DARCIER, SUZETTE
SUZETTE, ALICE, MESDAMES GRI- VARD, STOUFFLE, LAVIGNE, JET- TIER, LEDOUX.
MADAME GRivARD. — C'cst admirable!
Voilà encore les hommes envolés.
MADEMOISELLE JETTIER. — PardoU, et Uioi ?
MADAME GRIVARD. — Oli ! la petite espiègle ! Non, mais c'est vrai, tout à l'hevire, ils étaient tous ici, sans nous... maintenaait, regardez...
SUZETTE, ironiquement. — ■ C'est décourageant !
MADAME LAVIGNE. — Oli ! il cst Certain que les hommes, aujourd'hui...
MADEMOISELLE .JETTIER. — CroyeZ-VOUS
qu'ils aient changé?
MADAME GRIVARD. ■ — Affreusement...
MADAME LAVIGNE. — C'est Vrai. On ne meurt plus d'amour. C'est démodé!...
MADAME LEDOUX. — Pardoii ! Vous connaissez pourtant la fin touchante du petit Berton qui est allé se faire tuer au Thibet.
MADAME STOUFFLE, ^— Et pouT uue demimondaine qui l'avait quitté... croyez-vous?...
MADAME LAVIGNE. — Si cncore c'avait été Dour une femme du monde!
SUZETTE, — Oui, il a manqué de tact!
MADAME GRIVARD. — Tout de même, ce doit être bon d'être aiiaée comme ça !
MADAME LAViGN'E. — Quelle fringale!
MADAME LEDOUX. — Ah! Ellcs vont bien, ces demoiselles! Si maintenant elles se mettent à faire des manières, gare à nos fils!
Dès qu'ils sont seuls^ Darcier se penche vers Suzette et l'embrasse.
DARCIER, — Vite!
SUZETTE. — Tu es fou!
DARCIER. — Oui, foui Dès que je te vois, dès que je suis près de toi... je ne sais plus ce que je fais... je voudrais...
SUZETTE. — Tais-toi!...
DARCIER. — Alors, empêche-moi de parler.
Il s'approche.
SUZETTE, le repoussant. — Encore?
DARCIER. — Toujours !
SUZETTE. — Mais c'est insensé, voyons!
on peut entrer.
DARCIER tenant le bo^iton de la porte. — On n'entrera pas. Il y a une Providence pour les amants.
SUZETTE. — Oui, oui, on dit ça!... et puis, on se fait pincer stupidement... Mon mari!...
DARCIER. — Mais non ! Et puis, tant pis, que m'importe!
SUZETTE, — Tu es bon, toi; tu ne penses qu'à toi. Et moi ?
DARCIER. — Pardon! {Voulant l' embrasser.) Suzette!
SUZETTE. — Non !
DARCIER. — Méchante !
SUZETTE. — Raisonnable ! Je suis raisonnanable pour nous deux, car toi... Fais attentiooi, voj'ons! Ta femme aussi peut entrer. Tu sais, je ne la connais pas. On la dit charmante.
DAROiER. — Ne parlons pas d'elle. Ça me cr,ène. Parlons de nous.
suzETTE. — Tu dois l'aimer toujours au fond ?
n.VRCiER. — Je l'ai adorée jusqu'à... jusqu'à toi... Mais depuis...
Il fait un geste mélancolique.
Jo le savais.
Alors, pourquoi me forcevS-tu
SrZETTE. - D.AHCIER. -
à te le dire?
srzRTTE. — Pour l'entendre. Tu ne l'as jamais aimée comme tu m'aimes?
DABCiER. — Jamais. Ge que j'ai .pour toi, ce n'est mémo plus de ,1'amour, c'est de h\
ariiivé ; pense un peu ! moi qui n'avais jamais eu d'aventiire... moi qu'on avait tant courtisée... je t'ai aimé tout de suite. C'est que, san.s doute, tu n'étais pas pareil auj autres^ puii^que je n'ai pas, pu te ré-sister. Ah ! Il faut que j'aie cette excuse... .Si je ne l'avais pas!... Enfin, que veux-tu, mon chéri, il faut en prendre ton parti. Tu me plais.
DARCiER. — C'est 'prodigieux ! Le lourdaud que je suis, le vieus bonhomme que je suis te plaît. Je suis rudement fier et stupéfait, car enfin...
Il 'montre ses tempes.
STTZETTE. — D'où reviens-tu donc? Tu t'imagines encore que les femmes s'évanouis-
SDZETTE. -Tu NE l'as jamais AIMftE COMME TU m'aIMES?
griserie, c'est comme une folie de tout moi. Et c'est tout naturel... Tu es tellement... à part... tellement... Enfin! je ne sais pas. Mais que toi, fêtée, a^luiée, tu aies pu m'aimer, moi, austère, galant comme une porte de laboratoire, ça, c'est inouï!
srzETTE. — Mais tion. Tu vois. Moi, ça me paraît tout simple. Je" devais t'aimer. Je 'ne Deux pas m'expliquer autrement ce qui m'est
peux paf
sent d'iiorreur devant les t-heven-x grv, ^lare c'est très joli, le gris!... Et sur un ^"lage jeune, c'e^^t troublant! Et tu as le vwage 'jeune!... Et puis, je ne suis 'p\vi!i itne fillette!... J'ai... j'ai l'âge que tu nie doaines.
DARcnîR. — Alors!
srzETTE. — Tvon ! J'ai plus que ça ! un peu p1n«, pas beaucoup. Tu es fier de me plaire. Ah I mon chéri ! Il n'y a pas de quoi. On peut
l/JUJoUTS plaire a une femme. C'est xtioi qui SUIS tière d'aimer un homme tel que toi, de ton intelligence, de ta valeur. Il me semble que je suis un peu toi ; ça me grandit à mes ipropyres yeux. Mais surtout, je suis heureuse ^d'être aimée de toi ; ça m'enrichit le cœur.
DARCiER. — Ah! Suzette! ne dis plus rien! ou sinon... Du bruit!... Vite! A demain! Chez nous... Deux heures et demie!
sczKTTK. — Demain! Mais voyons! c'est ton jour de consultation.
DARCIER. — =^xTu es folle: C'était aujourd'hui...
8UZETTE. — C'est vrai. Oii avais-je la tête?
MADAME LAVTCNE, ouvvant hrusqiiement la porte. — Oh! pardon! l'on vous dérange! DAUCIEE, (jêné, — Mais non!