‹ Une femme du monde au XVIIIe siècleChapitre 13 sur 106 · Espèce de cerises à courte queue · texte numérisé non relu

Espèce de cerises à courte queue

conviens avec lui que tout nous vient du Levant, et j'accepte avec grand plaisir la proposition qu'il veut bien me faire pour une douzaine de pruniers originaires de Damas, et autant de cerisiers de Cérasonte... Ils s'accommoderont mal de mon terrain à pot, maudit de Dieu; mais j'y mettrai tant de graviers et de pierrailles, que j'en ferai un petit Montmorency.

» Je présente mes respects à Télève de M. Linant, à M. de Nicolaï, qui fait ses caravanes de Malte sur k's hoi'ds du lac de Genève. Enfin, je présente ma jalousie à tous ceux qui font leur cour à madame d'Épinay

» Madame Denis se joint à moi et présente ses obéissances à madame d'Épinay.

» M. de Richelieu est donc renvoyé a})rès M. de Lucé'. La cour est une bellf chose! »

A'oltaire, à ce moment, soutenait une querelle assez vive à propos de sa défense de lord Bolingbroke et de celle des Saurin. Les principes antireligieux qu'il oxpnsnif dans ces brochures sou-

1. M. de Liicé avait été renvoyé dans sou intendance d'Alsace. — Richelieu, après la prise de Port-Malion (1756), après la capitulation de Closterseveu, si avantageuse à la France (175"), fiit rappelé en France le 19 janvier 1738 et dut remettre son commandement au comte de Clermout, prince du sang; en réalité, ce fut le maréclial de Broglie qui dirigea la campagne.

DERNIÈRES ANNÉES DE MADAME D'ÉrMNAV Iz

levèrent contre lui tout le parti orthodoxe de Genève et suscitèrent des réponses virulentes*.

Dès le début de la querelle, une nombreuse partie de la société genevoise, les Tronchin, entre autres, avaient pris fait et cause contre Voltaire; celui-ci, préoccupé de ne plus voir madame d'Épinay depuis quelques jours, lui écrit un spirituel billet où il donne à entendre qu'elle passe peut-être à l'ennemi.

VOLTAIRl". \ MADAME D EPINAV.

" Ma belle philosophe, vous êtes un petit monstre, une ingrate, une friponne; vous le savez bien, ce n'est pas la peine de vous aimer. Je ne vous reproche rien, mais vous savez tout ce que j'ai à vous l'eprociier. Venez demain coucher oIk^z nous, si vous daignez nous faire cet honneur et si vous l'osez. Venez, ma cbarmante philosophe! Ah! ah! c'est donc ainsi que... fi! quel infâme procédé! Mille l'espects. »

Devant cette accusation, madame d'Épinay et Tronchin se décidèrent à partir pour rassurer eux-

1. Voir la Ciir/re Littéraire ou choix dr quelques pièces (II' M. (le V.— Lau^aune. Fr. Grasset, lloî).

mêmes le philosophe sur leur prétendue désertion. Après un court séjour à Lausanne, Louise rentra à Genève, elle y trouva des nouvelles de Paris qui n'étaient pas de nature à la tranquilliser.

GRIMM A MADAME D KPINAY.

« Je ne vous ai point dit, ma tendre amie, que j'avais demandé un rendez-vous à M. d'Épinay. Voici pourquoi : le jour de l'an, me trouvant dans une maison où l'on ignore l'intérêt que je prends à vous, on y dit très positivement que votre mari avait donné quarante mille francs de diamants pour étrennes aux petites Veri'ière. On tenait cette nouvelle de l'ouvrier même qui les avait fournis. On confirma ensuite une autre folie dont j'avais déjà ouï parler, c'est qu'il avait acheté en leur nom une maison de vingt mille écus, oà il avait déjà dépensé près du double, et l'on travaille encore à l'embellir.

