SCENE XV
Les Mêmes, CHAIîLINES
CHARLiXES, à Svzette. — Ma chère amie... la jeune personne que nous attendions vient d'arriver. Après elle, ce sera votre tour. Je peux sonner au public?
SLZETTE. — Mais quand vous voudrez.
ciiARLiNEs. — Mesdames, messieui-s ! le divertissement ! '
VOIX. — Chut ! Silence ! Ecoutez !
CHARLi.VES. — Rassurez-vous! on n'abusera pas de votre patience ; c'est à peine si on en usera. On vous connaît. On sait que vous êtes des Parisiens de 1910 et le Parisien de 1910 n'aime pa.s que ça traîne. Ça ne traînera pas. Cinq minutes de spectacle exactement et sans entr'actes. J'ai découvert un gentil petit numéro que je veux vous pjésenter — deux minutes et demie — et aprè.s notre charmante amie, M""^ Sormain, nous fera le plaisir de danser — deux minutes et demie. Enfin, rous verrez. Pour le moment, prenez vos places, à votre guise, à votre gré. Groupez-vous le plus commodément que vou.s pourrez, et même artistiquement, pendant que vous êtes...
VOIX. — Bravo!
CHAiiMNEs. — .\ttondez. Je vais chercher le gentil petit numéio promis.
Il sort. Grand broiih.ihn. Allées et venues, (.'ommentaires par petits groupes.
DARCIER, bas à Suzette. — On no bouge pos, hein? On est à côtô l'un de l'autre. Oft est très bien. Tu veux?
srzETTE, de nifiae. — Je veux. Ta es heureux?
DARCIER. — Camme un goj.se!
h; zin'TE. — Tu sens que je t'aime?
DARCIER. — Oui.
8t ZETTE. — Qu'est-ce qui te !e dit ?
da;;(ier. — Tes yeux.
srzETTE. — Qu'est-ce qui te le prouve?
DARCIER — Tes lèvres.
srzETTE. — Tu voudrais les embrasser en ce moment? Tu les ambrasses?
DARCIER. — Voyons! voyons! Sois sérieuse... Tais-toi... Tais-toi...
SUZETTE. — Non... Hein! Comme c'est bon de rouler tous ces imbéciles. Ce n'est pas délicieux? Ce n'est pas grisant?
DARCIER. — Si. Un peu trop même.
SUZETTE. — Poltron !
Ils se sont parlé de très près.
SIMONE, houlecersée. — Elle! Oh! non! Si c'était vrai! Ils n'oseraient pas! {A ce moment, 'elle s'aperçoit que le regard de Sormain s'est arrêté sur eux.) Ils sont d'une imprudence !
CHARLiNES, rentrant. — Mesdames, mesdames, voyons ! on va commencer. Simone, je vous en prie, donnez le bon exemple !
SIMONE. — Tout à l'heure. Vous savez bien, je ne peux pas rester longtemps as.sise. Dites-moi, Charlines, ce monsieur qui est à côt« de vous, c'est M. Sormain, n'est-ce pas?
CHARLINES. — Lui-même.
SIMONE. — Présentez-le-moi, je vous prie.
CHARLiN-Es. — Certainement. Je suis impardonnable. C.4. Sormain.) Cher ami, permettez-moi... Monsieur Sormain, madame Darcier...
Il remonte.
— Madame, tout à fait heureux...
.siMON-E. — Il paraît que M™® Sormain danse d'une façon délicieuse, comme une véritable artiste. Je serai charmée de l'applaudir tout à l'heure.
;SHHB>. — Vous êtes trop aimable.
SIMONE. — Chut! Silence! Regardez!
Le numéro. Pendant ce temps, Darcier a pris la main de Suzette. Ils font semblant de suivre très attentivement. Simone ne les quitte pas des yeux. Quand le numéro est terminé, on se précipite et on félicite l'artiste.
DARCIER. — Bravo!
TOUS. — Bravo! bravo I
sro'.'FFLE — - Très bien !
LAVIGNE. — .lolimcnt fait !
JUMELLiER. — Et nouveau!
GUTVARD, à /Jirp — Compliments! Voilà un numéro intéressant !
s'ZETTE, has à Darcier. — Pourquoi as-tu lâché ma main ?
