‹ Une fleur canadienne dans l'Institut de saint Alphonse, ou, Notice biographique du serviteur de Dieu, le R.P. Alfred PampalonChapitre 17 sur 42 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

La perfection, le P. Alfred l'a bien comprise et fortement voulue. Enfant de St Alphonse, il se plut à adopter les formules si simples et si claires de son bienheureux Père. Pour lui, comme pour le St Docteur, toute la perfection consiste dans l'amour de Dieu et l'accomplissement de son adorable volonté, à l'exemple de Jésus, notre Rédempteur, et d'après les Règles et Constitutions de son Ordre. Amour et Volonté de Dieu, imitation de Jésus, et observance régulière, ces trois choses reviennent à tout instant dans ses notes spirituelles. Nous n'en citerons qu'une page intitulée: Ma perfection. " Avant tout, je dois chercher la sainte volonté de Dieu et son bon plaisir. Cette sainte volonté et ce bon plaisir de

Dieu se trouvent exprimés dans mes Règles, mes Constitutions et les prescriptions de mes supérieurs. Or mes Règles me prescrivent de travailler, d'abord à ma propre sanctification, puis à la sanctification des autres. Elles me donnent pour modèle notre divin Rédempteur. Quelle fut donc la vie de ce divin Maître? Lui-même nous l'enseigne : Meus cibus est ut faciam voluntatem ejus qui misit me et perficiam ofus.. " Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre." Dieu demande donc de moi, d'abord, ma propre sanctification, ensuite la sanctification de mon prochain. Tout d'abord, ma propre sainteté. D'ailleurs, le nombre des âmes que je sanctifierai, dépendra de la mesure de ma propre perfection. Quelle importance donc pour moi de m 'appliquer sérieusement à l'œuvre de ma sanctification! Plus je serai saint, plus je sauverai d'âmes. Mais aussi quelle crainte ne dois-je pas avoir si je néglige cette propre sanctification! Que d'âmes peut-être perdues par ma faute !

O mon Dieu! préservez-moi d'un tel malheur. Marie, ô ma bonne Mère! rendez-moi saint.

Comment poursuivrai-ie cette sanctification personnelle, afin de pouvoir dire en toute vérité: Vivo ego, jam non ego, vivit vero in me Christus.

" Je vis, ce n'est pas moi qui vis, c'est Jésus- Christ qui vit en moi ! " La Sainte Règle me l'enseigne : Je dois poursuivre ma sainteté par la pratique de l'oraison et de toutes les vertus. Avant tout je dois être un homme de prière- Il n'y a pas de vertu sans prière. Aussi notre glorieux Père, St Alphonse, en nous proposant l'imitation de Jésus-Christ par le moyen des douze vertus énumérées dans la Règle, a soin de nous donner de puissants patrons, entre autres, la B. V. Marie et les Saints Apôtres, afin que par leur intercession, nous obtenions toutes les grâces nécessaires pour pratiquer ces vertus. Telle est la base de ma perfection : m' appliquer sérieusement à la pratique de chacune des vertus qui me sont proposées et ne pas cesser de prier."

A ce but si bien déterminé dans l'esprit du P. Alfred, sa volonté s'est portée et a tendu constamment par là ferveur de ses affections, la pureté de ses intentions et la plénitude de son opération. Voici les expressions mêmes du P. Pampalon : " Afin d'acquérir cette perfection que je me suis proposée, je ferai précéder, accompagner et suivre toutes mes actions de trois dispositions :

Premièrement, d'une grande charité, c'est-àdire, je les commencerai avec ferveur, je les continuerai avec ferveur et je les terminerai avec ferveur; en d'autres mots, avec une foi vive en la

présence de Dieu, en éloignant toute nonchalance et routine.

Secondement, d'une grande yureté, c'est-àdire, j'aurai la seule intention de plaire au bon Dieu. Je suivrai en cela ce que nous recommande la Règle des Novices, à savoir de faire avant, pendant et après, la bonne intention. A cet effet, je pourrai dire avant, pendant et après l'action: Tout par amour pour Jésus, Marie, Joseph et Alphonse.

Troisièmement, d'une frofonde humilité, c'est-à-dire, je ferai bien toute chose, gardant un maintien modeste et religieux, pensant que je m'adresse non pas à un homme, mais à la Majesté Suprême devant laquelle je dois me considérer comme un néant et le plus indigne de tous. Ainsi dois-je agir, si je veux devenir un saint rédemptoriste; ainsi le veut- saint Alphonse. Afin de persévérer dans cette résolution, je m'examinerai chaque semaine, et j'en ferai la conclusion de toutes mes méditations."

D'ailleurs, s'il prend la résolution de tendre au plus parfait, de devenir saint, il ne prétend pas s'élever à ce sommet par ses seules forces. Luimême le déclare dans les lignes suivantes : "J'ai promis à ma bonne Mère Marie de devenir un saint, et ma confiance en elle me le fait espérer. C'est. pourquoi, à cause de l'amour que j'ai pour

cette bonne mère, pour son chaste époux, Saint Joseph, et avant tout pour Jésus, je prends la résolution de tendre au plus parfait, non par mes propres forces, mais en comptant sur la grâce de mon tendre Sauveur et sur le secours de mon aimable mère Marie et de Saint Joseph."

