‹ Une fleur canadienne dans l'Institut de saint Alphonse, ou, Notice biographique du serviteur de Dieu, le R.P. Alfred PampalonChapitre 11 sur 42 · SES DEBUTS DANS L APOSTOLAT · texte numérisé non relu

SES DEBUTS DANS L APOSTOLAT

C'est une époque décisive dans la vie de tout religieux que celle où il quitte la maison d'études pour entrer dans la vie régulière de communauté. Sans doute, pour diriger sa marche et protéger son inexpérience, il a les Règles de son Institut et les sages conseils de ses supérieurs; il n'en est pas moins vrai de dire que cette brusque transition de la vie d'étude à celle du ministère a ses périls pour la vertu et la persévérance du jeune religieux. Au scolasticat, aucun contact avec le monde; chaque heure précise le devoir à accom-

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plir; la prière et Tétude absorbant Tesprit, inclinent naturellement l'âme à la ferveur; tandis que dans une communauté, la règle, tout en traçant les grandes lignes de la vie du religieux, laisse cependant une large part à sa liberté et à son initiative personnelle; de plus, les devoirs du ministère le mettent en rapports fréquents avec le monde et ses périls. Ces graves pensées et le souci d'assurer sa persévérance parmi les mille dangers de l'apostolat préoccupaient l'esprit du Père Alfred durant l'année qui suivit son élévation au sacerdoce, année que dans notre Congrégation on consacre encore à l'étude des sciences théologiques.

Pendant la dernière retraite qu'il fit à Beauplateau, il jette un regard sur la nouvelle existence qui l'attend et demande au Seigneur de lui rester fidèle, lorsque la voix de l'obéissance l'aura retiré du séjour béni oii il a passé six années dans le silence et la solitude :

" O mon Dieu, écrit-il, je suis résolu de bien profiter de ma dernière retraite au studendat et du trimestre qui doit la suivre, tant pour réparer mes négligences passées que pour me préparer à la vie apostolique. Oh! oui, plus que jamais je dois avancer dans la sainteté, car une fois sorti de cette maison d'étude, il sera trop tard. Dieu, il est vrai, est miséricordieux, mais sa justice est

égale à sa miséricorde. Les grâces que, dans sa bonté. Il daigne m' accorder maintenant, qui m'assure qu'il me les accordera de nouveau plus tard? Donc, malheur à moi si j'en abuse. O mon Dieu! préservez-moi d'un tel malheur.

" O Marie, ma bonne mère, ne permettez pas qu'un tel malheur m 'arrive. Ah! tendre mère, achevez votre œuvre, rendez-moi saint, afin qu'ainsi je puisse travailler dignement à la sanctification des autres."

" Courage, mon âme, et confiance. Espère en Jésus, en ta bonne mère Marie, en ton glorieux protecteur St Joseph; ils t'aideront à te sanctifier et à sanctifier les âmes qui attendent ton ministère."

Ainsi préparé, le Père Alfred pouvait déployer ses ailes. " C'est au vol qu'on connaît l'oiseau," disait le Vénérable Père Passerat à propos des jeunes pères. C'est dans cette nouvelle existence pleine de liberté que parurent mieux que jamais la prudente modestie, et le zèle ardent autant que discret du jeune religieux.

L'obéissance lui assigna pour résidence notre maison de Mons, dans le Hainaut. Il y arriva le 31 août 1893.

Son recteur fut heureux de posséder un sujet si excellent: " Le P. Alfred, nous écrit-il, était vraiment la bonne petite brebis du Seigneur.

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Quelle docilité ! quelle simplicité charmante ! quelle paix et quelle humeur toujours égale dans ce bon Père! Je n'ai jamais eu le moindre reproche à lui faire, jamais la moindre plainte à son sujet. Nous l'estimions et l'aimions tous, nous l'avons bien regretté."

Ecoutons maintenant un de ses confrères nous communiquer ses impressions: " Je suis heureux d'u«ir ma voix à tant d'autres, pour faire l'éloge du bon petit Père Alfred. Toutes sont unanimes à louer en lui un modèle d'observance régulière, de patience admirable, de douce charité, en un mot, un modèle de cette solide et saine vertu qui, au lieu d'inspirer l'horreur et l'éloignement, attire à elle tous les cœurs par les charmes d'une piété simple et aimable.

Ce qui m'a toujours frappé en lui, c'est la droiture de son jugement, qui provenait, sans nul doute, de sa constante union avec le bon Dieu. Ce bon jugement joint à son dehors recueilli et à la réputation de vertu dont il jouissait parmi les personnes pieuses, surtout à Mons où je l'ai connu, le faisait fort apprécier comme confesseur.

Il était surtout estimé dans la communauté, tant du Supérieur que des anciens Pères. J'ai toujours admiré sa charité pour notre bon et vénérable Père Auguste Lelouchier. Le dierne vieillard ne pouvait réciter le brévière que très lente-

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ment et difficilement. Le Père Alfred se dévouait constamment à le réciter avec lui, sacrifiant ainsi par charité presque toutes ses heures de promenade."

Durant son séjour à Mons, et aussi longtemps que la santé le lui permit, il accomplit avec la plus parfaite diligence plusieurs petites charges qu'on lui avait confiées. Entre autres, il était suppléant du Préfet des frères, et comme celui-ci s'absentait souvent de la maison, employé qu'il était aux travaux apostoliques, le Père Alfred donnait lui-même la conférence et le catéchisme à nos frères une fois par semaine. C'était un bonheur pour notre jeune Père de montrer ainsi son amour pour la Congrégation. Il s'efforçait avant tout d'inculquer aux frères l'amour de leur vocation et des vertus religieuses; ceux-ci, de leur côté, étaient toujours heureux d'entendre les enseignements et les avis qui provenaient d'un si digne enfant de St Alphonse.

Assez souvent, dans notre église de Mons, il donnait l'instruction aux messes basses du dimanche et parfois le grand sermon de l'aprèsmidi. Il se plaisait à prêcher Jésus crucifié et à le faire aimer par les fidèles. Qui saurait exprimer avec quels accents il prêchait sa bonne Mère du ciel? " Dieu, nous dit un confrère, avait doué le Père Alfred d'heureuses dispositions pour la

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