Voici la lettre que Voltaire venait d'adresser à Grlium
« Mou cher prophète, je suis le bonhomme Job; mais j'ai eu des amis qui sont venus me consoler sur mon fumier, et qui valent mieux que les amis de cet Arabe. Il est très peu de gens de ces temps-là, et même de ces temps-ci, qu'on puisse comparer à M. d'Alembert et à M. de Condorcet; ils m'ont fait oublier tous mes maux... Ils m'ont dit, et je savais sans eux, à quel point les Welches sont déchaînés contre la philosophie. Voici le temps de dire aux })hilo-
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» Je retourne demain ;ï Paris ; mes réparations sont Unies \ et je dis adieu à la Briche sans miséricorde et sans retour. Elle est louée pour neuf ans sans clauses; et, dans neuf ans, qui sait si je serai au monde? Au reste, il fait un temps, depuis huit jours,, très propre à faire quitter la campagne sans regret; des pluies continuelles, un froid d'une humidité insupportable : mais je me porte bien, et lorsque je vous écris et que je reçois vos lettres, mon cher abbé, je suis tout aussi contente que si j'avais trouvé mes 10,000 livres, que si mes confitures n'eussent pas été mangées, que si mon cheval n'eût pas été déferré, que si ma bourse ne fût pas perdue et que ma montre ne f,\t pas cassée. Après l'histoire de mes vingt-six infortunes, il ne manquerait plus que de ne pas avoir de lettres de vous cette semaine. Je m'en prends au Fontainebleau, et j'espère en trouver une demain en arrivant. Adieu, mon cher abbé, je vous embrasse. »
soptios ce qu'on disait aux sergonts et ce que saint Jean disait aux chrétiens : « .Mes enfants , aimez-vous les uns les autre.-', car qui diible vous aimerait ? »
» Embrassez pour moi, je vous prie, frère Platon, quand même il n'admettrait pas l'intelligence comme S'iinosa. Ne m'oubliez pas aupros do ma philosophe; le vieux malade ne l'oubliera jamais et vous sera dévoué jusqu'au dernier moment. »
1. Li\^> r 'naralijus que l'on faisait à la maison de la rue Saiule-.Vnne.
Galiani répond :
« Vous voudriez me faire rire sur vos infortunes ; cela est impossible aux absents. Les éloignés ne voient que les choses et jamais la couleur des choses. Je vois donc cinq louis et un anneau d'or perdus, des dragées mangées, une montre cassée et 10,000 livres à payer. Je gage que vous rirez mieux de mes 2,000 livres attrapées' ?
» Voltaire a tort de dire aux philosophes : Aimez-vous, mes enfants ! Ceci ne doit se dire qu'aux sectaires. Voltaire n'est point aimé de personne; il est craint, il a sa griffe et c'est assez. Planer audessus et avoir des griffes, voilà le lot des grands génies!... »
Galiani n'était pas toujours un correspondant facile, il avait souvent des boutades de mauvaise humeur, dont madame d'Epinay recevait le contrecoup. En voici un exemple :
« Il y a déjà trois ou quatre semaines que vos lettres ne m'électrisent point. Personne ne m'écrit plus de Paris ; vous même ne répondez pas aux trois quarts de mes questions. Je vous prie de par-
1. Galiani vouait crobtcnir iino place qui lui rapportait 2,000 livres par au.
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coui'ir mes lettres et vous verrez que j'ai raison. Tout cela me domie une humeur de chien... Sans une multitude de lettres de tous mes amis, je ne puis plus me représenter cette société irréparahle ! . . .
» Vous ne m'avez rien dit du marquis ' métamorphosé en amazone à la comédie de la Chevrette, où les Préteiitions du chevalier de Chastellux ont été jouées.
)) Que Dieu préserve mon ami Chastellux d'un autre coup d'épée M Mais le titre de sa pièce me fait tremhler. Dites-moi quelque chose de Grimm et de Diderot ; et Schomberg, pourquoi ne m'écrit-il pas? Madame d'Houdetot se souvient-elle de moi? M. de Saint-Lambert sait-il que je laime toujours?... »