‹ Une femme passa ... Comédie en trois actesChapitre 17 sur 45 · DARCIER, SUZETTE · texte numérisé non relu

DARCIER, SUZETTE

SUZETTE, ALICE, MESDAMES GRI- VARD, STOUFFLE, LAVIGNE, JET- TIER, LEDOUX.

MADAME GRivARD. — C'cst admirable!

Voilà encore les hommes envolés.

MADEMOISELLE JETTIER. — PardoU, et Uioi ?

MADAME GRIVARD. — Oli ! la petite espiègle ! Non, mais c'est vrai, tout à l'hevire, ils étaient tous ici, sans nous... maintenaait, regardez...

SUZETTE, ironiquement. — ■ C'est décourageant !

MADAME LAVIGNE. — Oli ! il cst Certain que les hommes, aujourd'hui...

MADEMOISELLE .JETTIER. — CroyeZ-VOUS

qu'ils aient changé?

MADAME GRIVARD. ■ — Affreusement...

MADAME LAVIGNE. — C'est Vrai. On ne meurt plus d'amour. C'est démodé!...

MADAME LEDOUX. — Pardoii ! Vous connaissez pourtant la fin touchante du petit Berton qui est allé se faire tuer au Thibet.

MADAME STOUFFLE, ^— Et pouT uue demimondaine qui l'avait quitté... croyez-vous?...

MADAME LAVIGNE. — Si cncore c'avait été Dour une femme du monde!

SUZETTE, — Oui, il a manqué de tact!

MADAME GRIVARD. — Tout de même, ce doit être bon d'être aiiaée comme ça !

MADAME LAViGN'E. — Quelle fringale!

MADAME LEDOUX. — Ah! Ellcs vont bien, ces demoiselles! Si maintenant elles se mettent à faire des manières, gare à nos fils!

Dès qu'ils sont seuls^ Darcier se penche vers Suzette et l'embrasse.

DARCIER, — Vite!

SUZETTE. — Tu es fou!

DARCIER. — Oui, foui Dès que je te vois, dès que je suis près de toi... je ne sais plus ce que je fais... je voudrais...

SUZETTE. — Tais-toi!...

DARCIER. — Alors, empêche-moi de parler.

Il s'approche.

SUZETTE, le repoussant. — Encore?

DARCIER. — Toujours !

SUZETTE. — Mais c'est insensé, voyons!

on peut entrer.

DARCIER tenant le bo^iton de la porte. — On n'entrera pas. Il y a une Providence pour les amants.

SUZETTE. — Oui, oui, on dit ça!... et puis, on se fait pincer stupidement... Mon mari!...

DARCIER. — Mais non ! Et puis, tant pis, que m'importe!

SUZETTE, — Tu es bon, toi; tu ne penses qu'à toi. Et moi ?

DARCIER. — Pardon! {Voulant l' embrasser.) Suzette!

SUZETTE. — Non !

DARCIER. — Méchante !

SUZETTE. — Raisonnable ! Je suis raisonnanable pour nous deux, car toi... Fais attentiooi, voj'ons! Ta femme aussi peut entrer. Tu sais, je ne la connais pas. On la dit charmante.

DAROiER. — Ne parlons pas d'elle. Ça me cr,ène. Parlons de nous.

suzETTE. — Tu dois l'aimer toujours au fond ?

n.VRCiER. — Je l'ai adorée jusqu'à... jusqu'à toi... Mais depuis...

Il fait un geste mélancolique.

Jo le savais.

Alors, pourquoi me forcevS-tu

SrZETTE. - D.AHCIER. -

à te le dire?

srzRTTE. — Pour l'entendre. Tu ne l'as jamais aimée comme tu m'aimes?

DABCiER. — Jamais. Ge que j'ai .pour toi, ce n'est mémo plus de ,1'amour, c'est de h\

ariiivé ; pense un peu ! moi qui n'avais jamais eu d'aventiire... moi qu'on avait tant courtisée... je t'ai aimé tout de suite. C'est que, san.s doute, tu n'étais pas pareil auj autres^ puii^que je n'ai pas, pu te ré-sister. Ah ! Il faut que j'aie cette excuse... .Si je ne l'avais pas!... Enfin, que veux-tu, mon chéri, il faut en prendre ton parti. Tu me plais.

DARCiER. — C'est 'prodigieux ! Le lourdaud que je suis, le vieus bonhomme que je suis te plaît. Je suis rudement fier et stupéfait, car enfin...

Il 'montre ses tempes.

STTZETTE. — D'où reviens-tu donc? Tu t'imagines encore que les femmes s'évanouis-

SDZETTE. -Tu NE l'as jamais AIMftE COMME TU m'aIMES?

griserie, c'est comme une folie de tout moi. Et c'est tout naturel... Tu es tellement... à part... tellement... Enfin! je ne sais pas. Mais que toi, fêtée, a^luiée, tu aies pu m'aimer, moi, austère, galant comme une porte de laboratoire, ça, c'est inouï!

srzETTE. — Mais tion. Tu vois. Moi, ça me paraît tout simple. Je" devais t'aimer. Je 'ne Deux pas m'expliquer autrement ce qui m'est

peux paf

sent d'iiorreur devant les t-heven-x grv, ^lare c'est très joli, le gris!... Et sur un ^"lage jeune, c'e^^t troublant! Et tu as le vwage 'jeune!... Et puis, je ne suis 'p\vi!i itne fillette!... J'ai... j'ai l'âge que tu nie doaines.

DARcnîR. — Alors!

srzETTE. — Tvon ! J'ai plus que ça ! un peu p1n«, pas beaucoup. Tu es fier de me plaire. Ah I mon chéri ! Il n'y a pas de quoi. On peut

l/JUJoUTS plaire a une femme. C'est xtioi qui SUIS tière d'aimer un homme tel que toi, de ton intelligence, de ta valeur. Il me semble que je suis un peu toi ; ça me grandit à mes ipropyres yeux. Mais surtout, je suis heureuse ^d'être aimée de toi ; ça m'enrichit le cœur.

DARCiER. — Ah! Suzette! ne dis plus rien! ou sinon... Du bruit!... Vite! A demain! Chez nous... Deux heures et demie!

sczKTTK. — Demain! Mais voyons! c'est ton jour de consultation.

DARCIER. — =^xTu es folle: C'était aujourd'hui...

8UZETTE. — C'est vrai. Oii avais-je la tête?

MADAME LAVTCNE, ouvvant hrusqiiement la porte. — Oh! pardon! l'on vous dérange! DAUCIEE, (jêné, — Mais non!

Page 1