DE LA
Congrégation du Très Saint Rédempteur.
en quelques années la possession d'un royaume éternel.
Le 8 septembre, fête de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie, après une retraite de quinze jours, il eut la consolation de revêtir les livrées des enfants de St Alphonse. Alors commença pour lui l'année de noviciat, qui, chez les Rédemptoristes, est exclusivement consacrée à la formation intérieure du religieux : Méditations, prières vocales, lectures et conférences spirituelles, visites au Très Saint Sacrement et à la Ste Vierge, travail manuel par manière de délassement: voilà à peu près le bilan de la journée au noviciat. Mais ces exercices sont échelonnés le long du jour dans une succession si heureusement variée qu'il n'y a pas à redouter l'ennuyeuse uniformité. Aussi le novice fervent trouve volontiers que les heures s'envolent trop vite, et ne lui laissent pas assez de temps pour prier. Notre Alfred fut un de ces heureux insatiables. La pensée de Dieu, de l'éternité, de sa perfection faisait l'objet presque continuel de ses pensées. Il goûtait et voyait combien le Seigneur est doux, combien il est aimable à celui qui le cherche dans la sincérité de son cœur.
Cette ardeur infatigable à chercher Dieu, jusque dans les moindres points de la Règle, apparaît dans toute sa conduite. " Dès le noviciat,
écrit un de ses confrères, j'ai remarqué en lui une généreuse ponctualité dans l'accomplissement de tous ses devoirs. Sa santé déjà affaiblie, et sujette, surtout durant l'hiver, à différentes incommodités, ne l'empêcha jamais de suivre exactement le train commun, et de rester pour tous un modèle de régularité. Quel soin minutieux il mettait à remplir les différents offices que lui imposait l'obéissance! Quelle charité dans son empressement à aider les autres ! Le Père Maître cherchait vainement une occasion d'exercer son humilité en lui faisant quelques reproches devant ses confrères. Sa grande dévotion à la Très Sainte Vierge est un fait ignoré de personne parmi ceux qui ont vécu avec lui. Je le vois encore à la chapelle du noviciat, longtemps, très longtemps à genoux devant l'image de Notre Dame du Perpétuel Secours, et le regard doucement fixé sur sa bonne Mère."
Napoléon a dit quelque part: " Il y a plus de gloire à se vaincre soi-même qu'à mettre toute l'Europe à ses pieds." Longtemps avant lui, l'Esprit Saint avait dit au livre des Proverbes: La force qui éclate dans la patience est plus admirable que celle qui prend les villes d'assaut." Cette force, ou, si on l'aime mieux, cette énergie de volonté, notre novice l'eut à un haut degré, car ce ne fut pas sans avoir longtemps et courageuse-
ment lutté contre lui-même qu'il arriva à s'établir dans la tranquillité d'une âme parfaitement maîtresse d'elle-même. Or cette paix intérieure qui couronne de longs et toujours pénibles combats contre r amour propre, Alfred Pampalon en jouissait avant d'être arrivé à la fin de son noviciat.
Ecoutons à ce sujet le témoignage de son Père Maître, le R. P. Fr. Tournay :
Vous demandez quelques renseignements sur l'aimable Alfred, nous écrit-il. Certes je l'ai bien dans ma mémoire et je me souviens très distinctement de mes relations avec lui. Mais après tant d'années (10 ans), et après en avoir vu tant d'autres, il me serait malaisé d'entrer dans beaucoup de détails.
Ils m'arrivèrent sept du Canada en une même fois. Je trouvais que le nombre était par trop respectable pour les attendre à la maison et, contrairement à nos usages, je pris sur moi d'aller les recevoir à la gare.
" Je vois encore Alfred à sa descente du train, calme et silencieux comme il devait toujours être, et cherchant posément ses bagages.
" Dès le premier jour il se mit à la besogne et commença cette belle vie d'obéissance et de régularité parfaite dont vous avez pu admirer le couchant.
"La caractéristique de cette belle âme,
c'était la fidélité au devoir par principe d'amour. C'était une âme parfaitement simple, sans retour d'amour propre sur elle-même; de là sa paix sans préoccupation des agissements d' autrui, de là son inaltérable douceur envers tous. Dans cette tranquillité que l'humilité faisait en lui, l'union avec Dieu était chose facile, et je sais qu'il y fut lidèle. Je me souviens d'une question qu'il vint me proposer un jour, et qui ne m'est jamais sortie de la tête, tant elle dénotait chez lui d'innocence, de vigilance sur lui-même, et de bonne volonté à se renoncer en tout. Ce n'est pas de chasteté qu'il s'agissait pourtant. Et sa vie s'écoula ainsi, toujours la même, attentive à Dieu, douce aux hommes, calme et pacifique avec lui-même. Rien de saillant à nos yeux, car il était l'homme du monde le moins porté à la pose, mais vivant tout caché en Dieu avec Jésus -Christ."
