SON HUMILITE
Satan armé d'une faux se présenta un jour à St Macaire. Le Saint s'approche du diable sans manifester la moindre frayeur. Aussitôt Satan laisse tomber sa faux et dit: " Macaire, tu possèdes la chasteté et moi aussi ; tu jeûnes et moi je ne mange jamais ; tu dors peu et moi je veille tou-
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jours. Mais tu as une chose que je n'ai pas: c'est l'humilité." Le P. Alfred transcrit ce trait
pour montrer, dit-il, la grandeur de l'humilité." En vérité, c'est par cette vertu que luimême s'est élevé au-dessus des démons et de tous les ennemis de son âme.
Il a laissé partout où il a passé la réputation d'un homme humble et doux. • Son P. Maître nous assure que " c'était une âme parfaitement simple, sans retour d'amour-propre; l'homme du monde le moins porté à la pose." Son Préfet nous dit:
qu'il se regardait comme l'infidélité en personne " et un confrère nous apprend qu'il resta toujours semblable à lui-même, profondément humble et pauvre à ses yeux, pendant qu'autour de lui tous le considéraient comme un miroir des plus belles vertus.
Loin de nourrir la moindre ambition, toujours il chercha les emplois les plus modestes; il aimait à obliger ses confrères, se montrant reconnaissant des moindres services et dissimulant généreusement et adroitement les manques d'égards, d'attentions et de soins. L'humilité peut seule expliquer la douceur et la paix inaltérable de son âme. Jamais il ne cherchait à briller, jamais il ne se vantait lui-même.
Les faits rapportés à sa louange ne sont venus à notre connaissance que grâce aux industries
persévérantes de ses confrères qui les dérobaient à son humilité. A la fin de sa vie, il se montra encore plus réservé dans ses paroles.
Un confrère voulait le faire parler de choses spirituelles, afin d'en prendre note pour plus tard, mais devinant son stratagème, le R. P. Alfred gardait un modeste silence, et un jour que le confrère revenait à la charge, il lui dit en souriant • ' ' Je crois que vous voulez connaître tous mes secrets."
Une autre fois qu'on lui disait qu'il ferait bien de coucher quelques détails de sa vie sur le papier, afin d'épargner de l'ouvrage au chroniqueur: " Il n'aura qu'à prendre le catalogue de la Congrégation, répliqua-t-il, tout se trouve là: les dates de la naissance, de la profession religieuse et de la prêtrise ; cela suffit. Nous devons vivre de la vie cachée."
A un bon Père qui l'appelait : La petite brebis du bon Dieu, il répondit avec un sourire respectueux : "Je suis un petit loup."
L'humilité le rendait continuellement défiant de lui-même. Peu de temps avant son trépas, quelqu'un s'avisa de lui demander s'il ne craignait pas la mort. Il répondit: " Si on n'a pas peur de la mort aujourd'hui, demain on peut en avoir peur; je laisse tout cela entre les mains du bon Dieu." Il a goûté le repos, la paix, le bon-
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henr promis par Jésus aux cœurs doux et humbles : il était content de tout ce qui lui arrivait, content de tous les procédés, des moindres charges, des dernières places, content de ses supérieurs et de tous ses confrères.
L'humilité paraissait d'une manière si frappante dans sa physionomie, dans sa démarche et dans tout son maintien, qu'en le voyant, on reconnaissait aussitôt en lui un homme sincèrement humble.
D'ailleurs, il est facile de distinguer les accents sincères de l'humilité chrétienne dans les pages suivantes écrites, mais nullement destinées par lui à la publicité: '' Qui suis-je. Seigneur, et qui êtes-vous? Qui suis-je pour m' approcher de vous? Qui êtes-vous pour daigner jeter les yeux sur la plus indigne de vos créatures? D'où vient donc. Seigneur, que je suis si orgueilleux? Qu'ai-je donc que je n'aie pas reçu de vous? Je ne suis rien, je ne puis rien. Comment oserais- je après cela m' élever? Je n'ai de moimême que le péché. Hélas! mon Dieu, ayez pitié d'un pauvre pécheur. Tout ce que j'ai : talent, esprit, science, sainteté, je vous le dois, ô Seigneur! Quoique je fasse, je serai toujours un serviteur inutile.
O mon âme! qu'on te loue, qu'on te blâme, sache que pour cela tu n'es pas plus sainte, ni plus
coupable devant Dieu; le point important est que les louanges doivent être renvoyées à Dieu, les blâmes acceptés comme bien mérités par tes crimes. Sois donc insensible aux louanges des hommes.
L'humilité te fera surmonter toutes les tentations. Elle te fera connaître ton impuissance et par là te portera à veiller sans cesse sur toi, à diriger vers le ciel de ferventes supplications. L'humilité te préservera de la présomption qui pourrait provenir de l'accomplissement de tes devoirs et de tes exercices de piété. Elle t'enseignera qu'après avoir bien fait toutes choses, tu n'as fait que ce que tu devais faire.
Je dois bien veiller sur toutes mes actions. Je ne dois avoir en vue que la gloire de Dieu, ma propre sanctification et celle des autres.
Je suis un grand orgueilleux, c'est pourquoi je dois bien veiller sur mon esprit. Je dois travailler à détruire en moi le désir de paraître, d'être estimé des autres. Autrement, je me perdrai. Je dois me persuader que je suis nullement meilleur que le prochain. Qui suis- je donc, mon Dieu? Ne dois- je pas tout ce que je suis à votre bonté, à votre miséricorde et à votre charité? A quoi me serviront les louanges des hommes, si à vos yeux. Seigneur, je suis un orgueilleux. 0 aveuglement! Ah! Seigneur, éclai-
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rez-moi sur ma profonde misère. Détruisez en raoi cet orgueil.
Qu'ai- je que je n'ai pas reçu? Et encore. Seigneur, pour tout ce que vous m'avez accordé, je me montre si peu reconnaissant. Je vous suis si souvent infidèle. Ah ! mon Dieu, ne me rejetez pas, comme je le mériterais, mais, daignez avoir pitié, de moi, ô Jésus, qui nous enseignez à être doux et humble."