Maison de campagne des Helvétiiis
2. <i M. do Castries joint à un grand nsage, à de la politesse, une modération , une justice qui rendent sa société fort agréable. Sa no]:)Iesse et sa probité sont poussées jusqu'à la délicatesse. Dévoré d'ambition, jamais il ne s'est permis le moindre moyen douteux pour parvenir; visant au commandement de l'armée ainsi qu'au ministère, il s'est rendu capable de l'un et de l'autre, par une étude et une application suivies. Sou activité lui fait sufiîre à tout et il ne faut pas
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il va à deux cent cinquante-trois lieues voir quels secours ou quelles consolations il pourra donner à son ami. C'est toujours lui ; il est parti sans que j'aie eu le temps de l'embrasser, à deux heures du matin, sans domestiques, sans avoir mis ordre à aucune de ses affaires, ne voyant que la dislance des lieux et le péril de son ami. »
Si, dans le cours ordinaire de la vie, (îrimm se montrait souvent tyranniqiie et personnel, il faut reconnaître que, dans toutes les circonstances où ses amis ont pu metlre à l'épreuve son affection et son dévouement, il ne leur a jamais manqué; on l'a vu en plus d'une occasion se sacrifier à ceux qu'il aimait.
Depuis que d'Epinay se trouvait livré à lui-même, il avait pris une haute idée de sa personnalité ; arrivé à cet âge ingrat où l'on n'est plus un enfant, où Ton n'est pas encore un homme, il tranchait assez volontiers en toutes choses, et ne négligeait rien pour se poser en homme fait. A peine à Bordeaux, il fut saisi d'une manie épistolaire qui faisait le désespoir de sa mère ; il perdait son temps à écrire à toutes les relations de sa famille ; aux dames, il rimait quelques vers; aux hommes, il [larlail po-
beaucoup le counaître, pour voir (|ii'il voiuliait ù Ire au même iustiuit sur lu fi'()iili("Ti', (iaus le rahiiu't (l'aii ministre et aux genoux (le sa niaitn'ssf. Il disait un jour à un ili' ses amis : « Je voudrais dormir [dus vile ». (Beseuval, t. II, p. 90.)
lilique ; ses amis de Genève, Voltaire lui-même, n'étaient pas oubliés. Il s'avisa d'écrire à son cousin de Geofîrion et de le tancer d'importance sur le peu de gratitude qu'il témoignait à madame d'Épinay, qui l'avait élevé. Prendre à son âge le rôle de Mentor était se couvrir de ridicule; c'est ce que sa mère lui fît remarquer, et elle fut obligée plus d'une fois de le rappeler à un sentiment plus exact des convenances.
On voit dans leur correspondance avec quel soin scrupuleux madame d'Épinay relève tous les défauts qu'elle croit remarquer chez son fils, et combien elle s'efforce de redresser tous ses petits travers de caractère. Aussi veut-elle être au courant des moindres incidents de son existence : « Mandez-moi le bien et le mal, lui dit-elle, la peine, le plaisir; faites-moi votre confesseur moral. » Elle ne se rendait pas compte que, pour un jeune homme comme pour un enfant, il est des peccadilles sur lesquelles il faut fermer les yeux. Ne lui passant rien, lui faisant à tout propos une interminable morale, elle usa peu à peu son autorité, et perdit toute influence sur son fils. Elle lui citait souvent l'exemple terrible de son père.