Ce portrait nous montre à quelle hauteur de vertu s'était élevé notre fervent novice. La grâce travaillait merveilleusem^rit dans son âme, mais lui se serait fait un crime de ne pas y apporter la plus parfaite correspondance. Or les vrais serviteurs de Dieu savent seuls ce qu'il faut de courage persévérant pour ne jamais se démentir dans cette fidélité de tous les moments, à une grâce qui pousse sans cesse à l'immolation totale de ce moi qui est en nous. Le jeune Alfred pour
son compte, avait pris au pied de la lettre cette parole de Notre-Seigneur : '* Si quelqu'un veut venir après moi, qu"il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix chaque jour et qu'il me suive." Toute la sainteté est là.
Cette constante fidélité à tous les devoirs et à toutes les grâces, loin de fatiguer et d'accabler cette âme généreuse, faisait plutôt sa félicité, comme il le déclare dans la page suivante, où il fait l'histoire de sa vocation:
" Là où j'ai compris plus clairement les desseins et la bonté de Dieu sur moi, écrit-il, ce fut pendant mon année de noviciat. Que de fois n'aije pas apprécié dans ma solitude le grand bienfait de ma vocation ! Que de fois dans mes méditations Dieu ne m'a-t-il pas fait comprendre le danger que j'aurais couru si je n'avais répondu aussitôt à sa grâce, et le danger auquel je m'exposerais en voulant retourner dans le monde! Oui, je le dis en toute sincérité, jamais je ne saurais assez témoigner ma reconnaissance et mon amour envers ce Dieu si bon et si digne d'être aimé, jamais je ne saurais assez le remercier d'un si grand bienfait. Ainsi éclairé des bienfaits de Dieu, ma vocation n'eut guère à souffrir de difficultés au noviciat, et les attaques de mon ennemi ne purent l'ébranler. Toujours j'ai éprouvé de la joie d'avoir choisi un état si heureux, état qui m'as-
sure la paix ici-bas et le bonheur éternel dans l'autre vie; toujours j'ai apprécié cette vérité: " j'ai choisi la meilleure part " : optimam partem elegit."
C'est un point de règle dans la Congrégation, que la veille du jour de l'an, on assigne à chaque religieux, par la voie du sort, un patron spécial, pour l'année qui va commencer. Or, le premier patron échu à notre pieux novice fut l'Enfant Jésus. Ce fut une grande joie pour sa tendre piété. Laissons-le lui-même nous dire son bonheur dans une supplique : " O mon aimable Jésus ! je m'approche de votre crèche pour vous adorer, et vous témoigner ma reconnaissance et mon amour. O bon Jésus! vous avez voulu vous choisir vous-même pour devenir mon Patron. Quelle confiance un tel acte d'amour doit m' inspirer envers vous! Quel avantage pour moi de penser plus souvent à vous! Je voudrais vous remercier autant que vous le méritez. O Jésus, mon amour, comment ne pas vous aimer, moi qui vous dois tout? Je vous aime, je vous aime; maintenant je ne veux plus vivre que pour vous aimer.
Votre enfant,
Fr. Alfred Pampalon."
Cet amant de l' Enfant-Dieu se réjouissait de voir arriver le 25 de chaque mois, jour consacré,
au noviciat, à célébrer la naissance et l'enfance du divin Rédempteur par des chants pieux et de touchantes cérémonies. En ce jour, on voyait notre fervent novice s'agenouiller au pied de la crèche, et y demeurer des heures en contemplation, rendant ses justes hommages à son aimable Jésus.. Il n'oubliait pas de lui offrir une supplique, selon la coutume du noviciat. On a trouvé dans les papiers qu'il a laissés, quelques-unes de ces requêtes : il y exprime les plus beaux sentiments d'affection, de reconnaissance et de confiance. Citons-en quelques courts passages: "0 mon Jésus ! je vous aime, je voudrais sans cesse demeurer ici au pied de votre crèche, pour vous prier et vous montrer de quel amour mon cœur se sent rempli pour vous . . .
