DARCIER, SIMONE
SIMONE. — Mon cher docteur, je suis bien heureuse do voas r*«icontrer. Je .^ui.j surprise aussi. Ça ne m'arrive plus si so vivent.
DARCIER. — Hélas !
SIMONE. — Vous le regrettez?
DARCIER. — Tu n'en doutes pas, j'espère?
SIMONE, avec un soupir. — Non ! Tout de même, si c'était à refaire!...
DARiCiER. — Tu le referais.
SIMONE. — Evidemment. Mais je n'en serais pas moins la plv>s bête des femmes. On consulte un docteur. On ne l'épouse pas.
DARCIER. — On l'aime.
SIMONE. — Grand fat ! Si tu crois que c'est gai pour nous! A côté de la chambre à coucher, l'éternel cabijaet de travail, le plus terrible des cabinets particuliers.
DARCIER. — Tu exagères.
SIMONE. — Sans compter les perpétuelles sorties professionnelles, les visites au dehors, toute cette clientèle de femmes, de jolies femmes, que je ne connais pas et que toi tu connais... trop. Car enfin, elles n'ont pas de secret pour toi, ces charmantes malades, et on a beau dire qu'un médecin n'est pas un homme...
DARCIER. — On a tort évidemment...
Mais, si je ne me trompe pas, tu me fais une scène.
SIMONE. — Moi !
DARCIER. — Ou quelque chose qui y ressemble.
SIMONE. — Je proteste. Je respecte ton travail et ta profession ; ils m'ennuient ; ils m'énervent: si j'osais, je dirais même qu'ils m'embêtent, mais je les respecte.
DARCiER. — En les insultant. Simone, vicement — Non, non, je te crois.
SIMONE. — Nous avons un vieux compte à — Tu es resté longtemps à l'Opéra? régler tous les trois. (Darcier est allé près de darcier. — Cinq minutes.
la baie. Il rêvasse.) Jean! aiMONE. — Alors, tu as travaillé tard avec
DARt 1ER. — Hein P Quoi ? Bourland ?
fFm^'m-'^f^-'r
SIMONE. — Nous A.VONS UN VIEUX COMPTE A BÉOLER TOUS LES TROIS.
SIMONE. ^- OÙ étais-tu?
DARCIER. — Mais, ici.
SIMONE. — Oh !
DARCIER, sévère. — Qu'est-ce que c'est?
DARCIER. — Très.
SIMONE. — Et tu as bien travaillé?
DARCIER. — Beaucoup.
si.MONE. — Je dis ; (i bien ».
DARCiER. — Je réponds : <( beaucoup ». Ça, je sais. Mais « bien », est-on jamais sûr?
SIMONE. — Oh ! toi !
DARCiEH. — Mol, comme les autres, ma petite Simone. Je fais de mon mie ux et mon mieux est souvent l'ennemi du bien. — Tu ris?
siMO.NE. — C'est assez drôie.
DARCIER. — On ne risque rien d'essayer encore.
SIMONE. — Ah ! docteur, comme vous êtes cliarmant quand vous voulez ! Je suLs ravie d'avoir eu la chance de vous rencontrer ce soir!
DARCIER. — Moi de même, chère madame.
A la première occasion, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, on recausera.
MADAME GRIVARD. — Vous ne chantez pas, madame, vous rossignolez.
DARCIER. — Tu es indulgente.
SIMONE. — Je t'aime. Oui, je t'aime comme au premier jour, comme je fai toujours aimé, comme tu m'aimes au^si, n'est-ce pas?
D.\RCIER. — Bien sûr.
SIMONE. — Tant pis pour toi. Je n'ai à penser qu'à toi. Ah! si tu m'avais donné des marmots à élever, j'aurais partagé ma tendresse, je te ménagerais.
DARCIER. — Je n'ai pas su... ou pu.
SIMONE. — Et cependant...
DARCIER. — Oui, oui, nous n'avons rien à nous reprocher; nous avons été... très bien. La nature seule est coupable.
siM0N"E. — Je lui en veux.
DARCIER. — Et moi donc! Je pourrais avoir déjà un grand garçon de cinq ans qui me battrait. Ça me manque beaucoup.
simont;. — Tout espoir n'est peut-être pas perdu.