UNE FLEUR CANADIEN'.VE
pluie continue pénètre et féconde nu 'ux un champ que l'orage violent mais passager. Sa mortification fut constante, universelle, toute subordonnée à l'obéissance.
Ce n'est pas une légère mortification de suivre en tout et des années durant, avec un corps malade, le régime d'une communauté religieuse, d'observer tous ses jeûnes et abstinences, de se lever de grand matin, au premier son de la cloche; de se tenir à genoux, les mains jointes, pendant plusieurs demi-heures d'oraison par jour; de se contenter de ce qui est servi à table sans jamais rien réclamer, même si on l'oubliait: d'éviter toute exception; de se contenter de ce qu'il y a de plus pauvre et de plus simple pour l'entretien, même dans la maladie. Cette constante régularité est un vrai crucifiement et le P. Alfred, qui l'a gardée, pouvait bien écrire: " Je veux imiter St Jean Berchmans : Ma pénitence à moi est de suivre la vie commune, de me conformer à la communauté et d'éviter toute singularité! Ma devise sera de faire grand cas des moindres choses; à tout jamais j'aurai de l'horreur pour les moindres imperfections contraires à la chasteté, comme serait le penchant à la gourmandise, la négligence à veiller sur mes yeux, tant à la maison qu'au dehors."
Avant sa dernière maladie, aux pénitences
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communes, il ajoutait le jeûne du samedi en l'honneur de Marie ; plusieurs fois par semaine, il portait des chaînettes de fil de fer garnies de pointes aiguës, et se flagellait avec une discipline faite de cordes durcies.
Il sacrifiait quelque chose de chaque mets pour honorer les jeûnes de Jésus et laissait son dessert entièrement les mercredis, vendredis et samedis. On le voyait souvent prendre son repas asc's par terre ou à genoux, prier les bras en croix; jamais, étant assis, il ne croisait les jambes ou les pieds, ou ne se tenait nonchalammant sur son siège.
Porter les yeux toujours baissés, garder un extérieur toujours composé et ses sens toujours réglés, se refuser sans ombre de tristesse toutes les joies sensibles qui se présentent, comme le faisait le serviteur de Dieu, c'est bien plus que les grandes pénitences extérieures, la marque d'une âme crucifiée à elle-même avec Jésus-Christ.
Il excella particulièrement dans la mortification des passions. Sa douceur fut remarquée dans tout le cours de sa vie. Ses compagnons de collège, comme ses confrères en religion, sont unanimes à dire: " On ne l'a jamais vu se fâcher." Ni dans l'entraînement 'des jeux, ni au milieu des taquineries ou reproches qu'il eut à subir, il ne s'irrita ou ne se troubla.
Il ne céda pas davantage à la tristesse, ni à l'abattement, mais dans toutes les épreuves, il conservait une pleine tranquillité d'âme; sa figure, sa démarche, ses paroles indiquaient toujours une maîtrise absolue et facile de tout lui-même.
La curiosité ne le dominait pas : s'il étudiait avec ardeur, c'était uniquement pour faire la volonté de Dieu et se rendre apte à sauver les âmes. Nul n'était moins que lui curieux des nouvelles du monde ou des secrets d' autrui. Si l'on considère l'attention soutenue avec laquelle il réprimait les écarts de ses sens, la diligence et la ferveur qu'il mettait dans toutes ses actions, la généreuse correspondance qu'il donnait à l'action de Dieu sur lui, le zèle de la vie commune qui T enchaînait à tous les détails de la Règle, on n'aura pas de peine à convenir que sa vie religieuse fut une pénitence continuelle, et que vraisemblablement, par ce renoncement constant à lui-même, plus coûteux à la nature que les austérités corporelles, il a dû abréger la longueur de sa vie.
Le P. Alfred avait transcrit dans ses notes cette belle pensée: " La virginale pureté est un lis qui, pour croître et s'élever odorant et magnifique, ne se contente pas de l'eau féconde de l'oraison et des sacrements, mais veut encore être entouré des épines de la mortification et de la pénitence."
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Pour continuer la même image, on peut dire que les épines de la mortification du P. Alfred ne furent pas longues, mais qu'elles furent nombreuses. Or, comme dit Louis Veuillot: " Le petit sacrifice de tous les instants, l'obscur petit sacrifice des petites joies et des petites aises de ce monde est le plus grand de tous les sacrifices, lorsqu'il est soutenu et renouvelé avec un plein consentement du cœur. C'est le dernier comble de la grandeur humaine."
Ce fut à ce comble de la grandeur humaine que s'est maintenu le P. Alfred par l'universelle modestie et la prudence surnaturelle qu'il a toujours observée.