DARCIER. — Pour applaudir.
SUZETTE. — Quand on aime, on n'applaudit pas, tu sauras ça. Roprcnds-la tout de suite ou je fais du scandale.
DARCIER, 37 lui reprend la mnin. — Tu es terrible.
SUZETTE. — Je t'aime! Charlines! vite, rends-la-moi !
Suzette retire brusquement sa main.
DARCIER. — Un ne bouge pas, hein?
SIMONE, bouleversée. — Ils sont fous!
CHAKLINE8, à Suzetie. — Ma chère amie, ça va être à vous. Pas d'entr'at-te. I/P public est chaud. Ne le laifisoiis pas refroidir.
srzETTE, se lerant. — Voilà. l'ne recommandation à faire au pianiste, et on peut commencer.
DABCiER, bas à Suzetfe. — Alors, tu vas danser devant tous ces hommes?
suzETTE. — Tiens!
DARCiEK. — Ça me déplaît.
girzBTTE. — Tu es bête. Mais c'est pour toi que je vais danser, mon chéri.'
Elle remonte. On commence à s'empresser autour de iSuzette. Simone n'a pas bousjé. Charlines s'approche d'elle et remarque sa pâleur.
CHARLiNES, surpHs — Qu'est-ce qu'il y a, Simone? Ça ne va pas. Vous êtes toute pâle. La clialeur peut-être?
JDMELLIER. — Et noi.vem:!
.«iiMONE. Oui, c'est ça! Laissez-moi!
riiAULTNEs. — Mais non Je ne vous laisseiiii pas. Vous allez défaillir.
SIMONE. — Quelle idé<.-' Je me sons très bien, au contraire.
Elle veut faire \m pas et manque de tomber, Charliiies la soutient.
cHAni.iNEs. — Très bien !
srMONK. — Eh hien, oui, c'est vrai, je ne suis pas à mon aise. Un vertige. Ça va se passer.
CHARLINES. — Je vais prévenir le docteur.
SIMONE, vivement. — Non. Je vous en supplie. I>ès que M™^ Sormain aura fini, je m'en irai. J'aurai la foice d'attendre jusquelà, j'espère. Oui, je l'auiai.
CHARLINES. — Vouiez-vous que j'aille vous chercher quelque chose? Des sels?
SIMONE. — Merci, rien Oh! le premier moment, çn a été dui, mais, maintenaTit...
CHARLINES. — Qu'estr-ce que vous avez donc ressenti ?
si.MONE — Je ne sais pas. Une sorte de grande douleur vive, là!
Elle se touche le cœur.
CHARLINES — Au cceurl Diable! Et c'est la première fois que cela vou*. arrive?
SIMONE — Oui; la première. Et, maintenant, laissez-moi ; on a besoin de vous.
Charlines s éloigne.
srzETTE, tirs gaiemtrri . — Ob ! vous savez, ne vous attendez pas à des choses... vous seriez dé.çus. Ce sera très simple et très court, et, SI ce n'est pas trop disgracieux, je serai ravie.
"Suzetie, très entourée, rii. bruyamment.
MADAME LAVIGNE, a M""' Stoufflc. Ah!
elle n'a pas le trae, celle-là'
■UMM/amf'BÊoeai x — Elle en remontrerait aux professionnelles
LA VIGNE — Le fait e.st que pour de l'aplomb .
MADAME LEDorx — Nou, mais écoutez-la.
MADAME GRIVARD — Ello a uu rire charmant, notre rire à toutes
MADAME LAViGNE — Tieus ' elle cst dans la joie. Du moment qu'elle va montrer se»
jambes.
MADAME CffilVARD. — Qui SOUt jolicS, il u'y
a pas à dire.
MADAME LA VIGNE — Rtigarclcz-moi les yeux de tous ces hommesi.
MADAME LBDOUX. — • Ils iui fout uuc rampe.
MADAME LAViGNE. — C'cst dégoûtant!
MADAME GRIVARD. — C'est troublaiit!
Le piano attaque la ritournelle de la danse. Suzette commence à danser.
STOCFFLE. — C'est d'une grâce !
MADAME STOUFFLE. — Non, m^is je t'en prie !
LAVIGNE. — C'est d'un voluptueux'
MADAME LAVIGNE, le piiiçoni. — Dis donc, toi!
