‹ Une fleur canadienne dans l'Institut de saint Alphonse, ou, Notice biographique du serviteur de Dieu, le R.P. Alfred PampalonChapitre 16 sur 42 · CHAPITRE XM 0 • J · texte numérisé non relu

CHAPITRE XM 0 • J

SON RETOUR AU CANAlMXr. //

La santé du Père Alfred déclinant 'd"e"plus en plus, les supérieurs jugèrent bon de l'envoyer au Canada, espérant que l'air natal pourrait arrêter les progrès de la phtisie.

Regretté de tous, il partit de Belgique le 4 septembre 1895 et arriva à Québec le 15 du même mois, jour de la fête du Saint Nom de Marie.

Voici comment son compagnon de voyage, le R. P. Barolet décrit ce retour au pays : " Le cher Père Alfred, en traversant d'Ostende à Douvres, où la mer était fort agitée, fut très malade pendant deux ou trois heures.

A hotd du " Sardinian " nous n'avons pu avoir qu'une bien mauvaise cabine au-dessus de l'hélice; nous avons été malades tous les deux. Cependant je n'ai jamais remarqué la moindre plainte de la part du Père Alfred, il fut toujours édifiant. Matin et soir il me demandait la bénédiction. Malgré son état de faiblesse, il trouvait moyen de se glisser de son lit à terre, pour dire matin et soir trois Ave, en l'honneur de l'Immaculée Conception, et un Pater et un Ave en l'honneur de son Patron de l'année, comme le veut la Règle.

Il y avait sept ministres protestants sur le bateau; ils venaient nous voir chaque jour, à notre cabine, et plusieurs fois, ils nous ont aidé à aller prendre l'air sur le pont.

Une fois arrivés dans le golfe Saint-Laurent, quand nous avons pu voir les églises sur la côte, je me rappelle que le Père Alfred m'a proposé de faire notre visite au St Sacrement. En maladie, comme en santé, il conservait toujours ce caractère de douceur et d'affabilité qui le rendait si agréable à tous ceux qui l'approchaient.

Il m'a demandé olusieurs fois, si je l'emmènerais en mission avec moi. Je lui ai touiours dit, que je ne demanderais pas mieux, si son état de santé le lui permettait. Il m'a répété souvent que c'était là le rêve de sa vie.

J'ai aussi remarqué que tous les passagers portaient une attention spéciale au Père Alfred; et plusieurs m'ont dit qu'ils admiraient sa grande réserve et son air de bonté."

A son arrivée à Québec, le Père Alfred salua quelques parents et amis, et le même soir il était déjà à notre monastère de Sainte- Anne de Beaupré.

Quelques jours aorès son retour, il racontait son voyage à la communauté de Mons, dans une lettre que nous reproduisons.

Très Révérend Père Recteur et bien chers confrères,

Deo gratias et Marise : me voilà à Sainte- Anne de Beaupré. Nous sommes arrivés à Québec le 15 septembre.

Comme je vous l'ai déjà fait savoir, le trajet d'Ostende à Douvres m'a un peu indisposé. Pendant que je digérais ma maladie à l'arrière du bateau, je vois venir à moi un homme qui paraissait bien mis. '' Révérend Père, me dit-il, je crois que vous êtes Liguorien." — " Oui, Monsieur, répondis-je." J'avais affaire à un député fran çais, grand ami de nos Pères, grand ami aussi du Comte de Mun. Me voyant malade, il m'invita gracieusement à venir prendre quelque chose. J'ai accepté son offre si bienveillante. Arrivés à Dou-

vres, nous avons pris le train pour Londres, où nous avons logé chez nos pères. Enfin, le 5 septembre nous nous embarquâmes à Liverpool pour le Canada. Ici commence pour mon compagnon et moi un chapelet des seft douleurs. Nous n'avons pas eu de tempête, il est vrai, mais la mer était très houleuse, de sorte que nous avons été ballottés de la plus belle manière. Nous sommes restés sept jours au lit sans pouvoir nous soulager l'un l'autre. Par contre, je n'ai, pour ainsi dire, pas souffert de la poitrine. Que la sainte volonté de Dieu soit faite et non la mienne!

A l'entrée du golfe Saint-Laurent la mer se calma, et nous avons pu nous lever de notre lit des sept douleurs. C'était le vendredi matin, le 13 septembre. J'eus le bonheur de faire du bien aux âmes. Il ne me restait plus que deux jours pour exercer mon apostolat sur le bateau, car nous avions eu soin de demander la juridiction avant de nous embarquer. Il y avait à bord une personne qui professait la religion catholique. Elle était anglaise ou américaine. Elle m'a donné plusieurs chapelets à bénir, je lui ai imposé un scapulaire. J'avais heureusement apporté avec moi une petite bouteille d'eau bénite. Le Révérend Père Barolet l'invita à venir assister à la messe dans le salon des dames, car le lendemain était un dimanche. Elle vint, ainsi que plusieurs hommes.

tous canadiens, à l'exception d'un belge et d'un français. J'ai confessé en anglais, car, dans de pareils moments, nous avons le don des langues; j'ai aussi donné la communion. Voilà comment les choses se sont passées. Le bon Dieu n'envoie jamais de croix sans consolations.