» Je l'ai vu hier enfin. Je lui ai cité tous ces faits, et je ne lui cachai pas qu'ils trouvaient d'autant plus de crédit qu'il avait une très mauvaise réputation. Notre conversation a duré trois heures. Il m'a écouté avec la plus grande douceur, niant la plupart des faits, se défendant mal sur les autres, et me faisant des aveux faux pour m'en

imposer sur le reste. Il m'a fait les plus belles promesses, mais il faut s'allendre qu'il n'en sera ni plus ni moins. 11 m'a demandé très sérieusement si moi, qui le connais depuis longtemps, j'ai pu le croire un moment capable de tant d'extravagances. « Si j'avais pu en être sûr, monsieur, lui » ai-je dit, je ne vous en aurais pas parlé, mais » j'en aurais prévenu madauie votre belle-mère et » madame d'Épinay alin qu'elles fissent ce qu'elles » se doivent à elles-mêmes et à vos enfants. »

» Gela l'étonna sans l'iumiilier... Il m'a juré qu'il ne voyait plus ces créatures, et, le moment d'après, il est convenu d'y avoir soupe la veille. C'est un homme sans ressource, car nous nous sommes quittés les meilleurs amis du monde. »

Le lendemain.

« Il m'est revenu ce soir qu'il avait dit, chez la comtesse dHoudetot, qu'il sortait de chez moi, que j'avais voulu me mêler de ses affaires et de lui donner des avis, mais qu'il m'avait traité de manière à m'empêcher de poursuivre. 11 dit partout qu'il compte être libéré dans quatre ans. Tout ce que vous gagnerez à la tentative que j'ai faite, c'est qu'à l'avenir je pourrai me mêler de vos discussions d'intérêt et vous en épargner la peine...

4 > D K R X 1 1-: U H S A N N I-: !•: S 1 ) !•: MAI) A .M E L) ' È V 1 À A V

» Je suis enchanté do l'accueil que vous fait Voltaire. Que j'estime les gens qui vous aiment et qui sentent tout ce que vous valez !

» Je suis obligé de m'absenter pour aller faire ma cour deux jours à Versailles. Tout ce qui me tire de ma solitude m'est pénible. Adieu, ma tendre amie. »

Une agréable visite vint faire diversion aux préoccupations de madame d'Epinay. M. d'Affrv. appelé en Suisse par ses affaires, en profita pour venir passer quelques jours près de sa pupille.

MADAMi: Il KI'INW A l'.RlMM.

« Mon tuteur est arrivé ce matin, vous imaginez aisément la joie que j'ai eue de le revoir. Noiis allons demain diner ensemble chez Voltaire, mais, comme je veux profiter de son séjour ici, aous me pardonnerez bien, mon tendre ami, de ne pas vous en dii-e plus long aujourd'hui. »

Lp lendemain

i( Nous arrivons de cbez Voltaire, il était plus aimable, jilus gai, plus extravagant qu'à quinze ans. Il a reçu M. d'Affrv à merveille, il m'a fait

iiKu.MKi; Ks ANNi':i-:s jii-: m \ ha mi; ii]:i'i\\v in

Idiil |tli'iii (le tl<''i-laralioiis les plus |ilnisaii(r< du iiKiiidr. " \0|n' pn|iill('. (lis;iil-il ;i M. d'An'iN. c^i » \ r<iiiiirii| |diil(is(»|dii'. \ u\\- a\i'/. l'ail là iiiir judh' " (''(liifalion. Elit' a IrmiM' !•' uraiid st'crcl de lirn- » (le sa iiiaiiit"'!"!' d l'Ile II' ini-illciii- paiMi |i()ssi))li' : " ji' Nniidrais iMi'i' sdii di^ci|i|i'. m.iis \r |di est pris, ■ ']>' suis \irii\. iimis <(iii!liirs ici iiin' liuupc de luiis " i|iii a\oiis aucoiiliain' lire de jioli-i' manière diMic ^' II' plus iiiamais parti ])(issibl('. ([ne diablo y faire? » Ah! ma pliiln-oplio I r r-l un aiali' dans iiiir cai^r » tic gaze... Ali I si ji' iiV-lais pas uimiraiil. jo \()iis » aurais dit Imil i-fla l'ii \rrs... »

