LOUIS D EPINAY A SA MKRK
« Commencez, je vous supplie, ma chère maman, de prendre une meilleure idée du caractère et de la délicatesse d'âme de mademoisellede Saint-Pau. Elle ne mérite à aucun égard le jugement que vous en avez porté, et si vous aviez passé un peu de temps avec elle, vous l'auriez bientôt rétracté. Cette aimable personne joint en elle le rare assemblage de l'esprit le mieux fait, le plus orné, de la figure la plus intéressante, et de plusieurs talents qu'elle possède au même degré de supériorité. Ce témoignage sei-a
DEKNIÈRKS ANNÉES DE MADAME D'EPINAY :î"7
confirmé par tous ceux qui la voient aussi souvent que je l'ai vue,
» Quant à la passion qu'elle m'a inspirée, dont je vous ai fait l'aveu, je ne crains pas de dire qu'il n'y en a eu jamais de plus forte. Quoique vous m'accusiez de n'avoir jamais huit jours de suite la même idée, ceci est bien différent. Depuis que je suis un peu plus répandu dans le monde, j'ai eu quelques fantaisies qui n'ont pas duré longtemps.^ Je n'ai connu le véritable amour que depuis que j'ai connu mademoiselle de Saint-Pau, et c'est par cette raison même que mes sentiments en sont plus constants. Depuis deux ans et demi qu'ils ont commencé, je puis dire sans mentir qu'ils ont acquis chaque jour do nouvelles forces, au point que maintenant ils sont parvenus au plus violent degré.
» Je ne vous parlerai plus de mes projets; je i"emets cela à des temps plus favorables. »
Madame d'Épinay ne se laissa pas toucher et refusa toute nouvelle communication sur ce sujet : il n'eu fut jamais plus question.
On avait envoyé de Pau à madame d'Epinay tous les papiers trouvés chez son fils; elle voulait tout brûler, sauf quelques pièces importantes. Aussitôt LoHÎs se récrie et proteste contre cet autodafé :
?,1S UKUXIÈRKS ANNÉES DE MADAME D'KPINAY LOUIS d'k[>i>;av a sa MKRK,
« Jo consens très volonlicrs assurément à la revision que vous voulez faire de tous mes papiers. Cette opération ne peut être en de plus sûres mains, et jo suis pleinement tranquille là-dessus. Les lettres de famille et d'amis honnêtes resteront entre vos mains, ainsi que les papiers d'affaires; dans le reste, il y a quelques distinctions à faire avant de le brûler. Les lettres qui peuvent compromettre doivent l'être; j'en sens la nécessité. Mais elles ne sont pas toutes dans ce cas. 11 y en a qui ne sont pas signées et dont la matière ne roule d'ailleurs que sur quelques plaisanteries de société qui ne peuvent compromettre en aucune façon celles qui les ont écrites. 11 y a une correspondance suivie entre madame de Gomère et moi, fort innocente, et pleine d'esprit de son côté, que je serais fort fâché de perdre. Il y en a une autre également très curieuse entremoi etNinette, ancienne femme de chambre de ma sœur, fdle singulière et remplie d'esprit, que je serai charmé de conserver par curiosité simplement, car ma sœur peut vous dire ([u'il y a longtemps que je suis détaché d'elle. 11 y a encore quelques pièces de vers fort jolies ; il y a en outre un recueil de pièces dont je rougirais de vous nommer le titre, que je suis honteux d'avoir
DERNIKUES ANNÉES DE MADAME D'ÉPINAY n79
en mains, mais qui ne m'appartient pas. Il est à quelqu'un de Paris, qui me l'avait prêté avant mon départ pour Pau, et je dois le lui rendre. Toutes cos raisons m'engagent à vous supplier de ne rien brûler dans le moment et de faire un paquet cacheté d(> tout ce dont vous n'am*ez plus besoin, et je vous promets d'en l'aire par la suite le triage en votre présence .... >>
Après un an de claustration , Louis éprouvait un vif désir d'obtenir un peu de liberté; il ne cessait de «iilliciter ses parents dans ce but, mais son père restait impitoyable. M. d'Épinay, qui aurait dû être plus indulgent que personne pour son fils, se montrait au contraire profondément irrité de sa conduite ; il ne lui écrivait que très rarement et dans des termes fort durs :
M. d'Épinay a son kils.
."i novonihre 1109.
