M. de Sartines était né en 1720 et mourut en
2. Né à Paris en 1733, il avait fondé dès 1182 un prix de vertu et divers autres prix destinés aux ouvrages ou aux travaux les plus utiles ; ces fondations furent abolies par la Convention. 11 passa en Angleterre pendant la Révolution, rentra en France en 1815 et mourut en 1820. Il augmenta encore ses fondations par son testament et confia à l'Académie française et à lAcadémie des sciences le soin de distribuer les prix.
3. Gottlleb, Louis, comte do Schomberg. propriétalr.^ du régiment de Schomberg (dragons alleniands\ maréi^hal de camp en 1762. Cet homme, qui montra la plus brillante va-
priétaire et colonel du régiment qui portait son nom, sa situation militaire était fort brillante. Son esprit et sa solide instruction donnaient un grand crédit à ses jugements littéraires. On prétendait que n'ayant jamais réussi à plaire aux femmes, il se bornait auprès d'elles au rôle de confident; on ne pouvait en rencontrer de plus sûr et de plus dévoué.
Les portraits que nous venons de tracer sont nécessaires pour montrer le changement complet qui s'est produit dans les relations de madame d'Épinay. Isolée, au moment de son départ pour Genève, gravement atteinte dans sa réputation, conservante peine quelques amis fidèles, il avait fallu une rare persévérance et une grande volonté pour reconquérir dans le monde un rang aussi honorable.
Une modification remarquable s'était d'ailleurs opérée dans la société française. A l'ivresse et à la folie de la Régence et des premières années du règne de Louis XV avaient succédé des goûis plus sérieux.
« On recherchait avec empressement, dit Ségur, toutes les productions nouvelles des brillants esprits qui faisaient alors l'ornement de la France, elles donnaient un aliment perpétuel à ces conversations, où presque tous les jugements semblaient dictés par le bon goût. On y discutait avec douceur, on n'y disputait presque jamais, et comme un tact fin y
leur à la guerre, avait en même temps une peur indicible des revenants ! Il survécut à la Révolution et mourut à Dresde, où il s'était retiré.
rendait savant dans l'art de plaire, on y évitait l'ennui en ne s'appesantissant sur rien. »
Les idées philosophiques, émises d'abord timidement, gagnaient de jour en jour du terrain. L'habitude de la discussion qu'elles avaient fait naître s'appliquait non seulement aux productions de l'esprit, mais aux actes du pouvoir, aux délibéralions des parlements, aux croyances religieuses, etc. Les femmes elles-mêmes s'occupaient avec passion de philosophie et d'économie politique et l'on entendait sortir des plus jolies bouches des dissertations passionnées sur la libre sortie des blés et sur les droits prohibitifs. On discutait avec autant d'ardeur la Théorie de rimpôt et Y Intérêt général de l'État, que XArmide de Gluck ou le Roland de Piccini. Sur les cheminées des salons comme sur les toilettes des boudoirs on trouvait les ennuyeuses élucubrations du marquis de Mirabeau , de l'abbé Baudeau , et autres économistes.
Le salon de madame d'Épinay subissait l'entraînement général, mais la secte nouvelle y rencontrait un rude antagoniste. Galiani, habitué de longue date à traiter en maître ces questions, ne se laissait point éblouir par les phrases sonores et creuses des économistes. « L'abbé, écrit Diderot, prêcha beaucoup hier contre l'exportation des grains et cela par une raison qui n'est pas commune, c'est qu'il faut laisser subsister les mauvaises lois partout où il n'y a pas dans le ministère des hommes d'assez de tête pour faire exécuter les bonnes, en pour-
vo^-ant aux inconvénients des innovations les plus avantageuses... Je me suis prosterné devant lui pour qu'il publiât ses idées. »
M. de Sartines joignit ses instances à celles de Diderot, etGaliani se rendit enfin au désir de ses amis; il écrivit les célèbres Dialogues sur les blés, appelés à faire une si vive sensation. Mais il cachait avec soin son travail, sachant bien qu'il heurterait de front les idées du duc de Choiseul, déjà mal disposé pour lui. Ce ministre, auteur du Pacte de famille, connaissait la sourde et persévérante opposition que lui faisait Tanucci, ministre des affaires étrangères à Naples, et il n'ignorait pas davantage que Galiani était Vâme damnée de Tanucci. Une lettre confidentielle du baron de Gleichen à sa cour fut interceptée; il rapportait mot à mot une conversation de Galiani engageant le Danemark à ne point intervenir dans la guerre en faveur de la France. Choiseul, furieux, exigea le rappel immédiat de l'abbé. Cette nouvelle arriva à Galiani comme un coup de foudre, il eut à peine le temps de mettre la dernière main à son travail et d'en confier le manuscrit à Diderot et à madame d'Épinay.
Grimm apprit ce triste événement le 17 mai, la veille de son départ pour un long voyage en Allemagne et le 25 du même mois, Galiani, au désespoir, reprit la route d'Italie. Ce fut un chagrin réel et un vide cruel pour toute notre société que le départ de Y inséparable abbé, mais ce fut l'occasion de sa correspondance avec madame d'Epinay, correspon-
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dance qui dura douze ans sans interruption et sans refroidissement '.
Madame d'Épinay et Diderot s'occupèrent de la revision du Dialogue sur les blés; ils trouvèrent un éditeur-; et, lorsque l'ouvrage parut, rien ne fut négligé pour assurerson succès. D'autres occupations sollicitaient encore leurs soins; Grimm, en partant, leur avait confié la rédaction de la Correspondance littéraire ; ils s'en acquittèrent à leur honneur.
Malgré la diminution considérable apportée dans les revenus de M. d'Epinay par sa destitution, M. de Jully était parvenu à rétablir l'ordre dans les affaires de son frère et à payer presque toutes les dettes qui se montaient au chiffre énorme de 700,000 livres. Malheureusement en 1767 la raison de M. de Jully commença à se troubler d'une manière inquiétante ». Il (lui renoncer à s'occuper des intérêts de son frère;
i . Nous nous servirons de cette correspondance toutes les fois qu'elle sera nécessaire à notre récit, mais nous ne citerons que de courts extraits renvoyant pour pins amples détails à l'ouvrage que nous avons publii^ il y a deux ans. (V. VAbbé Gatiani. Correspondance complète avec une étude sur sa vie et ses ceuvres, par Lucien Perey et Gaston Maugras, 2 vol. in-S», chez Calniann Lévy.)