» Si j'osais proposer à ma mère de nM'iiNoycr uia mil', je \iiiis rliargerais de me laiiicinT aver mademoiselle Driuvillé. mais je xondrais redouMer ses rousolatiitiis. Iiirii Inin de 1rs lui eideM'r: aussi je u'ose Ir leiilcr. Il faut faire le sarriliee complet. Mais qu'en diles-Mnis. cependant?

» Je rerounais liim M. (ri'.|iinav au di'Iail que \(>iiN nie faites de ^otre conversation a\rr lui. Xdlic /èleqKiiir liMit ce qui m'intéresse m'est liieii cher, lunii ami. mais, dans cette occasion, il sera bien eu l)uro perte. Bonsoii^ cette fuis. miu< n'aurez rien de [tins aujdiinriiiii. »

Tiii i)]';iiMi':Ki';s axxkes dk madamk dkimxay

GRIMM A MAUAMK I)"kIMNAV.

« ...\(iii.s avez doDc dhié de iKuncaii chez \dllaiic; je ne ^ois pas pourquoi tant résister à ses invitations; il faut tàclier crêtre liien avec lui el d'en tirer parti, comme de l'honnue le plus séduisaiil, le plus agTéal)le et le plus célèbre de l'Europe ; [ioimah que vous n'eu vouliez pas faire votre ami intime, tout ira bien.

» Ne parlons pas encore de mon voyage, ma chère amie, je n'en vois pas assez clairement la [lossibilité. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il faut que j'aille Nous trouver, mais je ne sais encore ni quand ni comment. Rapportez-vous-en à, mon impatience el ne nous tourmentons pas avani le lemps.

» Perdez le projet de faire venir Pauline au[)rès de vous; il serait trop cruel d'en priver madame votre mère, et, dans notre position, ma cbère amie, il ne serait peut-être pas convenable qu(! je l'emmenasse. M. d'Épinay a trop de torts pour ne pas en ebercher aux autres; il ne fant pas alimenter le plat bavardage des sots... »

MADAME d'kPIXAY A GltlMM.

« Vous trouvez donc singulière l'idée ({ui vous

1ii:k.\ii;ki;s ax\i-:i;s dk >fAi>\Mi-; d ki>in\v ,1

porsiViitc (Vuii étahlisscmcnt ici. je m^ sais si ctMa \iMi( dire quelque rlinso ou l'icn. uiais cVsl une rliimèiv aussi, si cliiiiu'iv il y a, qui s'est élaMic dans ni i l(Mt\ de fa(;oii (jiie je ni' |inis l'en faire dé- ,i:iu'r[)ii'...

» Je coniptt' nlJiM' passer deux (ui Irois jnurs clit'z Voltaire avec ïi'oni'Iiiii. pendant ([ue .lnll\ c^l en Suisse. J'apprends tous les jours des liails no"veau\ de Trondiin qui m'inspirent poin' lu! nu respect et une considéi'ation inconce^aMes. Sa cliarité, son désintéressement, sa tendressi^ et ses soins pour sa femme sont sans (exemple, <'t je ])iiis vous répondre, à présent ([ue je la connais davantage, que c'est liieii la [dus insu[tportalde e| la pliH maussade créalure (pii existe'. Si jamais je décoin !•(' ini défaiil à cel liouinie. il faiidra peiilt'he le méjtriser, car il dnil ('Ire ('poux anialde.

)> Bonsoir, mon ami, je Unirai ma lellre chez Vollaire. n'ayant pas le lejiqts de rien ajoiiler de plus aujourd'hui. »

l)i'li\ JolU.- ili' (lisl.llirc.