Cette plénitude d'intelligence et de volonté nous semble avoir mis l'unité et la simplicité dans sa belle vie.

Ecoutons maintenant ses deux préfets spirituels nous dire avec quelle abondance, de cette source, alimentée par la grâce, ont découlé sur son âme toutes les vertus chrétiennes et religieuses: Peu de jours après la mort du serviteur de Dieu, le R. P. Dubois n'hésitait pas à écrire : ' ' Ayant été pendant plus de deux ans le guide spirituel du Père Alfred, je suis extrêmement heureux d'apprendre qu'il est arrivé au port du bonheur éternel vers lequel j'ai tâché de diriger tous mes disciples. Le chemin a été bien court pour lui, mais en peu de temps il a parcouru une longue carrière, comme l'Eglise le dit de St Stanislas, dont, hier, nous avons célébré la fête. Alfred n'a vécu que quelques années dans notre Congrégation, mais ses jours ont été des jours pleins, dont un seul vaut mieux que des milliers passés dans le monde. Il les a sanctifiés par un recueillement habituel, que j'ai souvent admi-

ré quand il m'en parlait dans la simplicité de sa bonne âme; par une dévotion fervente à notre divin Rédempteur, à N.-D. du Perpétuel Secours et à St Joseph ; par une observation très exacte de la Règle; par le courage avec lequel il a surmonté les premières difficultés de ses études à Beauplateau; par une grande charité et une grande douceur envers ses confrères; enfin, il a mis les dernières perles à sa glorieuse couronne en supportant avec une résignation parfaite et une patience admirable les ennuis et les douleurs de sa longue maladie, oui lui a servi de Purgatoire. C'est pourquoi j'ai une sorte d'assurance morale qu'il jouit déjà de la magnifique récompense que St Alphonse voyait préparée à tous ceux qui vivent selon l'observance et meurent dans la Congrégation.

Le T. R. P. Strybol nous exprime plus longuement son admiration dans la lettre suivante: " Je l'ai toujours considéré comme un modèle et un saint. A St Trond, où j'étais sous-préfet, je remarquais que la grâce travaillait délicatement cette âme et que du côté du jeune mais fervent novice, il y avait la plus parfaite correspondance. Il a pu dire ou plutôt, il aurait pu dire, car à ses yeux il était l'infidélité en personne: Gratta Dei in me vacua non fuit. " La grâce de Dieu n'a pas été stérile en moi."

Plus tard, à Beauplateau, j'ai pu suivre de plus près cette âme qui devait ravir le cœur de Dieu. Je pourrais dire beaucoup sur les vertus pratiquées par le défunt, mais il faut me borner. Il avait pour Dieu un amour plus qu'ordinaire, amour qu'il a toujours manifesté par la plus parfaite observance des Saintes Règles: jamais, ni le zélateur, ni moi n'avons pu remarquer en lui la moindre transgression coupable.

Cet amour, il l'alimentait par une foi parfaite, qui animait toute sa conduite intérieure et extérieure, tous ses rapports avec le prochain, avec Dieu et nos saints Mystères. De ces deux vertus naissaient en lui une charité fraternelle toute divine et à toute épreuve : une grande confiance qui l'a soutenu au milieu des épreuves intérieures qu'il souffrit; une obéissance admirable: vertu qu'il a manifestée spécialement par une soumission aveugle au milieu des obscurités dans lesquelles il était parfois. Une seule parole du supérieur le consolait, le ranimait. Je n'ai aucun besoin d'insister sur sa grande générosité, son esprit de mortification, etc. : tout était en rapport avec son amour pour Dieu ; — ni sur sa dévotion naïve envers la T. S. V. Marie: tous ceux que vous aurez interrogés, vous en auront parlé; j'ajouterai seulement que la B. V. Marie lui a fait des grâces extraordinaires. Est-il besoin

après cela d'insister sur son union avec Dieu? elle était continuelle; sur son recueillement, son esprit de prière; la prière était sa vie. En un mot, d'après moi, c'était un vrai enfant de St Alphonse, un Rédemptoriste selon le cœur de Jésus. Aussi je suis sûr que déjà votre cher Frère contemple la gloire, la beauté de Dieu et de Celle qu'il appelait: Ma bonne Mère."

Comme le P. Alfred a considéré et choisi dans son divin Rédempteur les douze vertus assignées par la Règle de son Institut pour en faire " la base de sa perfection," les pierres fondamentales de son édifice spirituel, l'objet de ses méditations, lectures, examens particuliers et efforts constants, nous étudierons en lui de préférence la réalisation de ce beau plan de sainteté. Selon l'ordre des mois, pendant lesquels il faut s'y appliquer spécialement dans notre Congrégation; ces vertus sont la foi, l'espérance, la charité envers Dieu, la concorde et la charité fraternelle, la pauvreté, la pureté du corps et du cœur, l'obéissance ,1a douceur et l'humilité de cœur, la mortification, le recueillement, l'oraison, et enfin, l'abnégation de soi-même et l'amour de la croix. Nous consacrerons un chapitre à chacune de ces vertus.

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