‹ Une fleur canadienne dans l'Institut de saint Alphonse, ou, Notice biographique du serviteur de Dieu, le R.P. Alfred PampalonChapitre 7 sur 42 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE SCOLASTICAT.

Le noviciat terminé, le frère Alfred Pampa- Ion se rendit au monastère de Beauplateau, près Tillet, dans le Luxembourg belge. Il devait, dans cette maison d'études, compléter sa formation religieuse et scientifique par deux années de philosophie et quatre de théologie.

S'il faut au prêtre une vertu bien affermie, la science ne lui est pas moins nécessaire pour le mettre à la hauteur des obligations du ministère sacré qu'il lui faudra exercer auprès des âmes.

Durant ces années de solitude et de labeur, les vertus de l'humble frère Pampalon vont s'épanouir sous les yeux de ses jeunes et nombreux condisciples. La vraie vertu a beau chercher l'obscurité et l'oubli, sa lumière rayonne à travers le voile de l'humilité, et commande au moins le respect, si elle ne provoque l'admiration des hommes. Vivre en communauté, sous les yeux d'une centaine de témoins, et n'être jamais, six longues années durant, surpris en la moindre faute contre les minutieuses prescriptions d'une

Règle très détaillée, voilà certes la marque d'une vertu peu commune. Or de l'aveu unanime de ses condisciples, la vertu du frère Alfred Pampa- Ion portait cette glorieuse marque.

" Durant ses études théologiques, raconte un de ses condisciples, le frère Alfred sut allier le travail le plus opiniâtre à la piété la plus ardente. Il étudiait, non pour satisfaire la curiosité naturelle de savoir, mais pour faire la volonté de Dieu. Aussi n'aurait-il jamais voulu négliger sciemment un iota des conseils donnés par le professeur pour le succès de ses études. Il s'appliquait à toutes les branches enseignées, avec une égale ardeur. Lui arrivait-il de heurter une difficulté, il allait humblement demander des explications, soit auprès de son professeur, soit auprès de ses condisciples. Avec des talents bien ordinaires, il réussit cependant, à force de travail et de prière, à rivaliser avec les meilleures intelligences de sa classe." Et pourquoi l'Esprit-Saint n'aurait-iT pas éclairé d'une façon particulière ce jeune homme qui cherchait la science dans des vues si hautes et si pures? Ce qui nous porte à le croire, c'est qu'il comprenait mieux les vérités spirituelles que les sciences humaines. En tout cas, pouvait-on lui appliquer le mot de St Augustin : Amor est oculus: Son cœur lui ouvrait l'esprit à la lumière qui, chez lui, n'allait jamais sans cha-

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leur, sans amour pour les belles vérités qu'il étudiait. Du reste, le règlement que le frère Alfred Pampalon nous a laissé, par rapport à sa manière de procéder, et en théologie morale et en histoire ecclésiastique, nous donne assez le secret de ses succès dans ses études.

Nous croyons faire plaisir au lecteur en le donnant ici :

La gloire de Dieu, ma propre sanctification, le salut du prochain seront l'unique fin que je me proposerai dans mes études. Je veux nourrir en moi l'esprit de componction. Je ferai à Dieu amende honorable pour tous les crimes qui se commettent dans le monde et qui brisent son divin Cœur. Je m'adresserai aussi à Marie et je dirai à cette bonne Mère de jeter un regard de pitié sur les pauvres âmes et de les ramener à la pénitence.

Je prendrai pour devise: Eœ amore Jesu, Mariœ, Joseyhi et Alphonsi. " Tout par amour pour Jésus, Marie, Joseph et Alphonse." St Alphonse sera mon patron.

Dans mes difficultés, j'aurai soin de recourir à la prière, de consulter le professeur et des confrères plus éclairés que moi.

En classe, je serai attentif à la récitation et à l'explication de la- leçon, prenant note de ce que i^ ne comprendrai pas.

Je réciterai ma leçon sous une forme intelligente et soignée.

J'étudierai avec intelligence, c'est-à-dire, avec un esprit sérieux. J'approfondirai chaque question avec ses raisons intrinsèques et extrinsèques. Je ferai mienne l'opinion de St Alphonse. Je m'appliquerai donc à chaque question, sachant bien que très nombreux seront les cas qui peuvent se présenter dans l'exercice du ministère; ainsi je me rendrai utile, en toutes circonstances, à l'âme du prochain.

Je répéterai souvent ma Morale, c'est à ce prix que j'apprendrai quelque chose."

Sa manière d'étudier l'histoire ecclésiastique ne diffère que dans les points suivants :

" En étudiant, j'aimerai à voir le cours de la divine Providence; j'exalterai ainsi la Sagesse infinie de Dieu, disposant tous les événements avec une suavité toute-puissante.

" Je m'appliquerai à me faire une vue d'ensemble sur toute l'histoire ecclésiastique, afin de pouvoir y rattacher les faits que j'apprendrai, soit dans le cours des conversations, soit dans mes différentes études.

" Je me livrerai surtout à l'étude approfondie de certaines questions dont les ennemis de la religion dénaturent la réalité, pour combattre l'Eglise. J'apprendrai donc ces questions, afin

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de me rendre ainsi apte à défendre à roccasion notre mère la Ste Eglise."

Ces méthodes prouvent un esprit d'étude sérieux et surnaturalisé. Suivies avec la constance qu'il savait apporter en tout, elles valurent au P. Alfred des succès que ses talents ne semblaient pas lui promettre.

