‹ Une femme du monde au XVIIIe siècleChapitre 32 sur 106 · Voir la Jeunesse de madame d'Épinaij, p · texte numérisé non relu

Voir la Jeunesse de madame d'Épinaij, p

2. Saurin (Bernard-Joseph), tils du géomètre, né à l'aris eu 1706, mort en 1781. 11 devint secrétaire du duc d'Oi'léans, et membre de l'Académie française.

Saui'in était encore célibataire lorsqu'il fut présenté à madame d'Épinay; il avait beaucoup d'esprit et de vivacité dans la conversation : Louise lui tourna la tête et, au bout de peu de temps, il ne quittait plus la Chevrette. A cette époque il était àgë de cinquante-trois ans et venait de composer Spai'taciis, son second essai dans le genre tragique'. Madame d'Epinay écrit à un de ses amis de Genève, M. de Lubière^.

« Dans huit jours nous aurons la pièce de Saurin. Oui, certes, je m'y intéresse. J'ai beaucoup vu Saurin depuis mon retour, et il me plaît fort ; c'est en sa faveur que j'irai à la comédie, car je n'ai encore mis le pied dans aucm spectacle. Je fus, il y a cinq jours, à un grand concert, où je pensai mourir d'ennui, d'impatience et de déplaisance. Voilà qui est fait, je ne sors plus que pour mes amis.

» Le chevalier de Valory a été bien malade, je ne l'ai point quitté, ni sa nièce ; cela m'a dérangé trois jours, je ne les regarde assurément pas comme

1. La première tragédie de Saurin îut Aménophis ; elle a'eut aucun succès.

2. Charles de Langes de LuLièr ■, fils du baron de Lubière, gouverneur de Neufcbàlel, meuibro du conseil des Deux- Cents à Genève en no2. Il a écrit l'éloge de Gabriel Cramer dans la Bibliothèque germanique et composé une relation de son Voyage en Ualie, restée inédite, mais fort intéressante d'après les contemporains.

perdus, au contraire, mais c'est pour vous dire comme quoi j'ai été privé de causer avec vous. »

Voltaire s'intéressait aux succès de Saurin, au -moins en apparence; le malin vieillard savait fort à -propos distribuer des éloges, lorsqu'il le croyait nécessaire à la cause philosophique, mais souvent il n'en pensait pas un mot. « Je me flatte, écrit-il, que le Spartacus de M. Saurin n'a pas été sifflé ; c'est un homme de beaucoup d'esprit et de plus philosophe ! » Madame d'Épinay lui donna tous les détails de la représentation de Spartacus * à laquelle elle assistait ainsi que Grimm et Diderot ; ils s'ennuyèrent à mourir, les bâillements s'emparèrent de toute la salle *. Louise ajoute malicieusement que si

Page 1