" O mon bien-aimé Jésus! quelles adorations, quel amour, quelles actions de grâces ne vous dois-je pas pour tout ce que vous avez fait pour moi! Vous m'avez aimé d'un amour infini, n'est-il pas juste que mon cœur brûle d'amour pour vous? Oui, je vous aime, je vous aime pour vous, pour vos amabilités, et je ne veux pas cesser de vous aimer toute ma vie. Aimable Jésus, je me consacre à vous; soyez désormais mon amour, mon espérance, l'objet de tous mes désirs."
Quelles grâces notre novice demandait-il spé-
cialement dans ses requêtes à l' Enfant-Dieu? Il lui demandait surtout de pouvoir l'imiter le mieux possible, afin de lui plaire davantage. Il voulait obtenir une parfaite pureté de cœur, une profonde humilité, une piété solide, un vif amour pour son Dieu, une parfaite conformité à la volonté divine, etc. Et dans sa charité, les grâces, les vertus qu'il demandait pour lui, il les demandait pareillement pour ses supérieurs et ses confrères.
L'année de probation touchait à sa fin, et le frère Pampalon entrevoyait déjà l'aurore du jour où il allait consommer son sacrifice à la divine Majesté, par l'émission des trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Il s'y prépara par une retraite de quinze jours.
On ne lira pas sans édification quelques-unes des pensées et résolutions qu'il prit alors, afin de toujours vivre en parfait religieux:
" La fin que je dois me proposer, écrivait-il, est de me bien connaître: nosce teifsum. De plus, je dois avoir la plus vive horreur pour le péché qui déshonore Dieu et contriste l' Esprit- Saint: Colite contristare Spiritum Sanctum. Ce ■qui attriste l'Esprit-Saint ce n'est pas seulement îe péché mortel, c'est encore le péché véniel. Je dois donc penser que si, par négligence, je n'observe pas les Règles, même les plus petites, je vais
attrister l'Esprit-Saint et mériter ses reproches: Celui qui est négligent dans les petites choses. se négligera dans les grandes." Il est donc de 111 -n plus grand intérêt d'observer les plus petites régies comme les plus importantes.
Ne vaut-il pas mieux servir Dieu avec ferveur et s'assurer par là l'amitié du Seigneur et le bonheur éternel que de le servir avec tiédeur, de s'attirer par là la colère de Dieu, et de mettre son salut en danger?
Pourquoi suis-je venu ici? N'est-ce pas pour me sanctifier et travailler à la sanctification du prochain? Or, ma sanctification est dans l'observance des vœux et de toutes mes règles.
Comment donc me sanctifierai- je, si je vis dans la tiédeur, et si je fais mes exercices de piété sans ferveur? Il est sûr que je ne travaillerai pas avec efficacité au salut des âmes, si je suis en horreur à Dieu, par ma négligence. Il est donc avantageux pour moi de bien accomplir tous mes exercices de piété, de m'exercer en tout à la pratique d'une grande ferveur.
Quel grand malheur pour un religieux de perdre sa vocation ! Quelle terreur il éprouvera à l'heure de la mort! Pour éviter un tel malheur, ne vaut-il pas mieux dire avec St- Ambroise : "Le plaisir de mourir sans peine, vaut la peine de vivre sans plaisir."
Dieu nous a faits pour lui : Il s'est immolé et II est mort pour nous; n'est-il pas juste que nous l'aimions, que nous mêlions nos souffrances aux siennes, et que nous l'imitions en tout? Si je veux devenir parfait, je dois aimer Dieu, et la mesure de ma perfection consistera dans la mesure de mon amour pour Dieu. Je serai d'autant plus parfait, que je serai imitateur plus fidèle de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le seul et véritable idéal que le religieux doit se proposer d'imiter, c'est Jésus-Christ, c'est-à-dire qu'il doit marcher sur ses traces, foulant aux pieds tout ce qui est terrestre, et aimant à vivre pauvre, humilié et mortifié, par amour pour son divin Maître." C'est dans ces beaux sentiments que, le jour de la Nativité de la Très Sainte Vierge, le 8 septembre 1887, notre pieux novice se donna pour toujours au divin Rédempteur, par la profession religieuse et l'émission des vœux perpétuels de pauvreté, de chasteté et d'obéissance.
Le voilà enfin irrévocablement consacré à son Dieu. Les biens de la terre, il les a mis sous ses pieds, il a fermé son cœur aux joies mondaines, il a enchaîné sa liberté à l'obéissance.
Nous allons maintenant, durant les trop courtes années de sa vie religieuse, contempler et admirer son inviolable fidélité aux sacrés engage-
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ments qu'il a pris avec Dieu au jour solennel de sa profession.