Maintenant, que dirai-je du sanctuaire de la bonne sainte Anne! Tout le monde est d'accord à dire qu'il est magnifique. Le Cardinal Satolli, légat de Sa Sainteté aux Etats-Unis, étant venu à Sainte- Anne, à son entrée dans le sanctuaire n'a pu s'empêcher de s'écrier: " O quam magnificentissime! " Oh! que c'est magnifique!

Qu'il fait bon prier au pied de la statue de la bonne sainte Anne! Je n'ai pas oublié de recommander avec ferveur la chère communauté de Mons.

Quant au monastère, il a subi beaucoup d'à méliorations : nouvelle salle commune, etc.. L'oratoire est magnifique et inspire beaucoup de dévotion. En un mot, on vit heureux à l'ombre du sanctuaire de Sainte Anne-

Je termine. Très Révérend Père Recteur et bien chers confrères, en me recommandant à vos charitables prières.

Je suis en Jésus, Marie, Joseph et Alphonse,

Votre confrère et dévoué serviteur,

P. Alfred, C. SS. R."

Après s'être un peu reposé du voyage, le Père Pampalon alla rendre visite à ses parents qu'il n'avait pas revus depuis neuf ans.

On dit que tout vieillit, que tout meurt, avec les années. Pourtant, il est une chose qui vit toujours et que le temps ne peut détruire; ce sont les souvenirs du foyer paternel. Oh! qu'ils étaient restés vivaces ces souvenirs des êtres aimés dans l'âme du R. P. Pampalon. Une absence de neuf ans les avait rendus, pour ainsi dire, sacrés. Et maintenant, de retour au pays, il allait goûter de nouveau pour quelques heures les joies si pures du passé.

En compagnie de ses deux frères, prêtres, il se rendit au collège de Lévis. Quel bonheur pour le bon Père Alfred de refaire les sentiers de son Aima Mater en évoquant les souvenirs de sy première jeunesse. On le reçut avec joie et avec honneur. Le lendemain il édifia la communauté par une touchante allocution. Prenant pour texte: Pietas ad omnia utilis est, il montra que la piété doit vivifier de sa céleste influence toute la vie de l'étudiant. C'était le 25 du mois, jour où il se plaisait à considérer les mystères de l' Enfant-Dieu. Aussi, dans son entretien il parla admirablement du Verbe fait chair, de l'amour qu'il a montré aux hommes en venant parmi eux. et de la gratitude à laquelle II a droit en retour

d'un tel bienfait. Il célébra ensuite les saints mystères en présence de toute la conununauté Au témoignage dun prêtre de cette maison, sa figure était rayonnante de modestie et portait le cachet de la sainteté.

Puis, il alla s'asseoir quelques heures au cher foyer. Autrefois, son départ avait fait verser bien des pleurs. Si à son retour les larmes coulèrent, ce furent des larmes de bonheur. Son vieux, père, il est vrai, n'était plus là pour le revoir, mais il le contemplait sans aucun doute du haut du ciel. Le Père Alfred retrouvait au foyer sa seconde mère, toujours remplie de tendresse à son égard. Il retrouvait des frères et des sœurs aimés que l'éloignement lui avait rendus encore plus chers. Quelle joie pure et sainte il apportait à sa famille ! quelle légitime allésrresse de voir réunis pour la première fois sous le toit paternel, les trois frères, prêtres.

Après avoir respiré pendant quelques instants cette atmosphère du foyer, un baume de tant et de si délicieux souvenirs, il alla s'as^enouiller 5. l'église de Notre-Dame de Lévis. C'est là qu'il avait reçu le sacrement de Confirmation. Là, au pied de l'autel, il avait bien des fois répandu son âme comme jadis le jeune Samuel dans le temple de Jérusalem.

Ces visites terminées, il se retira au monas-

tère de Ste-Anne de Beaupré; c'est là, à l'ombre du sanctuaire béni de l'auguste Mère de Marie, qu'il allait, pendant une année encore, achever de tresser sa couronne de gloire et d'immortalité. Nous contemplerons Tun après l'autre, dans les chapitres suivants, les plus belles fleurs et les plus précieux joyaux de cette couronne, je veux dire,. ses admirables vertus.

Page 1