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études théologiques toute l'activité de son esprit s'est portée uniquement sur les objets de notre foi; tout le temps qu'il pouvait dérober aux soins de la vie corporelle il le consacrait à la prière, à l'étude, au ministère. Il se faisait un devoir sacré, quand il se trouvait au monastère, de lire tous les jours, quelques pages de l' Ecriture- Sainte et de la théologie, ainsi que les actes des martyrs et des saints qui " par la foi ont vaincu les royaumes et conquis les cieux." Les objets de ses méditations et lectures spirituelles sont également puisés en plein domaine surnaturel; ce sont les vertus théologales, la vie et les exemples de Jésus-Christ, de la Sainte Vierge et des saints. Il aspirait vivement à annoncer la parole de Dieu, à propager la sainte foi, aimant particulièrement à faire le catéchisme.
Qui peut dire l'influence dans un cœur d'une foi si simple, si ferme, si éclairée, si fervente? Evidemment elle a donné à sa dévotion un immense élan ; et elle a été la racine de sa force, le phare de sa vie, le fondement de ses vertus, la lumière de sa charité. Le Père Alfred n'eut jamais d'autre guide dans les voies de Dieu que la raison éclairée par la foi et son directeur de conscience. Nul moins que lui ne tomba dans l'écart de ces personnes pieuses qui prennent le sentiment pour gouvernail et pour thermomètre de leur vie :
" O mon âme, écrit-il, dans ton pèlerinage vers la céleste patrie, aie soin de te choisir un guide spirituel, mais un guide vertueux, savant, expérimenté."
Mais une fois qu'il avait arrêté prudemment le choix de son guide, il le suivait avec la plus entière fidélité, le regardant comme l'oracle du St-Esprit. Aussi tous ses supérieurs et ses directeurs ont-ils loué à l'envi sa confiance et sa courageuse docilité.
Il tenait en toute occurrence le langage de la foi : voilà un mérite qui n'est pas célébré d'ordinaire dans la vie des Saints qu'on loue d'avoir réalisé la perfection, plutôt que d'en avoir bien parlé. Mais il nous semble que la manière candide, aisée, opportune, courageuse, constante, qu'avait le P. Alfred de peser et juger toute chose selon les vues de Dieu, vaut la peine d'être signalée. On n'avait pas l'idée d'aller chercher chez lui ni la solution des problèmes scientifiques, ni des inspirations extraordinaires ou des visions, mais tout le monde s'attendait à voir s'échapper spontanément et à propos de ses lèvres, soit le sentiment tendre qu'inspire nos mystères, soit la dictée d'une conscience pure, noble, éclairée ou l'application ferme et juste de la doctrine chrétienne aux circonstances diverses. Sa franchise plus qu'ordinaire, a bien éloigné de lui, en cer-
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tains moments, ceux qui ne voulaient pas s'interdire toute critique, ou médisance, ou dépasser certaines bornes dans la perfection, mais, chose étrange, elle ne lui a pas fait d'ennemis, sans doute parce qu'on savait la pureté de ses intentions et qu'on voyait la justesse de ses paroles.
D'ailleurs il n'avait pas la manie de faire des sermons ou de donner des leçons dans les conversations, ni de porter des jugements sur ce qui ne le regardait pas, mais tout simplement il ne se gênait pas pour appliquer avec une calme vigueur aux personnes et aux choses toutes les maximes du St Evangile, de se montrer en tout ouvertement chrétien, sans jamais rougir de l'humilité ou de l'abnégation, ni mettre son drapeau en poche en taisant ses principes de conduite.
Il se peint lui-même dans une conférence donnée à nos frères de Mons, sur l'esprit de f oi : "Cet esprit de foi nous fait conformer notre vie à notre croyance, selon cette parole de l'apÔtre : Justus meus ex fide vivit : "La foi est la vie du juste," elle l'anime dans tous les détails de son existence. Elle s'empare de tout son être, le pénètre, le transforme, et réalise ainsi cette parole de St Paul: " Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi," car celui qui se laisse diriger par ce souffle divin de la foi pense, aime, parle, agit selon l'esprit de Jésus-Christ!
La foi anime, consacre et sanctifie ses pensées, ses affections, paroles et actions. L'homme de foi regarde toutes les choses dans la connaissance que Dieu en a et qu'il nous en donne par la révélation. Il apprécie les honneurs et les opprobres, la pauvreté et la richesse, les plaisirs et les souffrances, non à la lueur de notre faible raison ou aux faux jour des maximes du monde, mais à la lumière de la vérité révélée."
Il était visible à tous que les lumières de la sainte foi avaient envahi les sentiments et toute la vie du serviteur de Dieu.
D'oii lui venait sa tenue si recueillie et si respectueuse dans tous ses exercices de piété, sinon de son grand esprit de foi? Avec quelle dévotion ne traçait-il pas sur lui le signe de la croix? Les génuflexions faites posément, dénotaient l'homme intérieur. Dans le lieu saint, il tenait son regard fixé vers le tabernacle, comme s'il eût vu Jésus, caché sous les saintes espèces. Son maintien toujours grave donnait à penser qu'il était tout absorbé en Dieu. A l'autel, il paraissait comme un ange, et observait les moindres rubriques avec la plus parfaite exactitude. Son office divin était récité avec la plus profonde piété, et il plaignait les prêtres qui expédient trop promptement cette prière si salutaire. Son esprit de foi se montrait encore lorsqu'il faisait sa lecture spirituelle: sou-
vent, on le voyait interrompre sa lecteure et alors les yeux baissés, ou fixés sur la croix, les mains jointes, il semblait goûter sensiblement la parole sainte. Bref, le P. Alfred fut dans la force du terme un homme de foi, et c'est avec raison qu'on peut lui appliquer ces paroles divines: Justus meus ex fide vivit : " Mon juste vit de la foi."