<( On n'a le temps de rien a\ec ce Vollaire : je

1. .Madami' Troiifbiii rbi'd a'iiiit' irraiidc laiilmr. ■ (Jur l'ail inadanii^ Tninchiii? iliMiiaiidait-nii un jour à la bidli- luadanir llraïuor, fomuit' de l'éditeur dos ii'uvri'sde Voltaire : — lillit'ait ppiir, >) rt'poiidit-clle.

,;f.2 ii];i;mi:ui;s annkks dk madam)': u i:ri.N\Y

j) ai (juc ct'lui de l'i'i'iiiri' ma Ifltif. mon ami. J ai passé une joui-née seule avec lui et sa nièce, el il esl en véi-ité là à me faire des contes, tandis ipie ji- lui ai demandé la permission décrire quatre lignes, afin ([lie tu ne sois pas inquiet de ma santé, qui esl Itoiine. Il jii'a (Irmandé permission de l'ester |Hiiir voir ce ijiie disent mes deux grands yeuv noirs quand j'écris. Je veu\ le dire à son nez (|iie jr l'adore: il est assis devant moi. il tisonne, il ril. il dit que je me moijiie de lui et (pie j"ai lair de faire sa critique. Je lui réponds que jécris tout ce qu'il dit, parce que cela \aiil lueii loiil ce (pic je jH'nse... Je ret(unTie ce soir à la \ille. où je r('|ioiidrai à les lettres... il n'\ a pas moxen de licii faire ici. Quel honmic I II m'impatiente, mais il me l'ait rire cependant.

» J'ai reçu une lettre de M. de Franciicil (pii me félicite sur le bon succès de mon ^oyage. Sa Ifiire c^l nuire el triste: il se plaint de sa santé. Si je Ten crois, il est sorti du loiirliilloii (u"i il s'était jeté. Il me prie de lui donner voiixeiil de mes noinelles. «Cest )' une consolation, dit-il, dont il a grand besoin ». Voici à peu près comme j'ai lini ma lettre : « Soyez sfir. lui dis-je, de mon exactitude à » vous répontire loiiles les fois que ma santé me le » ])ermettra. Je causerai \()lontie]-s [lai- écril aNec

DKKNIKKKS ANNKKS Dl'; .MADA.Ml': D Kl'lNAY 5:!

» VOUS, si cela peut vous être de quelque consola- » lion flans l'élal fiklieux on vous paraissez rtre. » Je vous promets que ce ne sera pas sans lui dinic que je pense sur sa conduite avec mon mari '. » » 3Ion Dieu,(iue ce Linant est sot et insoutenable I il vient de m'interrouipre par une scène qu'il aurait bien voulu rendre touchante, mais elle n'était que ridicule. Comme je n'étais pas en train de i-ire, eUe ne m'a causé que de l'impatience. Imaginez qu'il est entré dans ma chambre avec son air patelin cl mielleusement apprêté, conduisant In Dnbuisson-

1. Si la cuiukiitc de FiMiiciicil avrc les Verrière el M. d"Kpiiiay (Hait repréLit'iisiltlf, celle qu'il tint vis-à-vis de Rousseau après le départ de madame dÉpinay fut digne et délii-ate. l^ii'' di^puis de louj^ues années avec Rousseau, il cessa tout comuiei'ee avec lui jus([u"à l'automne de ll.'JS. Jean- .Jacques, inquiet, lui écrivit pour se plaindre de ses mauvais [troiios. Nous n'avons point cette lettre, mais voici la réponse K Vous me mettez fort à mon aise, mon cher Tîousseau. pour vous parler de vos torts vis-à-vis de madame d Éiiinay. Je n'ai pijinf r\r pi'i'vmii par elle ni par personne; j'étais a Chenonceaux quiuid elle est partie pdur (ii-nève. C'est une lettre de vous à (Irimm qui a couru l'aris et que M. d'Épiuay m'a montrée. Je fus révolti- en lisant " que vous saviez » très mauvais yré à madame d'K|(inay de ne pas vous tenii- I) compte des froides indi^jestious ipie vous aviez prises chez ■> elle ». Ce n'est pas iiiusi que l'on parle de quchpiun a (pii ion a été dans le cas d'avoir des obligations. J'ai vu uiadame d'Épinay de bien bonne foi, enchantée de vous