(( Je soubailc que vous ayez été toucbé de mon silence; vous n'avez pas dû en être étonné. Il faudrait que vous fussiez un r/rand hnhécAle poin* ne pas voir que, dans la position où vous êtes, je suis informé de la moindi'e de vos démarches. Je l'étais déj^i plus de si\ mois avant voire détention ; à plus forte raisou ddis-je l'être depuis (pie vous êtes
dans la prison que vous avez si justement méritée. D'après cet exposé, je vous laisse à juger si j'ai lieu d'espérer un sincère repentir de votre part et un véritable changement dans votre conduite. Je savais la plupart des faits que vous avez avoués à votre mère dans les deux grandes lettres que vous lui avez écrites, et j'étais indigné de l'effronterie avec laquelle vous m'assuriez que vous n'aviez plus rien à m'avouer. D'après votre aveu, votre mère avait obtenu de moi de vous donner le château pour prison, mais votre conduite, pire que jamais depuis deux mois, m'a fait suspendre cette faveur. Je sais que vous n'êtes occupé qu'à corrompre ' les gens que M. de la Graullet ne peut se dispenser de vous laisser voir. Il s'en plaint amèrement. Vous faites venir des livres de la ville, que vous achetez à crédit, et par la liste que j'en ai vue, je juge que votre esprit est tourné plus que jamais à la frivolité. Si, dès le moment que vous avez été emprisonné, vous eussiez gémi sur vos fautes; que, profitant des bons livres que je vous ai fait passer, vous en eussiez fait une lecture réfléchie; que, par de bons extraits, vous m'eussiez convaincu d'un travail suivi et d'occupations sérieuses, il y a déjà du temps que je vous aurais accordé la liberté du château ; mais je suis trop mécontent de votre conduite en tout
(jenre pour me prêter encore à cette douceur, que je veux que vous méritiez. Ma santé n'est point bonne. Les chagrins de toute espèce que j'ai éprouvés et auxquels vous mettez le comble par votre conduite ne sont pas propres à la rétal)lir. »
Madame d'Epinay se montrait moins sévère; elle espérait que de si dures leçons ouvriraient enfin les yeux de son premier né. En février 1770, elle obtint de son mari de se relâcher un peu de sa rigueur et d'accorder à Louis la permission de revenir habiter le château Trompette ; on lui permit même d'en voir les habitants. Sa joie fut extrême :
LOUIS d'épinay a sa mèrk.
(( Ma chère maman, » J'ai reçu avec toute la reconnaissance possible la nouvelle du consentement que mon père et vous avez bien voulu donner à mes désirs. Bien loin d'abuseï- de votre condescendance, soyez persuadée que j'emploierai tous les instants de ma vie à vous prouver à quel point j'en suis touché, et combien je désire mérher vos bontés. Je vous promets aussi que lorsque j'aurai la liberté du château (la permission n'en est pas encore arrivée), j'observerai exactrniont tout ce que vous me prescrivez. Mais la joie
que j ai ressentie à la réception de votre billet a été bien empoisonnée par la lecture de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire la semaine d'après.,..
» M. Morel ma envoyé une douzaine de chemises et autant de mouchoirs. Les chemises ont été fort mal faites ; les poignets sont beaucoup trop larges et les cols beaucoup trop étroits. J'ai voulu les faire rectifier , mais comme la couturière était déjà payée, elle a fait semblant de les retoucher, et me les a renvoyées deux fois de suite dans le môme état, de sorte que je suis forcé de les garder telles qu'elles sont. Je vous en suis fort obligé, ainsi que du frac de ratine que vous avez bien voulu me faire faire. H me sert beaucoup par les grands froids qu'il a fait, et qui durent encore, mais il ne sera pas honnête à mettre en compagnie, et, à l'exception d'un habit de velours noir et de quelques autres de la même couleur, je n'en ai aucun ici avec lequel je puisse paraître décemment, de sorte que, si vous n'avez pas la bonté de me faire passer les habits qui sont en mains de M. d'Arippe (avec ma montre), je serai obligé de prendre le deuil le mois prochain. Je vous prie instamment de vouloir bien y avoir égard. »
HEUMKUHS A.NNKKS DE M Al) A. ML D Kl' IN A Y 'Mi
lïEpiiiay n'abusa pas de la permission qui Jui avait été accordée, et, peu à peu, un l'autorisa à sortir du château et à voir quelques personnes. Mais sa mère, toujours inquiète de l'avenir, s'épanchait souvent dans le cœur do ses amis. A une lettre plus attristée que les autres, elle reçut de Galiani cette spirituelle boutade ';
l!t janvier 1111.
