‹ Une fleur canadienne dans l'Institut de saint Alphonse, ou, Notice biographique du serviteur de Dieu, le R.P. Alfred PampalonChapitre 27 sur 42 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Il nous semble que c'est à sa prompte obéissance qu'il faut attribuer pour la plus grande par-

tie la sainteté précoce et la paix perpétuelle du Père Alfred. Outre que cette vertu offre au Seigneur le plus précieux sacrifice, celui de la liberté et de la volonté propre, elle fait poser, d'une manière solide et sûre, les actes de toutes les vertus.

D'ailleurs, dans l'état religieux, toute la perfection consiste dans l'abnégation de la volonté propre. Pour un religieux l'obéissance et la sainteté sont une même chose : être obéissant c'est être saint.

Or, si l'on parcourt les souvenirs des retraites du P. Alfred on ne trouvera guère de pages oii il ne renouvelle la résolution de garder ses constitutions à la perfection; si l'on interroge les témoins de sa vie, tous sont unanimes à louer son observance régulière, et son obéissance joyeuse, prompte, exacte, aveugle, générale, constante.

Son obéissance était avant tout établie sur le grand principe que les règles aussi bien que les volontés des Supérieurs, sont l'expression de la volonté de Dieu, la pratique de l'amour, la voie de l'union divine et de la perfection, le secret de la paix et la source des mérites.

" Je dois être convaincu de cette vérité, écrit-il, que faire la volonté de Dieu, c'est ma perfection. Mon mot d'ordre doit être : la volonté de Dieu. L'expression de cette volonté, c'est

la Règle et les ordres de mes Supérieurs. Quelles résolutions dois- je prendre?

D'abord, je dois être un homme de devoir, un observateur fidèle de la Règle, foulant aux pieds tout respect humain.

Secondement, je dois être soumis à mes Supérieurs. Les écouter, c'est écouter Jésus-Christ, les mépriser, c'est mépriser Jésus-Christ. C'est pourquoi je dois bien obéir, conformer mes pensées aux leurs, mes volontés à leurs volontés, mes désirs à leurs désirs. Je dois les aimer et leur ouvrir mon cœur; je dois éviter les critiques et fermer l'oreille à toute critique.

Critiquer les Supérieurs, c'est critiquer Dieu, qui a dit aux Supérieurs: " Qui vous méprise, me méprise " ; — c'est ruiner la joie et tous les fruits de l'obéissance, parce que Dieu ne parle pas dans l'oraison à celui qui critique ses supérieurs ; il prive des lumières divines celui qui se fie trop à son jugement propre. Critiquer c'est détruire l'obéissance et la confiance dans une communauté. Le critiqueur est atteint de la lèpre comme la sœur d'Aaron, qui avait critiqué contre Moïse, ou plutôt contre Dieu. Or, la lèpre est une maladie contagieuse. De même quand un membre d'une communauté est atteint de ce mal inquiétant, il ne tarde pas à le communiquer aux autres membres d'un corps religieux. Pour moi

je veux être un religieux fervent. Entre un religieux fervent et ses supérieurs, il existe une conformité d'esprit, de volonté, et de désirs."

Le P. Alfred s'est conduit selon ces principes dans toutes les phases de sa vie. Il fut un de ses enfants qui dès leur bas âge font sans tarder, ni répliquer, tout ce que leur disent des parents chrétiens, et sont la joie et l'exemple de leur famille et des voisins eux-mêmes.

Au collège ses condisciples ont vanté à l' envi sa fidélité au règlement, son respect envers les suDérieurs et sa docilité à tous les professeurs.

Dès le premier jour de son noviciat il commença cette vie d'obéissance exacte et de parfaite régularité qu'il n'a pas cessé de mener jusqu'à sa mort. Il devait alors chaque jour se rendre à l'infirmerie pour y prendre un remède. Il y rencontrait deux confrères étudiants qui cherchèrent parfois à parler au fervent novice, mais comme la Règle le lui défendait, jamais il ne céda à la tentation.

Dans les difficultés de l'étude comme dans les peines intérieures qu'il éprouva, surtout en philosophie, il ne perdit pas courage et ne négligea pas un iota de ce qui lui était conseillé par son directeur de conscience ou par son professeur.

Devenu missionnaire, il crut qu'il ne devait rien faire sans une permission expresse de ses su-

périeurs: " Je ferai le bien qui me sera imposé par l'obéissance," c'était son principe.