ètri' utile » RoHsxi.'fiK. s/s o/iiis et $ps ennemis, pnr

Streckeisen.

1. l'"emine de chaud)i'e de uiadinui' d'K]iinay; elle était liKil'ii'i' ;ivi'i' un drs diiini'sliinii's ijiir s:i in.iih'i's>r ;i\ail

Ô4 DEKMÈUES ANNKES J)K .MADAME I)' El' IN A Y

sur le poing, qui avait l'air tremblante et déconcertée. Cette entrée m'a paru bizarre et m'a même alarmée un moment ; mais je réfléchis tout de suittqu'une mau\aise nouvelle ne me serait pas annoncée par ma femnuï de chambre, à qui je ne parle jamais. « Mademoiselle Dubuisson, madame, me dit Linanl. » a une confidence à aous faire, et jugeant par mon » attachement et par mon zèle des égards que aous » vouliez bien a>oir pour moi, elle a voulu que » je l'accompagnasse. » El (oui de suite voilà une l:rd(b' sur mes vertus, ma bonté, mon humanité, acconq^agnée des larmes de la Dubuisson, La fin de lout cela est qu'elle est grossi', et (pic, malgré tout ce que je lui ai dit avant mon dé})ail })our m'en.assurer, elle s'était déterminée à luc tromper, alin de lue sui\re, le tout ]»ar auioiir pour moi, connue MOUS pensez bien. Si je w la connaissais pas pour une honnête femme, je croirais Linaut le père de cet enfant par l'attendrissement (pie lui causait l'état de la Dubuisson. Us ne m'ont trouvée rien moins que touchée de cette aventure ; je l'ai traitée (•(uuuic elle le mérite, mais cela me met dans un très grand embai-ras. Mon premier mouvement aélé de la penvoyer. mais comuK^nl, dans l'état où je

laissés à Paris. A cette rpoque. on donnait toujunrs atix umnies de ciiambre la qnaliticatiun de uiadenioi-rUe.

I)i;i;.MKUES A .N .N K K s I) K .MADAME i) El'l.NAV r>r,

suis, prondrc niic iiicoiiiiiic? Knlin, ils nronl si hicii (lôroiilr la ((Me, (|ii(' je m.' |(iiis ])liis (''crirc. Linanl m'a trouvée très diiic cl s'en est: allé se frollaiil les mains, serrant les fesses et lorl (''(oiiné de ne jiasmr \(iir pénétrée de compassion pdin- celle crcainrc. Mon Dieu, les sottes ('S|ti'ces!

» Je ne suis pas digne de vous dire un mol de plus, tant j'ai d'inimeur. Je me mets cependant au\ pieds de ma respectahle maman, je lui baise les mains, je caresse ma Pauline et je sens peu à jxmi le calme i-enaiti'e dans mon âme. Bonsoir, ukui tendre ami. »

I t;..s- it:.'.)

La .-implicite irom-voiso. — Lr-s fivri^r; dt^ Luc. — .Madame (I Epiuay iréûloi!Ui'. Lijiaiit i-spiou. — Le rliauoiue <iaiidon. — Giimui jh- i><ut vt-oir à (leuève. — Discusèiou avtc madame d'tpiuav. — Uécuucillatiiiu. — ^l. de Silliouellr. "uutrùlciir géuéral. — Kecliuti- di- m.idamf d'J',|iiiiay. — lJi''linrt ili- firiimii |miui iicnèvi'.