Bravos. Fin de la dau.se. Tout le monde applaudit. Daicier félicite chaleureusement Suzotte radieuse. On crie : Bis.
DARCiER, à Suzette. — Ma chère amie.
vous avez été admirable. (A ilï"® Grivard.) N'est-ce pae?
MADAME ORiVARD. — Admirable? Ce n'est pas assez dire, docteur ! Perverse, suggestive, affolante! Ah! je comprends que nous fassions des malheurs !
ALICE. — Toutes mes félicitations et tous
mais!... Je ne mi'amuee pas si souven't... pourune fois, mon Dieu !
SIMONE. — Veux-tu que. je te laisse?... Je rentrerai bien seule,..
DARCiBR, 'ap»"è>s aiwinhésité. — Mais non .. C'est bien... 'partons!...
siMONF, — Tu m'en veux?
SUZETTE. — 0>H ! Tors saa'ez, ne vous attendez pas a des choses...
mes remerciements. Grâce â wious, notre réunion...
CHARLUŒS, à Simone. — Eh bien? Fous vous sentez mieux?
SIMONE. — Non. Charlines, voulez-vous dire à Jean que je suis très lasse, et que je désire rentrer ?
CHARLINES. — Tout de suite.
Il la quitte et va rejoindre Darcier.
MADAME STOUFFLE. — ■ Moi, c'est simple. Je trouve ça indécent.
MADAME LAViGNE. — Scandaleux^ (.4. Suzette qui passe.) Exquis, tout à fait exquis.
SUZETTE. — Vous êtes trop gentille.
DARCIER, s' approchant de Simone. — Qu'est-ce que me dit Charlines? Tu veux t'en aller ?
SIMONE. — Oui.
DARCIER. — Déjà?
SIMONE. — Je ne me sens pas bien.
DARCIER. — Qu'est-ce que tu as?
SIMONE. — Je ne sais pas.
DARCIER. — Voyons! c'est de l'enfantillage.
SIMONE, gravement. — Je t'en prie.
DARCIER, sec. — Bien
SIMONE. — Tu es contrarié?
DARCIER. — Evidemment... Je ne sors ja-
DAROiER. — Ah çà ! tu es folle ! Pourquoi j'en voudrais-je ?
SIMONE. — Oui, ipourquoi ?
DARCIER. — Je te rejoins tout de suit^e. Je prends congé de nos amis.
SIMONE. — ±'ais vite. Je te jure que je ne suis pas bien.
DARCIER. — C'est drôle... tout à l'heure...
SIMONE. — Oui... évidemment, c'est drôle...
Darcier remonte.
ALICE, à Simone. — C'est vrai, ça ! Tu veux t'en aller ?
SIMONE. — Oui, je suis fatiguée. Au revoir, ma petite Alice.
ALICE. — A bientôt. C'était charmant, n'est-ce pas, cette danse ?
SIMONE, avec effort. — Charmant!
SUZETTE, revenant. — Comment ! vous nous enlevez votre mari, madame? Déjà! Ce n'est pas gentil !
SIMONE, contrainte, riant faux. — Oui... je vous l'enlève... C'est moi qui vous l'enlève... Je suis désolée... Pardonnez-moi.
Elle remonte et s'arrête un instant pour prendre concîé dans le fond.
DARCIER, nerveux.
Eh bien, allons.
vii-ns! puisque tu veux t'en tons!...
Par-
Darcier sort nerveusement, après avoir essayé en vain de s'approcher de Suzette qui est remontée près de la baie et cause avec son mari et M'" .Jettier, très tranq^uillement et sans faire attention à lui. Les bis reprennent.
cnARLiNEs, à Suzette. — Si ! si ! Une autre •danse! Je vous le demande pour mes objets
d'art... Sinon, je ne réponds de rien... Le public casse tout...
MADAMK LAViGNi-;, à il/™^ Stouffle. — Ça fera une moyenne! Comme elle ne casse rien!
SUZETTE. — Enfin ! c'est bien pour vos objets d'art.
On entend des exclamations et des bravos au mi lieu desquels commence un air de danse très animé.
PIERRE. — Si madame veut^bien puexdre la peine d'entrer!
FiCTE DEUXIÈME