Dans sa maladie, il se remit entre les mains de ses supérieurs comme un enfant se confie à sa mère, accepta, sans réclamer, le pays, les demeures, les fonctions et jusqu'aux remèdes et adoucissements qui lui furent imposés. " Son obéissance aux règles et constitutions ne fut pas moins parfaite." Il n'est pas de résolution plus souvent répétée dans ses écrits que celle-ci : " Veuxtu devenir un saint, un très grand saint? observe bien ta Règle et les prescriptions de tes supérieurs; observe les plus petites règles comme les plus grandes. Heureux celui qui aura compris cela. Celui-là aura trouvé la sainteté, puisqu'il aura trouvé et accompli la volonté de Dieu. Que l'exemple de ton angélique frère Blasucci t'anime: " Je renonce, disait-il à devenir un saint, si je me permets de transgresser la moindre règle," tant il était convaincu que sa Règle était la voie ainsi que le moyen pour arriver à la sainteté.

Je veux tendre à la plus grande perfection dans l'observance de chacune des règles et l'accomplissement de chacun de mes exercices."

Ma sainteté, je dois la faire consister essentiellement dans l'observation de mes Règles et Constitutions et des prescriptions de mes Supé-

rieurs. C'est le sentiment de mon St Patron '^e Tannée, St Bonaventure. " La meilleure perfection, dit-il, c'est de faire les choses communes d'une manière parfaite." Notre Père St Alpîii'nse ne pense pas autrement: " Faites, dit-il, vos exercices de piété ordinaires avec le plus de perfection possible." J'aimerai Dieu, j'accomplirai sa sainte volonté; je ferai son bon plaisir pour autant que je m'appliquerai à bien observer mes Règles, les Constitutions et les ordres de mes Supérieurs."

Il avait transcrit et fait siennes ces belles sentences de St Jean Berchmans :

" Plutôt perdre la santé, plutôt mourir que de violer la plus petite règle."

" Il faut haïr comme la peste toute dispense en matière de règle."

Tout en acceptant en paix les dispenses qui lui étaient imposées, le P. Alfred n'hésitait pas à suivre la vie commune jusqu'au bout de ses forces.

Qu'il était touchant de le voir durant -sa dernière maladie. Incapable de monter les escaliers pour aller avec la communauté faire la méditation à l'oratoire, en présence du St Sacrement, il demandait au cher frère infirmier d'avoir la complaisance de l'y transporter, et ce dernier acquiesçait toujours volontiers à son désir.

Comme nous l'avons vu, tout était également important dans la Règle aux yeux de notre fervent religieux, pour la raison qu'il la regardait dans ses moindres détails comme l'expression de la volonté divine, à laquelle il se soumettait avec une grande simplicité d'esprit et de cœur.

On peut affirmer que sa devise était de faire le plus grand cas des moindres observances, et que sa vie consistait à y répondre en tous points, tellement que s'il y eut quelque chose d'extraordinaire en lui, — et tous en conviennent, — ce fut la manière souverainement parfaite avec laquelle il obéit jusqu'à la mort.

" Jamais, déclare le T. R. P. Strybol, son préfet d'études, ni le zélateur, ni moi, n'avons pu remarquer en lui la moindre transgression volontaire à la Règle."

Quelques jours avant sa mort, le R. P. Allard, son Recteur, disait: " je n'ai jamais vu un malade comme le P. Alfred; jamais il ne transgresse une règle, jamais il ne fait entendre une plainte." " Tel aussi je l'ai connu moi-même, ajoute un confrère, pendant les quatre ans que j'ai vécu avec lui à Beauplateau; toujours content du bon Dieu, toujours scrupuleusement fidèle aux moindres règles, aux plus petites coutumes, aux simples désirs de ses supérieurs."

Peu de temps avant de paraître devant son

souverain juge, le Père Alfred fit à un de ses confrères cette déclaration remarquable: " Jamais je n'ai volontairement violé une seule de mes règles.-'

Benoit XIV disait qu'il n'hésiterait pas à canoniser un religieux novice mort au bout de son année de probation, s'il lui était démontré qu'il n'avait jamais enfreint la Règle.

Cette fidélité à sa règle, pendant cinq ans, a sufii pour élever sur les autels un saint Jean Berchmans. Le Père Alfred Pampalon, lui, a vécu dix années de vie religieuse sans jamais enfreindre volontairement la moindre de ses règles; cela seul lui assure une gloire impérissable dans l'opinion de ceux qui l'ont connu et nous donne l'heureuse espérance de lui voir décerner un jour par le jugement de l'Eglise les honneurs de r autel.

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