Madame dEpiiiay se plaisait lie,iiifnii|i à (ieiir\c. et, n'était l'éloignement de Grimin. elle .-"y ^erail trouvée fort heureuse. En dehors des distractions que lui procuraient ses amis, du charme de ses relations avec "N'nllain'. clic juui'ail que son lils recevait dans eette ville austère les meilleures leçons, les plu- jirnlii.iMes, celles de l'expérience: elle-même n'hésiliil pas à •^e prendre en lla.iirani ijéjil i|i' \ ,1 mil' l'I ;i - iii riirriurr.

i)KiîN iKKKs A.N\i:i', S m-; .ma])a.mi-; dicimna v r.7

MADAMK n KPINW A MADAMK h KSCLAVKLLES.

« Le chaiiiit'mont do lenips. iii;i . hriê marnaii, influe loiijoiii's beaucoup sur ma sauté, l/air \ir qu'il fait ici nie foililie et me euiivieul mieux 4111' le temps mou (|u'il fait ou France presque toulr l'année.

» Je trouve que mon lils gajinc beaucoup à son séjour ici. L'e\eui]ile a un grand a>antaii:e sur les cnfaiits. 11 en est une preuve sensible. Il iif se sducie |)lus de son babil de >('ioui-s ni de (Iciitclles: il n'en ^oit ])as porter, il en a, au cuiilraire. essuyé (les raillei'ies. 11 \u\[ que les égards el les distinctions stml |ir(ip(»rli(iuiiés au mérite ; cela lui lionne une énuilation dont nous nous apercevons tous les jours, l ne des clioses (pii l'ont le |iln> bappé est la \isite qu'il a été faire pour moi à un des premiers magistrats de la \ille'. Cet Imnime d'un certain âge a une ligure vraiment vénérable. Il l'a trouvé logé au troisième étage, vis-à-vis de son bureau, éclairé de deux lampes, son cabinet meublé

1. Abuuzil l'iiuiiu , ué u Lzè:-, en l.aiifjui'doc, on lOTil, niurl à Cciu'-vp lo 20 iiiars 1707. Il a [luljHr ilo iioiiil)rfiix ailirlcs tlliiBloirc, «lo critiqiio ot ilo tliôolofiio. ol a ôti- l'iriliiii il I.-

rtiutiini.llclir lie rili-li)iri- ilo ('iO|ii''Vc ilr Slmn.

de livivs et sou salon d'une heri^^ame^ Cet lioiiune n'a pa<^ cru devoir manquer à sa dignité en venant lui-même éclairer et recondnire mon fils, attendu que tout son cortège consiste en nne servante et (ju'cllc était sortie. Lors(|u'il a vu ce même homme reeevnir es lioiiiieui-s de la garnison et lis liéiiédii'tioii-; du peuple, en passant par 1rs rues, il ne lui a pas été difficile ensuite, avec deux mois d'e\plic ition do iiolro ](art. d'apprécier son habit de velours à sa juste valeur.

» Au reste, mon lils n'est pas le seul auipiel ce ]iays apprenne à vivre, .l'ai eu aussi une petite leçon. Je me suis l'ail uno ^o(•iolé de gens qui >eraieut recherchés partout. Il y a entre autres une femme 0!) no ])iMit ]^n> ])1ns ainialtle f[ui m'a recliei-cliée oî avec qui je me suis liée avec le plus grand plaisir. Elle est jeune, douce, polie, l'esprit orné, très gaie et pohit pédinte, quoique uniquement occupée de son mari et de son ménage. Elle est de Paris, mais elle est la lillo (1 un luarcliand do la riio des Cin(j-Diamants, que j'ai eu l'insolence de faire attendre \ingt luis dans mon aiitiuliauibro lor>qu'il Nouait ni'ajijiorter des toiles de. coton et des damas sur lil. Je me sui< siiciwisi^ nn moment de sottise en appiT-

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