« Ma belle dame, je vous plains, je m'attrist« et je voudrais vous consoler et vous conseiller, en même temps que je suis persuadé que vous n'en avez pas besoin. Quelle folie vous prit d'aller faii-e des enfants avec M. d'Epinay! Ne savez-vous pas que les enfants ressemblent à leur père ? Vous voyiez que monsieur d'Épinay était prodigue : il fallait donc faire des enfants avec mon ambassadeur, le marquis de Castromonte ", qui était à Paris au montent de la conception de votre fils, et il aurait rétabli les alïaiies de la famille, Âvez-vous jamais eu le délii-e de croire à Rousseau et à son Emile ? Avez-vous cru (|ue l'éducation, les maximes, les
li Nous uavou:» i>arf encore [lai-lé du départ de Gatiaui. mais uous aoticipou^ un peu snir ie-i événements pour no pas interrompre le récit du st'jonr de Louis à Pau et à Bordeaux.
2. Le marquis de Castromonte avait une réputation d'aviirice bien établie.
discours puissent rien à l'organisation des têtes ? Si vous y croyez, prenez-moi un loup et faites-en un chien si vous pouvez »
D'Épinayi demeura prisonnier jusqu'en septembre 1771 ; à cette époque, sa famille le rappela à Paris;
1. 11 touchait encore ses appointements de conseiller, comme le prouve l'état suivant :
État des finances de Navarre et de Béarn. (Année 1770.)
Gages et droits d'ancienne création, attribués aux officiers dudit domaine (de Navarre).
4 Armand de Belsuuce, bailly de Mixe, 51 livres, 18 sols, 11 deniers;
A Jean Maudiry, alcade de Cize,21 livres, 6 sols, 7 deniers;
A Jean-Pierre d'Etcheverry, juge royal au bailliage de Mixe, en Navarre, 45 livres...
Parlement, gages, augmentation de gages et droits attribués aux officiers du Parlement, comptes, aydes et finances, et cour des monoyes de Navarre, suivant la déclaration du 30 décembre 1765:
A Jacques de Saint-Pau, conseiller, 720 livres ;
A Jean-Pierre d'Etcheverry, conseiller, 720 livres;
A Joseph-Louis de Lalive de Pinay {sic), conseiller, 720 livres.
A lui 1,080 livres, par accroissement pour trois quartiers, de 1,600 livres d'augmentation de gages attribués a son dit office eu 1,646, cy 1,080 livres.
Fait et arrêté au conseil royal des finances tenu a Versailles le quatrième jour de février 1772.
Signé: Louis.
Signé ; Philippeaux.
(Extrait des Archives départementales de Pau.)
elle avait compris qu'après deux ans de séjour au château Trompette, sa situation à Pau serait impossible et qu'il n"y pouvait reprendre ses fonctions de conseiller. On se décida donc à rendre publique sa démission , que M. de la Gaze avait jusqu'alors gardée secrète .
Saloiule madame d'Épi uay. — Poitrails. — Disgrâce dcGaliaiii, — Sou départ. — Ses Dialogues sur les liés. — Corrcspoudauce de Galiaui et de madame d'Épinay.
