‹ Une femme passa ... Comédie en trois actesChapitre 16 sur 45 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

\LICE CII.\HLINES, HEIUCY, MESDA- MES Gin V.MîD, LAVIGNE, STOUFFLE, MADEMOISELLE JETTIER, SUZETTE, SÔIIMAIX.

Ai.KK. Oii ! comme vous venez tard!

avZETTK, trf'.t en dehors. — Excusez-nous. Nous nous sommes «ttiirdé-s à l'Opéra. Vous ^avez co que c'e.:' La salle était très bril-

lante. Il y avait là tout Paris. J'ai rarement vu des entr'actes aussi amusants.

CHARLI^fE^. — C'est bien parce que c'est vous. Vous mériteriez...

■ SUZEÏXK, (jaiemcnt. — Quoi? Je suis dans mon tort?

CHARLINES. — Vous l'èteS.

SUZETTE. — Alors, demandez-moi pardon.

CHARLINES. — A genoux ?

srzETTE. — Comme vou« voudrez, mais tout de suite... sinon... sinon... {Il lui haise la main.) Amis?

CHARLINES. — Oui, oui. Avcc VOUS, c'est plus prudent.

SL'ZKTTE, riant. — A la bonne heure!

HÉRICY, la saluant. — Madame!...

SUZETTE. — Tiens, monsieur Héricy!...

Quelle heureuse rencontre !

HÉRICY. — Pour moi, chère madame, car,

SDZETTE. — CoxîME vox'S voudrez..

vraiment, je ne m'attendais pas au plaisir... Je suis ravi.

'LitK, (î Suzette. — Vous savez que nouB comptons sur vous, tout à l'heure?

SUZETTE. — Diable!

ALICE. — Il paraît que vous dansez délicieusement...

SUZETTE. — Des potins!

ALICE. — Ça vous ennuie?

aiTzi-:TTE. — Pa.s du tout.

ALicR. — \lors, c'est promis?

SUZETTE. — C'est tenu.

CHARLINES, à Sorma'tn. — Oui, oui, je

compatis...

oÈ^^^. — L'Or (ht Rhin, cest cher.

oÎari?si-:s. - Dame! L'or est un métal précieux. Le fer aussi, d'ailleurs, quand on le manie comme vous. H paraît que, la semaine dernière, vous avez donné au petit Carbier un joli coup d'épée.

- Pas laid. Si" ça vous amuse, vous pourrez le voir au cinéma.

CHAULi.NKS. — J'irai. Un coup d'épée reçu par un autre, c'est toujours rigolo.

-t^VHMMlk — N'est-ce pas ? Seulement, dépêchez-vous, je quitte l'écran vendredi. Tous les vendredis, changement de spectacle. Je ne peux pourtant pas me battre toutes les eemainespour garder l'affiche.

CHARLiNES: — Ail! ditcs douc, Sbrmain, autre chose : pouvez-vous me tuyauter sur une valeur brésilienne?

^gapHW;. — Mïiis certainement, mon cher/LeBrésil' est de mes amis en ce moment.

CHARLiNEs. — Comme ça se trouve!

Il l'emmène dans l'autre salon.

HÉRicY, arrêtant Suzette. — Dites, pourquoi n'êtevs-vou6 pas venue hier à ce thé... au Ritz?

srzETTE. — Je n'ai pas pu.

HÉRICY. — Toutes vos amies étaient là.

Vous pouviez venir sans danger... Voua m'aviez presque promis...

srzBTTE. — Presque. Mais j'ai réfléchi.

J'ai pensé qu'il valait mieux... pour vous...

HÉRICY. — - Pourquoi ?

suzEtte. — BTais parce que je vous connais à peine et que je suis un peu inquiète de voir avec quelle facilité voiis vous emballez. Encourager une passion aussi soudaine, aussi! violente, ce ne serait pas très honnête de ma part et je suis une honnête femme. ..Dans ces conditions, vous comprenez... il m'a paru plus sage...

SDZETTE. — Commencez toujours

MADAME LAViGNE, à AUce. — Si! si ! Un rien! une arabesque de Schumann! Pour nous faire plaisir.

ALICE. — Enfin ! Je ne veux pas me faire prier; c'est ridicule. Au petit bonheur!

On suit Alice dans l'autre salon. Pendant toute la scène, on joue en sourdine dans la coulisse un passage des Davidsbundler de Schumann.

HÉRICY. — Ce n'est pas chic, pas généreux. Car enfin, vous sentez bien rimpression que vous avez faite sur moi, vous sentez bien que...

SUZETTE. — Ohut! Plus bas 1 Quel homme! Ah! on voit bien que vous n'avez pas l'habitude...

HÉRICY. — C'est vrai. Ici, je ce pourrai rien vous dire ; ça me gêne ; il me sjmbie que tout le m*^ nous entend.

suzKTTE. — Mais presque.

nKRicy. — Vous voyez!

•* srzETTE. — Qu'est-ce que je vois?

HÉRicY. — Qu'il faut que vous me permets tiez de vous retrouve!- ailleurs.

srzETTE. — Où ça ?

HiîUicY. — Mais chez moi, par exemple.

srzETTK. — Simplement !

iiBRiCY. — J'ai t«ant de choses à vous dire.

si'ZETTE. — Commencez toujours.

HÉRICY. — Le moyen? Il faut que je puisse vous parler librement, sans crainte d'être interrompu d'un moment à l'autre, d'être surpris... ( VOIX, dans la coulisse. — Bravo!

suzETTE et HÉRICY, applaudissant. — Bravo!

iiÉRicY, continvant. — Je vous on supplie, accordez-moi cette faveur. Venez chez moi demain.

