DARCIER, SUZETTE
SUZETTE, très en dehors — C'est gentil, ça, hein? Je t'écris à cinq heures, et je viens t'embrasser une heure après C'est d'une bonne Suzette, dis, mon Jean? Oh! mais, tu n'as pas l'air ravi, ravi, entre nous?
DARCIER, concentré. — Au contraire. Je suis enchanté.
SUZETTE. — On ne le dirait pas. Tu sais, *i tu te tiens à cette distance, ça ne me sera pas très commode de t'embrasser. Tu ne veux pas que je t'embrasse ?
DARCIER, la rejjoussant. — Tout à l'heure.
SUZETTE, svrprî'se. — ■ Qu'est-ce que tu as? On nous surveille ?
DARCIER. — >^on.
SUZETTE. — Alors? Qu'est-ce que je t"ai fait?
DARCIER. — Je vais te le dire.
SUZETTE — J'espère, car tout à l'heure tu m'as répondu un mot charmant, un mot d'amoureux, enfin ! Il s'est donc passé quelque chose depuis ce moment ?
DARCIER. — Sans doute.
SUZETTE. — Qui t'a détourné de moi?
^ DARCIER. — J'espère.
SUZETTE, se montant. — Eh bien, quoi?
Dis-le. Je veux savoir. Quoi?
DARCIER. — Sois tranquille, tu le sauras.
SUZETTE, insistant. — J'ai le droit de le savoir.
DARCIER. — Xe crie pas. On ne nous surveille pas, mais on peut nous entendre.
. SUZETTE. — Ça m'est égal.
DARCIER, violent. ■ — Moi pas.
Un silence où ils se dévisagent hostilement.
SUZETTE. — C'e.«t vrai, il y a Vautre.
DARCIER. — En effet, il y a Vautre, comme vous dites si justement, car vous ne saurez jamais à quel point elle est différente de vous.
SUZETTE. — Je ne le saurai jamais parce que ça ne m'intéresse pas.
DARCIER. — Comme je vou.s comprends!
Parlons bref. L'explication de ma colère, vous l'aurez eu un seul mot, en un seul nom : Héricy.
SUZETTE, se reprenant, après avoir tiqué. — Après?
DARCIER. — Ça ne vous suffit pas?
SUZETTE. — Non.
DARCIER. — Tu es difficile.
S'JZETTE. — Qu'est-ce que cela veut dire? Qu'est-ce que cela signifie? Tu as reçu une lettre anonyme où on te disait qu'il était mon amant?
DARCIER. — A peu près.
SUZETTE — Et, naturellement, tu l'as cru tout de suite?
DARCIER. — J'ai eu tort?
sczETTE — Si tu n'étais pas lâche et stupide comme tous les hommes, tu m'aurais défendue contre cette calomnie, d'abord.
DARCIER — Et qui te dit que je ne l'ai pas fait ?
SUZETTE — Tu as donc reçu la visite de quelqu'un qui m'accusait?
DARCIER — Mettons.
SUZETTE — Et tu ne l'as pas jeté à la porte ?
DARCIER — C'est peut-être qu'il accusait bien.
— On