Malgré les revers de fortune de madame d'Epinay, son salon subissait une transformation remarquable, et il était devenu depuis quelques années un centre littéraire fort recherché. Ce milieu intelligent avait attiré peu à peu le corps diplomatique presque entier. Le comte de Creutz, le baron de Gleichen, milord Stormont, le comte de Fuentès ; plus tard , le marquis Caraccioli, le marquis de Mora et le prince Pignatelli, présentés par Galiani et par Grimm, se donnaient rendez-vous presque chaque soir chez cette aimable maîtresse de maison. « Ni bête ni conquérante », elle savait à merveille laisser à chacun sa hberlé d'allure, rapprochant seulement cca esprits
de nature diverse; avec un tact conciliant et une bonne grâce tout à fait féminine.
D'autre part, elle avait renoué d'anciennes relations ; les Trudaine de Montigny, les de Fourquéux, M. de Monlyon, M. et madame de Sartines, etc., étaient venus se joindre au groupe diplomatique et aux hommes de lettres que nous connaissons déjà. Peut-être n'est-il pas inutile de dire quelques mots des personnages nouveaux qui entourent maintenant madame d'Epiiiay.
Le comte de Creutz *, ambassadeur de Suède à Paris, y arriva en 1766 et y resta jusqu'en 1781. Souvent pensif et distrait, sa conversation possédait cependant un charme inexprimable. « La nature, dit Morellet, avait donné par excellence au comte de Creutz la sensibilité, la chaleur, la délicatesse du sens moral et du goût; moins empressé à plaire que Caraccioli, mais le plus charmant des convives, lorsque, sans distraction, il se livrait à nous. «
Presque compatriote et ami intime du comte de Creutz, le baron de Gleichen ^ résidait à Paris comme envoyé de Danemark. Attaché à la margrave
1. Le comte do Creutz (1129-1183) deviut, à son retour de Paris, premier miuistre de Gustave III. 11 adorait Paris et écrivait pendant uu voyage en Espagne ; « Pour mou malheur, mes amis sont toujours présents à mou imagination, les soupers délicieux de madame GeofTriu me poursuivent au milieu des sombres assemblées de Madrid... Les Pyrénées sont, à mon avis, les barrières du monde éclairé !... »
2. Ch.-Hturi, baron de Gleicheu, né â Bayreuth, ou 1735, mort à Ratisbonne eu 1805.
de Bayreuth avant son arrivée en France, on prétend que le sentiment que lui avait inspiré sa bienfaitrice dépassait les bornes de la reconnaissance. Elle mourut à son grand désespoir, mais une affection plus vive succéda à la première. Il s'éprit passionnément de la duchesse de Choiseul, « la plus jolie petite créature qui soit sortie d'un œuf de fée, disait Walpole », et en même temps la plus fidèle à son mari, qui ne le méritait guère. C'était jouer de malheur ; cependant la duchesse accordait à Gleichen une place distinguée dans son estime et son amitié.
La douceur du caractère du baron n'excluait pas l'énergie et même l'audace; dînant pour la première fois chez le duc de Choiseul , celui-ci parla légèrement de la margrave de Bayreuth ; Gleichen répliqua d'une manière si fière et si piquante que le duc jeta sa serviette sur la table et se leva d'un air fort échauffé. Gleichen voulut partir ; mais le duc, revenu à lui-même, le retint et le traita dès lors avec la plus grande distinction.
L'envoyé de Danemark parlait peu , mais lançait avec promptitude des mots aussi justes que piquants ^
Le marquis Garaccioli avait succédé comme ambassadeur de Naples à Paris au marquis de Castro monte. Intime ami de Galiani et comme lui pas-
1. Il écrivait d'Angleterre à madame du Deffaud : » Il mo semble que je suis eu Laponie et qu'il neige du vert. »
sionnément épris de Paris *, il ne le cédait à aucun Français, dit Marmontel, pour l'agrément et l'abondance des lumières. Son esprit original et fin, les gestes napolitains dont il animait ses récits faisaient dire de lui « qu'il avait de l'esprit jusqu'au bout des doigts ». Son cœur et son dévouement étaient à la hauteur de son esprit.
Le comte de Fuentès, ambassadeur d'Espagne, père du charmant marquis de Mora et de l'aimable prince Pignatelli, était aussi un ami personnel de Galiani, (ju'il avait accueilli, à son arrivée à Paris, avec une bienveillance particulière. Sa politesse recherchée et son goût pour la société des femmes, lui assuraient de grands succès. On ne le voyait jamais s'asseoir dans un salon, il papillonnait sans cesse de l'une à l'autre-. Rien en lui ne rappelait la fierté ou la niorgue espagnole, il se prêtait volontiers à des plaisanteries, dont il riait le premier.
