‹ Une femme passa ... Comédie en trois actesChapitre 31 sur 45 · DARCIER, SUZETTE · texte numérisé non relu

DARCIER, SUZETTE

SUZETTE, très en dehors — C'est gentil, ça, hein? Je t'écris à cinq heures, et je viens t'embrasser une heure après C'est d'une bonne Suzette, dis, mon Jean? Oh! mais, tu n'as pas l'air ravi, ravi, entre nous?

DARCIER, concentré. — Au contraire. Je suis enchanté.

SUZETTE. — On ne le dirait pas. Tu sais, *i tu te tiens à cette distance, ça ne me sera pas très commode de t'embrasser. Tu ne veux pas que je t'embrasse ?

DARCIER, la rejjoussant. — Tout à l'heure.

SUZETTE, svrprî'se. — ■ Qu'est-ce que tu as? On nous surveille ?

DARCIER. — >^on.

SUZETTE. — Alors? Qu'est-ce que je t"ai fait?

DARCIER. — Je vais te le dire.

SUZETTE — J'espère, car tout à l'heure tu m'as répondu un mot charmant, un mot d'amoureux, enfin ! Il s'est donc passé quelque chose depuis ce moment ?

DARCIER. — Sans doute.

SUZETTE. — Qui t'a détourné de moi?

^ DARCIER. — J'espère.

SUZETTE, se montant. — Eh bien, quoi?

Dis-le. Je veux savoir. Quoi?

DARCIER. — Sois tranquille, tu le sauras.

SUZETTE, insistant. — J'ai le droit de le savoir.

DARCIER. — Xe crie pas. On ne nous surveille pas, mais on peut nous entendre.

. SUZETTE. — Ça m'est égal.

DARCIER, violent. ■ — Moi pas.

Un silence où ils se dévisagent hostilement.

SUZETTE. — C'e.«t vrai, il y a Vautre.

DARCIER. — En effet, il y a Vautre, comme vous dites si justement, car vous ne saurez jamais à quel point elle est différente de vous.

SUZETTE. — Je ne le saurai jamais parce que ça ne m'intéresse pas.

DARCIER. — Comme je vou.s comprends!

Parlons bref. L'explication de ma colère, vous l'aurez eu un seul mot, en un seul nom : Héricy.

SUZETTE, se reprenant, après avoir tiqué. — Après?

DARCIER. — Ça ne vous suffit pas?

SUZETTE. — Non.

DARCIER. — Tu es difficile.

S'JZETTE. — Qu'est-ce que cela veut dire? Qu'est-ce que cela signifie? Tu as reçu une lettre anonyme où on te disait qu'il était mon amant?

DARCIER. — A peu près.

SUZETTE — Et, naturellement, tu l'as cru tout de suite?

DARCIER. — J'ai eu tort?

sczETTE — Si tu n'étais pas lâche et stupide comme tous les hommes, tu m'aurais défendue contre cette calomnie, d'abord.

DARCIER — Et qui te dit que je ne l'ai pas fait ?

SUZETTE — Tu as donc reçu la visite de quelqu'un qui m'accusait?

DARCIER — Mettons.

SUZETTE — Et tu ne l'as pas jeté à la porte ?

DARCIER — C'est peut-être qu'il accusait bien.

— On

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