‹ Une femme passa ... Comédie en trois actesChapitre 30 sur 45 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

DARCIER, puis SIMONE

Darcier, seul, après quelques secondes de marche fébrile, va ouvrir brusquement la porte de droite et appelle Pierre à plusieurs reprises. Simone parait à gauche.

simont:. — Pierre n'est pas là; il ne tardera pas à rentrer, je viens de l'envoyer en course.

DARCIER. — Charmant! '■

SIMONE. — Tu avais besoin de lui?

DARCIER. — Sans doute, mais je m'en

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passerai. Je trouverai bien sans lui ma canne, mon chapeau et mon pardessus,

8IM0.VE. — Tu sors doncP

DARciEB. — Oui, un quart d'heure, en attendant 13ourland. J'ai besoin de prendre

l'air. -11

siMO.Nic. — Qu'est-ce qui vient donc de t'arriver ?

UARCiEii. — Rien ! rien !

SIMONE. — Mais si, une contrariété grave. Ne nie pas. Tout à l'heure, tu étais joyeux. Tu ©bais gai. Maintenant, si tu pouvais te voir... Alors, tu ne veux pas me dire?...

DABCiEK. — Je n'ai rien à te dire.

SIMONE. — Tu SORS do.nc?

siMO.NE. — l'ourtant, voyons, tu viens de recevoir une visite... Tu é'ais avec quelqu'un, il y a un instant. A cette heure-ci, ce ne pouvait pas être un malade.

DARciER. — C'est ce qui te trompe. C'était justement un malade.

aiMO-NT-:. — Et c'est à cause d'un malade que je te retrouve dans l'état où tu es?... Jean, je t'en prie, di>s-moi ce qui se passe, parle-moi. Tu dois comprendre mon inquiétude. Toi que jai connu si calme, si maître de toi, tu changes maintenant d'heure en heure!... Tu dois sentir combien j'en suis bouleversée. J'ai besoin, aujourd'hui, d'être rassurée; je t'en supplie, rassure-moi.

DARCIER. — Tu t'inquiètes à tort. Il nous arrive à tous de traverser de mauvais mo-

ments. J'ai peut-être trop travaillé... j'ui peut-être...

SIMONE. — Jean, pourquoi me répohds-tu ainsi? Tu ne cherches qu'à écarter ma question. Tu ne cherches pas à apaiser mon souci. Et, cependant, il est bien légitime. Tu ne peux pas oublier que nous avons été des compagnons de toutes les heures... Il y avait entre nous, tu te souniens, ce n'est pas très vieux, une intimité de c-œur qui faisait là joie et la douceur de notre vie ; elle n'a pas cessé, oh! non, elle ne peut j^as cesser... elle s'est ralentie... Mais je voudrais... tu me comprends... je voudrais que nous redevenion-s tout proches comme autrefois... comme avant... avant ce qui t'a un peu distrait de moi, et c'est pour cela que j'insiste pour que tu me parles .. parce qu'il ne faut pas permettTe à nos cœurs de de\enir étrangers. Ah ! s'ils prenaient l'habitude de ce silence! N'aije pas raison?

DARCIER. — Oui, tu as raison, Simone! Je suis très coupable vis-à-vis.,. (Geste de Simone.) vis-à-vis de nous. J'ai compromis bêtement une chose admirable^ et pourquoi ? (Plus bas.) pour qui? Tiens, ce serait comique, si ça n'était pas si pitoyable! Un jour, je te dirai... ce que je ne peux pas te dire aujourd'hui! Et nous rirons, oui, nous rirons de moi, ensemble ! nous rirons du piteux bonhomme que j'aurai été à certaines heures de ma vie; mais, maintenant, je ne pourrais pas; c'est trop tôt; ce n'est pas encore assez drôle.

SIMONE. — Jean, ne t'exalte pas ainsi, je t'en prie. Oh ! va, si tu te laissais aller, si tu venais vers moi tout simplement, si tu me parlais tout naïvement, tu verrais comme ton chagrin, car tu as du chagrin, et quel chagrin! (Il nie.) si! si! un immense cha^ grill!... tu verrais comme il s'adoucirait! i.oinine il perdrait de sa violence ! Tu aurais peut-être des larmes dans les yeux, mais tu n'aurais plus ce mauvais rire sur les lèvres. lu ne le sens donc pas?

UAUciEK. — Si... mais plus tard, plus tard... Qu'est-ce que c'est?

(j^ riERRE. — Une dame.

DARCIER. — Non, non et non. Je n'y suis pas. Je ne reçois pas à cette heure-ci.

riEKRE. — C'est que...

Il hésite.

DARCIER. • — Quoi ? (Simone est remontée j)our sortir.) Non. Reste.

SIMONE, un peu cassante. — A quoi bon? Que tu reçoives ou ne reçoives pas cette personne, tu as à travaille!". Je te laisse. A tout à l'heure.

Elle sort à gauche.

DARCIER. — Parlez donc. Vous êtes agaçant avec vos mystères.

l'iERRE. — C'est que... c'est justement la dame pour laquelle monsieur m'a dit qu'il y était toujours.

DARCiER, trouhlê. — Ah!

piKRRK. — Elle m'a, d-éclaré que monsieur l'attendait

DARCIER. — O'est vrai!... Vous l'avez fait entrer dans le salou?

ppRRE. — Oui, monsieur.

DARCiEH, geste dolent x^our la congédier. — Eli bien... {Se ravisant.) introduisez-la.

Il se lève assez troublé. Pierre traverse le cabinet de travail, va ouvrir la porte du salon d'attente et fait entrer Suzette. Il sort et ferme la porto derrière lui.

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