.SUZETTE. — A la bonne heure! L'officier se retrouve! Vous brûlez les étapes! Mais Bavoz-vous, cher monsieur...

irBRTCY. — Oui! je sais... je sais tout ce que vous pouvez me répondre... mais je sais aus.si que depuis le jour où je vous ai rencontrée...

SUZETTE, blagueuse. — Vous avez perdu la tête?

HERICY. — Vite, offi!E-moi un whisky,

HÉRICY. — Ne raillez pa«. C'est vrai. Je vous aime comme un fou. Je vous dis cela grossièremrnt, brutalement. Je ne sais pas faire de phrases, moi. Je parle comme je

80ZRTTE. — Vous parlez net.

HÉRICY: — Alors, vous comprenez, il faut que je vous voie ailleurs et très vite, ou sinon...

SUZETTE. — Sinon?...

HÉRICY. — Je ne répondrais plus de moi...

SUZETTE. — Oh! mais, voilà qui devient intéressant! Des menaces!

HÉRICY. — Non, une prière, une prière très Iiumble, mais qui crie très fort pour être entend'iie. Vous sentez bien que je ne suis pas comme les autres.

SUZETTE. — Ça, je vous en félicite.

HÉRICY. — Et vous sentez aussi que je suis très malheureux! Voyons! vous me ferez bien l'aumône d'une visite.

SUZETTE. — On ne vous a donc pas dit que j'avais mes pauvres?

HÉRICY. — Si, mais je ne l'ai pas cru.

SUZETTE. — Vraiment?

HÉRICY. — C'est tout naturel... je vous aime...

SUZETTE. — A ce point?

Elle le considère avec une ironie mêlée de curiosité.

HÉRICY. -^ Je vous déplais?

SUZETTE. — Je n'ai pas dit ça.

HÉRICY. — Je vous étonne ?

SUZETTE. — Un peu.

HÉRICY. — Excusez mes façons bizarres; je suis un sauvage ; j'ai longtemps vécu loin de Paris. *

SUZETTE. — Ça se voit. Mes complimente, 3Jailleurs!

MADAME LA VIGNE, daiis le fond. — Bravo! C'est délicieux !

VOIX. — Bravo!

HÉRICY. — Je vous attendrai demain toute la journée.

SUZETTE. — Je n'ai rien promis.

HÉRICY. — Vous tiendrez peut-être.

SUZETTE. — Ça... — Maintenant, si vous voulez me faire plaisir, vous allez disparaître, à l'anglaise. Je ne veux plus qu'on nous voie ensemble ce soir. Vous m'avez assez compromise.

HÉBacY. — Oh !

SUZETTE. — Puisque je vous dis que je suis une honnête femme!... Croyez-le et croyez aussi qu'il faut que vous vous en alliez... sans affectation. (.4 Alice qui rentre.) C'était exquis. Je bavardais pendant que vous jouiez. Un rêve.

ALICE. — Vous êtes trop aimable. Vou»

savez mesdames, si le cœur voiis en dit, il y a par ici des rafraîchissements et des friandises.

Elle sort à gauche.

MADAME LA VIGNE, entrant. — Ce Schumann ! quel musicien!

SUZETTE. — Schumann I Ce n'est pas un musicien. (Tous la regardent.) C'est la musique même.

Elle éclate de rire.

\Jn& Femme passa

MAUAMK LAVKJNK. — Ce qu'elle m'agace !

MADAME LEDOux, à M*"" Stouffle. — Pour- -qiioi ne vous a-t-cm pas vue hier chez les Blauchet?

MADAME STOUFFLE. — Au momeiît de sortir, j'en ai été empêchée par...

MADAME LEDOUX. — ■ Une visite ?

MADAME STOUFFLE. —Oh! non !

MADAME LEDOUX. — Un cnnui ?

MADAME STOUFFLE. Oh ! nOU !

MADAME LEDOUX. — ■ AlorS?

MADAME STOUFFLE. — Vous ne me trahirez pas? par un puzzle! La semaine dernière, ce diable de jeu m'a déjà fait manquer deux mariages et un enterrement.

CHARLiNES. — Eh bien, oia en es-tu?

HBRICY. — Chut!

CHARLINES. — Félicitations?

HÉRiCY. — Pas encore !

CHARLINES. — Bientôt. *

HÉRICY. — Vite, ofFi-e-moi un whisky et je m'éclipse. Il fait trop civilisé ici pour moi. Il y a trop de blancs. Il y a même trop de blanches.

Ils sortent à gauche.

suzETTE. — Quel âge a donc le vôtre?

M.\DAME LEUoux. — Quatre ans!

SUZETTE. — Oh ! nous avons encore le temps de trembler pour lui.

ALICE, à la porte de gauche. — Eh bien, mesdajnes, ça ne vous tente donc pas? Mais, vous savez, ces messieurs sont par ici.

MADAME caiVARD, se précipitant. — Oh !

alors!...

MADAME LAViGNE. — Je uc Ui quitte pa.s. Elle fait ma joie.

MADAME LEDOUX. — Et la mieuue. (A Darder qui entre par le fond.) Docteur, vous venez avec nous?

DARCiER. — Mais certainement. (Sortent en même temps M™® Laviyne et M™^ Ledoux. — (A Suzefte.) On vient de me dire que vous étiez là, madame.

MADEMOISELLE JETTiER, à Darder. — Vous venez, mon cher maître?

DARCIER. — Oui, oui, tout de suite.

M"* .Jettier et W" Stuuffle sortent.

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