav ; (41e (Consistait à lui rendre compte dans les moindres détails de l(iul ce qui se p.assait chez >,i femme. On devine ce que pouvait de\eiiir sous la plume de Linant l action la plus insignifiante. Ces lettres divertissantes étaient colportées par M. d'I^iinay dans les salons et obtenaient un véritable succès de commérage. Louise l'apprit et voulut mettre un terme au bavardage épistolaire du précepteur.
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« ('l'uiriez-voiis, (''cril-i'llc à rii-iniiii. quil a ''H l<a bètisp de me rôpondrc que sa conscience était intéressée à ne iM»in( soiiscrii'c à i'i> que j'exigeais de lui: y n ai pas hicii compris d'ahord le motif il<' ce scrupule, mais il m"a assuré de si bonne foi (|m' ce sci'ail maïKiiii'i- ;i la conliaiKe de M. dEpiiiay i|iii lui avait fait promettre avant de partir de lui tiinl dire, que je n'ai pu m'empècliei- d(> lui i*ire au nez. « Mais, savez-vous, lui ai-je répondu, qii il ne » tient (pi'i'i moi. l'n ce cas, de vous regarder connue » un espion, et, par tous pays, ce rôle n'est pas » honnête. » Le pauvre homme a été confondu de cet argument. Il n'a pas. dit-il, envisagé d'abord sa mission sous un tel point île vue; il ne s'y serait [las l'ugagé: nuiis sa paL'ole est donnée, ciunmeiil faire? J'ai exigé «pi'il ne parlerait jamais de moi dans toutes ses correspondances ((ui sont ti'ès étendues, et Dieu sait avec qui. »
M. (l"Kpinay ne <.i^ inoiitiait [>as ingrat \i>-a-\is île Liiianl. I.e :2U novembre IT-'iS il iicatifiail -on coirespundant dinie rente annuelle de ciii([ cents livres'. Itii'ii nr luolivail pareille générosité, si ce
1. C\'sl j;i-àoi' ;ui\ nliligiMiili's rrcbrii-hi-s di' .\1.\1. Dnl'ini. Yerues ut RiUer que nous avons ou couiniuuicatidu tl<! cito Itiôfc.
1,1 m: i:nii:ki;s annkk < i>k m.vdami-: d r•:l'l^AY llC-l \r (]i'-ir Hf l•(■l•n||ll;||^|•o (les scrvices nh-dlnin(3nt personnels. U<''j;i. I<;' l.'J jaiivii/r ITo.-j, il lui avait tailiiiii' |iri'iiiii"'ii' iluMMliim i|criiii| crnl- livrri\i' renie |hiui' i|ii il i-r'--,it ilr |mji'|('i- le |H'lif eoUel*.
i/explicalinii dr i-r ilnii rlail lorl iiatni'elli': !'• pt'écf'pteur Jnui~-ail il nu lit'in'fK'c aiiinnl i\r iiiii| cents livres: M. (KKiiiiiax I obligea, a n'iiuDccr ;iii petit etillel pHiii' ijii'il pùl aecompaiiOrr -i.n liU .m théâtre, mais par ce fait Linanl perdait -i- iliniian bénélîce; il était donc équitable de lui nmliv • Il m enté ce qu'on lui faisait perdre de Tautre.
I.iii;iiil ^-ardait encore (]iie|i|iii- irLiiiun- a\er il ,iiMirii< CfdJèffues. et, pemlaiit son séjour à Genève il rriiil une lettre d'un certain chanoine (jainlnn. dont la ediM-espondancc iinTile une jilaie à pari, i-ar elle peint un enractèrc et est éci'ile (|,in~ une langue qui semble apparli-nir à un pei-nnnaue diin autre siècle ".
1. Ivs laïque? rt les ecciésiastiquo?. ausqiiels ou ntufrrait dos bruétifoi: qu'ils ne poiivaii-nt «li-sscrvir. les coiifiaifiil à dos orclôsiastiquos â gajïes appelés luxtofUnos. Los abbos commoiidatairos. c'est-à-dire ceux qui jouissaient d'un bi'-nôiice sans le desservir, ne portaient point li ru-hinie luonastirpie : un petit eollet et une robe uitire indiquaient seuls qu'ils appartenaient à l'ordre ecclésiastique.
(CuÉiicRi.. Dictionnaire des institutions de la Franci;.>
2. Ces lettres, conservées avec soin par madame d'Éinnay. prouvent une fois de plus la vérité de ses assertions quand elle dit avoir lîanlé siTupideusonient tnutes les lettres int<'ressautes à ini point de vue quelconque, qui lui étaient airespées. Celte collertinn a i-ti- la base de ses Mémoires-
DERNliîRES ANNÉES DE MADAME D'KPINAY 65 LE CilANOlNF. GAUDON A LINANT.
« Monsieur et cher coiifrère,
)) Encore que vous vous soyez dépouillé de votre canonicat, informé de vos rares talents et mérites, je vous regrette sincèrement et je voudrais de tout mon cœur que vous voulussiez rentrer en notre corps, ce qui dépendra de vous, persuadé que M. notre abbé se fera plaisir de vous nommer à nii autre canonicat, quoique de petit revenu; avec vos épargnes, vos pensions et patrimoine, vous aurez de quoi figurer ici honorablement. A mon avis, sauf le vôtre meilleur, il vaut mieux passer du monde dans rÉglise, comme saint Mathieu, que de sortir de rÉglise pour entrer dans une banque, et surtout en prenant un bénéfice où il n'y a pas charge d'âme.
» Si mon avis est le vôtre, M. Cabanel, ci-devant chanoine en notre église, a pris une cure proche Grenoble et envoyé sa démission de son canonicat entre les mains de M. Gaillard, notre abbé, dès le mois dernier. Ne me citez pas, mais écrivez que vous savez que ce canonicat est vacant ; certai-
et leur a donné lo cachet de vérité et la variété de ton qu'ils n'auraient jamais eus sau3 cela.
nement vous Taurez ; plusieurs le désirent, mais vous aurez la préférence. Je ne vous propose point des vins de Chablis, surtout de 1753 et de 17o5, quoique j'en aie de l'excellent, une cuvée de six: feuillettes, blanc couleur d'eau d'or, qui est tout ce qu'il y a de meilleur dans le royaume. On m'en donne 140 livres, mais j'en veux 150 livres; et une autre cuvée de six feuillettes blanc comme eau de roche, que je laisse à 108 livres le muid, rendu au coche d'Auxerre, soutiré, relié, emballé, charroyé. J'ai encore les meilleurs bourgeois de Chablis et de Tonnerre, du 1753, vins rouges et blancs, pour 145 livres le muid, et du bon et fin.
» Si madame d'Épinay en veut, je suis sûr qu'elle en sera contente.
» Vous, à qui je suis avec respect et considérat'on. Monsieur.
» Votre très humble et très obéissant serviteur,
» GAUDON, chanoine »
Au Chiistel Ceusoy sur Yonne par Auxerre.
« P. S. — M. l'abbé de Rias* est chéri en ce pays-ci après quatre mois de stage; il sait les psaumes et nos rites, mieux que ceux qui sont ici depuis six ans ^ »