‹ Une femme passa ... Comédie en trois actesChapitre 21 sur 45 · SIMONE · texte numérisé non relu

SIMONE

Al.lGE, JE NE SAIS PAS OU NOUS ALLONS.

ALICE. — Je le vois bien. Je l'entends même. Ta voix s'ast altérée. Parle vite. Paul doit venir me prendre ici tout à l'heure. D'abord, que s'est-il donc passé depuis le momeoit où je t'ai presque arraché l'aveu de ton clia^rin ?

SIMONE. — Oh! des choses qui ne comptent pas, pui.squ'eiles m'ont atteinte seule. Cette prouve que tu réclamais de moi, quelques minute» plus tard, je l'ai eue; mo)i cœur avait souffert juste. Ma rivale n'était pas imaginaire. Je l'ai vue. Pendant une heure, je me suis trouvée face à face avec elle. Malgré le coup en pleine poitrine que j'ai reçu ce jyurlà, j'ai eu enwjre la force de me dominer et de ne rien laisser voir à doan; l*uisque cela

"Il est là, guettant le télégramme qu'il attend avec- fébrilité et qui ne vient pas toujours. Il fait des efforts inouïs et inutiles pour me dissimuler son impatience, sa joie ou son troublé. Il ne me cache rien. 11 ne peut rien me cacher.

ALICE. — M'a pauvre amie!

SIMONE. — Ge qui est grave, vois-tu, c'est qu'il commence à se désintéresser de «a profession. Ce médecin illustre néglige ses clients. Ce grand savant abandonne ses travaux, ses livres. Toute da passion est ailleurs.

AMCK. — Ma' chérie !

SIMONE. — Alice, je ne sais pas où noiis allons. J'ai peur de demain. Tant que je

«cuffrais seule, j ai fait semblant de ne pas souffrir, Cela m'a été facile. Mais maintecant que jp le sens si atteint, lui, maintenant qu'il est en danger, n'est-ce pas mon <ievoir d'intervenu? dis? ne dois-je pas parler? lui montrer l'homme qu'il est devenu, l'homme qu'il va devenu? il ne s'en doute pas... i) ne se voit pas... il ne se rend pas compte... mais si tout à coup il comprend par moi, jai peur qu'il ne m'en veuille, qii'il ne me pardonne pas de ne pas lui avoir menti encore...

ALICE — Et S! je lui parlais, moi?

siMO.VE, vivement. ■ — Non! non! moi seule peux lui dire certaines choses, moi seule peux adouor un peu le mal que ça lui fera... Tu ne peux pas savoir comme nous nous sommes aimés... cr^mme je l'aime toujoui'.s.

ALICE. — Alors, ma petite Simone, croismc), il n'es* pas temps d'intervenir. Tu ris- <jues trop. Tu risques tout votre avenir. Attends. Garde encore ton secret. Nous le garderons ensemble. Nous en partagerons le poids. Il sera peu1>-être moins lourd.

81MOXE, profo'ndément. — Je ne crois pas.

PIERRE, annonçant. — M.. Char Unes!

Geste de SimouG.

ALICE. — Oui, oui, même pas lui, c'est entendiu.

sxMO>-B.. — Je t'en prie. (A CîmvKnes:) Bonjour, Paiil^ Cennme vous êtes impatient de me reprend.re votre femme!

CHARLiNES, gaiement, — J© sttis le dernier mari de France, voilà..

suioNE, doiicennent, — Ofe!: je Ee t-o.os le reproche pas..

CHAR LJ SE». — H œ manqjïierait plti» qiie cela. {Il e-mthiFmsse Aii^e.".) Noire doeteur va bien?

SIMONE. — Très bien, je vous remercie. Si vous pouvez l'attendre, il ne tardera pas à rentrer, c'est son heiu-e de travail.

CHARLINES, il regarde sa montre. — Malheureusement !...

SIMONE, désignant Alice. — Et vous l'emmenez ?

CHARLINES. — Si VOUS permettez...

SIMONE. — Je permettrai tout à l'heure. J'ai encore besoin d'Alice quelques minutes. Tenez, j'entends le docteur... T7n conseil pour une robe... Pas devant lui... Pas de\ant vous...

CHARLiNTis. — Enfin, je n'ai pas le choix. (Elles sortent. Charlines feuilletant des brochures.) La Semaine médicale, les Annales scientifiques, la Bévue de psychophysique. Hum ! c'est un peu léger. Je suis pour les 'ectures graves.

Il tire de sa poche la Vie parisienne.

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