QUE TU ME RACONTES
.son -(jbligce pour la vie. Je la lui dois positivement. 11 m'a rcs&uscitée. (.1 son mari.) N'est-ce pas?
LAViGNK. — l^ositivement.
siMONK. — C'est pour moi un grand plaisir, madame, de vous entendre parler ainsi de mon mari. Je connais f;a haute valeur, mais je peux toujours craindre que ma ten-
MiDAME LAViGNE. —Je la lui dois positivement.
dresse ne m'illusionne. Votre admiration et Totre reconnaissance me rassurent.
MADAME LAViGNK. — Eh bien, elles sont encore inférieures à ses mérites. Oui, madame, votre mari est un magicien. J'étais neurasthénique, je maigrissais, je ne dormais plus. Je suis allée le voir. Il m'a fait deux piqûres de son sérum. J'étais guérie. Depuis, j'ai repris mes bonnes joues. Je mange comme un chanoine et je dors comme un évêque. (A Simone.) Madame, votre mari est le premier médecin de France.
siMO.NK, souriant. — Mais je le crois.
DARCiKH, au fond. — Hé là! Hé là! Comme vous y allez ! Pre-nez garde ! On pourrait vous entendre. J'ai des collègues par là.
MADAME LAViGNE. — Tant pis pour eux, je ne retire rien.
DARCiKR. — Vous êtes terrible! Enfin, j'ai 'bien fait d'arriver.
SIMONE. — J'avoue que je commençais à te trouver d'une coquetterie!... on ne se fait pas attendre ainsi, et par de jolies femmes •encore.
DARciER. — Que vetrx-ta? Je sais qu'on est très indulgent pour moi, toi la première ; j'en abuse.
suiONE, très doucement. — Mais oui.
Elle remonte avec Alice près du bow window.
MADAME LAVIGNE. — Vous devriez le consulter, ma chère.
UAUÂMii LEDOux. — Je ne suis pas malade.
MADAME LAVIGNE. — VoUS le SCrCZ, c'cSit
certain. N'est-ce pas, docteur, que cette petite femme-là aura besoin de vous un jour ou l'autre?
DARCIER. — Oh! si madame Ledoux n'est pas plus malade que vous, chère madame Lavigne. . .
MADAME LAVIGNE. — Ah ! c'est trop fort ! Je n'ai pas fait de la neurasthénie?
DARCIER. — Pas tout à fait. Oh! vous avez fait tout ce que vous pouviez pour en faire, mais, voilà, vous ne saviez pas vous y prendre.
MADAME LAVIGNE. — Alors, je ne maigrissais pas?
DARCIER. — A peine.
MADAME LAVIGNE. — Et je dormais?
DARCIER. — Trop. Je me suis contenté de vous faire dormir normalement. J'ai eu du mal, mais j'y suis arrivé. ^
MADAME LAVIGNE. — Eli bien, je retomberai malade pour vous faire enrager.
DARCIER. — Je vous en défie.
MADAME LAVIGNE. — Oh '
Erie rejoint Alice et Simone.
MADAME LEDOUX. — Bravo, docteur ! Vous venez d'être très courageux.
DARCIER. — N'exagérons pas.
MADAME LEDOUX. — C'cst admirable. Vous dites la vérité.
DARCIER. — Oh! bien rarement. La vérité, c'est le plus dangereux de tous les remèdes.
MADAME LEDOUX, rattrapant Darder qui veut s'échapper. — Je voudrais... je voudrais vous soumettre un cas intéressant.
DARCIER, à part. — Aïe!... (flawi.) Mais comment donc !
MADAME LEDOUX. — Figurcz-vous, j'ai une tante de quatre-vingts ans qui habite Pacysur-Eure, et qui est végétarienne depuis quarante ans.
DARCIER. — Elle a de bons légumes.
MADAME LEDOUX — Elle arrose encore ses salades tous les matins.
DARCIER. — Tout est là.
MADAME LEDOUX — Avcc de l'cau bouillie, figurez- vous.
DARCIER, se touchant le front. — Elle ne préferprait pas de l'eau de Seltz?
MADAME LEDOUX. — lOh ! Ce n'est pas par manie. C'est à cause du cancer,
DARCIER. — Tiens! Tiens!
MADA.VIE LEDOUX. — Oui, elle lit tout ce qui paraît; elle a lu quelque part que c'était l'eau...
DARCIER. — Elle lït trop, madame.
MADAME LAVIGNE, dc la hoie. — Doctcur, docteur, que pensez-vous des théorie^ de Metchnikoff ?
Elle tousse.
DARCIER. — Oh! oh! oh! Je pense... que vous ne devriez pas rester dans cette baie; vous allez prendre froid.
ALICE. — Si VOUS nous ohantiez quelque chofie ?
DARCiER. — Oui, oui, excellente idée!
MADAME LAViGNE. — Oh! cioyez-vous ? Il faut que j'essaye ma voix d'abord. Je me suis peut-être enrhumée.
Alice et jM^^^ Lavigne sortent.
MADAME LEDOUX, à Dorcier. — Ce serait trop beau. (A Simone.) Ce qui me plaît dans
DARCIER. — Tiens! tiens!
votre mnri. madame, c'est qu'il a toutes mes idées en médecine.
sfMONE. — Je l'eu félicite.
MM)\\iE GRiVARD, enti' otivrant la porte. — M e&diunes, venez-vous ? On va chanter par
MADAME LEDOUX. — Dépêchons-Hous. Je ne veux pas en perdre.
Elle sort avec M"* Grivard.
DARCIER. Ouf !