‹ Une femme du monde au XVIIIe siècleChapitre 87 sur 106 · Diderot · texte numérisé non relu

Diderot

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s'arrêtera peut-Olre plusieurs mois en Hollande; ainsi je compte être à Paris avant lui. L'impératrice lui donne un conducteur à qui il est ordonné de le livrer sain et sauf à la Haye. Il me charge de mille compliments pour vous, mais il n'écrit à personne. L'impératrice en est enchantée et l'a traité comme elle sait faire et comme on n'en a pas d'idée quand on ne l'a pas vu. Quoique je n'aie jamais désiré d'être envié, je crois que mon sort est digne d'envie et je le partagerais volontiers avec des hommes (pii comme vous sont faits pour sentir le prix du spectacle que j'ai sous les yeux ; il est d'un intérêt injini sous plus d'un aspect.

)/ Je vous prie, monsieur, de vous rappeler mon tendre et inviolable attachement. »

Diderot plut beaucoup à Catherine, par la vivacité de son esprit, par l'originalité de son génie et de son style, par sa véhémente et rapide éloquence.

« Je m'entretins longtemps et souvent avec lui, racontait Catherine, mais avec plus de curiosité que de profit. Si je l'avais cru tout aurait été bouleversé dans mon empire ; législation, administration, politique, iinances, j'aurais tout renversé pour y substituer d'impraticables théories. Cependant, comme je l'écoulais plus que je ne pai'lais. un témoin qui

482 dkrnip:rrs années de madame D'EPINAY

serait survenu nous aurait pris tous deux, lui pour lin sévère pédagogue et moi pour son humble écolière. Probablement il ]o n-ut lui-même, car au bout de quelque temps, voyant qu'il ne s'opérait dans mon gouvernement aucune des grandes innovations qu'il m'avait conseillées, il m'en montra sa surprise avec une sorte de fierté mécontente. Alors, lui parlant franchement, je lui dis: « M, Diderot, » j'ai entendu avec le plus grand plaisir tout ce que » votre brillant esprit vous a inspiré, mais avec » tous vos grands principes, que je comprends très » bien, on ferait de beau\ livres e£ de mauvaise » besogne. Vous oubliez dans (nus vos plans de » réforme la différence de nos deux positions : » vous, vous ne travaillez que sur le papier, qui )) souffre tout; il est tout uni, souple, et il n'oppose » d'obstacle ni à votre imagination, ni à votre plume, « tandis que moi, pauvre impératrice, je travaille » sur la peau humaine, qui est autrement iriitabit; » et chatouilleuse. »

» Dès ce moment, il ne parla plus que de littérature et la politique disparut de nos entretiens '. -»

Au moment de quitter la Russie, Orimm éprouva une attaque de choléra et fut assez longtemps souf-

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