David Murray, vicomte de Stormont, ambassadeur
1. Lur6(iiie Caraccioli fut nommé à la vice-royauté de Sicile en 1781, le roi, Louis XVI, dont il prit congé, lui dit: « Monsieur rumbassadeur, je vous fais mon compliment : vous allez occuper une des plus belles places de l'Europe. — Ah ! sire, répondit tristement Caraccioli , la plus belle place est celle que je quitte, c'est la place Vendôme.' »
2. Un soir, chez madame d'Épiuay, 'arrive le comte de Fuentès , ambassadeur d'Espagne, homme naturellement aimable et bavard ; il allait sans cesse d'une dame à l'autre sans se décider à s'asseoir. Galiaui remarquant ce mouvement perpétuel lui dit tout à coup :
Si qua sede seden quse sit tibi conimoda sedes In illa sede sede, nec ab illa sede recède.
(Galiani e i suoi tempi, dal baroue Saverio Mattei.)
de la Grande-Bretagne*, formait un parfait contraste aveo le bon comte de Fuentès. Fort instruit, causeur remarquable, mais grave et mesuré, il aimait passionnément la discussion et apportait toujours un élément intéressant à la conversation. Il arriva à Paris après le départ de Galiani, mais il avait une si haute idée du mérite de l'abbé, qu'il demandait parfois que malgré son absence on le prît pour juge des discussions qui s'élevaient dans le salon de madame d'Epinay^.
Enfin venait l'original baron de Thun, ministre pénipotentiaire du duc de Wurtemberg, très aimable, très avare, ayant placé tout son bien en rente viagère, sans s'inquiéter des siens. Il habitait cependant un fort bel hôtel proche de madame d'Épinay, rue de laGhaussée-d'Antin^ - Les Français admis dans le salon de madame
1. Il conserva ses fonctions d'ambassadeur de 17*2 à 1778. Milord Stormont était né en 1713 et mourut en 1796.
2. Il s'agissait un jour de savoir si le mérite d'un homme élait mieux jugé par la postérité que par ses contemporains. Madame d'Épinay soutenait que la postérité était plus compétente, lord Stormont prétendait le contraire. On décida d'écrire à Naples sur-le-champ et de faire l'abbé juge de la question. 11 donna gain de cause à inilord Stormont.
3. Le baron de Gleichen raconte dans ses Souveni?\': que M. de Thun attachait un'grand prix à reposer dans sa terre natale; il ordonna en mourant, pour éviter la dépense, qu'on le coupât eu pièces, qu'on le salât, qu'on le mit dans un tonneau et qu'on l'embarquât sur le premier vaisseau qui partirait pour la Poméranie. Aiusi fut fait. Pendant la route, les matelots visitèrent le tonneau et, croyant que c'était du bœuf salé, mangèrent la moitié du baron de Tliuu.
PI:RN'IÈRES ANXKES DK madame D'ÉPINAY 391
d'Épinay ne le cédaient en rien aux étranger?, M. de Sartines' en dehors de ses graves fonctions de lieutenant de police était un homme du monde, aimable et gai, d'une obligeance et d'une politesse parfaite. Il apportait tant de ménagement et de délicatesse dans l'accomplissement de son ministère qu'il n'avait presque pas d'ennemis. Madame de Sartines, affable et gracieuse, se mêlait volontiers à la conversation et on s'étonnait parfois en entendant un sérieux argument sortir de sa jolie bouche; c'est à son influence que Sedaine dut la représentation du Philosophe sans le savoir.
Le baron de Montyon -, intendant d'Auvergne, puis chancelier du comte d'Artois, homme de beaucoup d'esprit, fort instruit et doué d'une prodigieuse mémoire, était un répertoire vivant de curieuses anecdotes.
Madame d'Épinay était dès longtemps liée avec le comtedeSchomberg'; c'est lui qui avait amené Grimm en France comme précepteur de ses enfants. Pro-