Les rapports du P. Pampalon avec ses confrères, durant ces six années, furent empreints de la plus franche cordialité, d'une charité sincère, dégagée de toute feinte, sans ruse ni détours, sans contrainte ni réserve, et assaisonnés dune douce gaîté et d'une candeur charmante.

Il voulut toute sa vie ignorer jusqu'à l'ombre même de la dissimulation et de la duplicité! S'il disait franchement sa pensée, c'était avec tant de candeur que les plus susceptibles n'auraient pu se trouver blessés. D'ailleurs ses conversations habituelles roulaient sur la piété. Jamais un mot de médisance, ni de critique contre le prochain: n'empêche cependant qu'il savait rondement blâmer une faute, tout en réservant les intentions du délinquant.

Les étudiants rédemptoristes n'ont pas toujours le bouton électrique à leur portée pour sonner les laquais au besoin. Ils se rendent mutuellement les menus services que réclame la vie de conomunauté : garnir les lampes, aérer les classes.

etc. Longtemps le frère Alfred fut chargé du soin des lampes; et bien qu'en hiver ses mains fussent couvertes d'engelures, il ne voulait jamais laisser ce soin à un autre et remplissait sa charge avec la plus grande diligence. A le voir à la besogne, on pensait à St Jean Berchmans, remplissant le même emploi et souffrant lui aussi de douloureuses engelures.

Le frère Alfred ne connaissait ni les excès de la joie, ni les abattements de la tristesse. Il trouvait dans la rare énergie de sa volonté, et surtout dans son union intime avec Jésus-Christ, une égalité d'humeur qui ne s'est jamais démentie; aussi ses confrères l' avaient-ils en grande estime. Il avait une façon si pieuse de parler de Marie en l'appelant toujours " la bonne Mère," que les étudiants avaient fini par lui donner ce surnom à lui-même: on l'appelait: " la bonne Mère," ou bien: " la petite brebis du bon Dieu." 'Et en vérité, c'était une bonne et douce brebis dans le bercail du divin Pasteur. Jamais, dit-on, il n'a causé de mécontentement à personne, pas même aux plus difficiles. Sa vie semblait planer audessus des misères humaines. On ne remarquait pas en lui ces petites défaillances dont les plus fervents ne savent pas toujours se défendre.

Faudrait-il croire, cependant, que cette douce -"brebis du Bon Dieu " ne fut jamais marauée du

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signe de la croix? Qu'on s'en garde bien! Ce fut plutôt par ce sceau divin que le bon Pasteur imprima dans l'âme de l'élu de son cœur la ressemblance de ses vertus.

Les premières années de son séjour à Beauplateau furent affligées par de pénibles inconmiodités corporelles et les sentiers de la philosophie, épineux à presque tous les débutants, furent longtemps bien rudes pour lui ; mais son courage opiniâtre lui fit vaincre tous les obstacles et forcer les abords de cette science.

Toutes ces peines et difficultés, qui sont le partage de bien d'autres, n'étaient rien auprès des angoisses et des ténèbres dans lesquelles son Dieu jaloux l'ensevelit, et le retint longtemps pour le purifier, comme dans une espèce de purgatoire. Heureusement pour le soutenir et le guider dans les voies, parfois bien douloureuses, de ce monde mystérieux, le Dieu de miséricorde avait placé près de lui deux hommes selon son cœur, le T. R. P. Dubois, qui fut dans la suite consulteur du Rme Père Général et auteur de " l'Exemplarisme divin " et le T. E. P. Strybol, plus tard Provincial de la Province Belge de notre Congrégation.

Sous la conduite de ces sages directeurs, le P. Alfred endura vaillamment son martyre intérieur, durant quelques années. " Au milieu des

épreuves intérieures et des obscurités qu'il eut h traverser, écrit le R. P. Strybol, il se soutint et triompha par une immuable confiance en Dieu et une soumission aveugle à ses guides spirituels. Une seule parole de son Préfet le consolait et le ranimait. Je puis ajouter que la Ste Vierge lui a fait des grâces extraordinaires."

Après avoir été purifié dans ce purgatoire, il était introduit dans le paradis des divines consolations. Un jour serein succédait à la nuit et éclairait son âme d'une céleste lumière.

Mais le soleil levant ne fait pas que chasser les ténèbres : il réveille la nature ; les flots argentins des rivières semblent jouer avec ses rayons; la surface tranquille des lacs reflète l'éclat de ses feux; les fleurs répondent à son sourire; les oiseaux saluent à l'envi son lever de leurs chants joyeux.

En reluisant dans l'âme du P. Alfred, après la nuit de l'épreuve, le soleil de la grâce sembla y répandre des flots de vie, de chaleur et de paix. Cette âme candide devint comme transparente sous les rayons divins; au moindre souffle du ciel elle s'épanouissait, priait et chantait.

Depuis cette époque, et malgré une certaine pauvreté d'imagination et de style, le P. Alfred abondait, sans effort, en conversations pieuses; il s'épanchait dans des lettres débordantes d'une

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charité fraternelle toute surnaturelle. Il eut en partage une facilité étonnante à exprimer les sentiments, les désirs, et les résolutions de son âme, ainsi qu'à formuler de nombreuses et longues prières, qui nous semblent un fruit spécial du don de piété et la marque d'une sainteté avancée. Ce qui surprend davantage, c'est qu'il osa produire des poésies, poésies assez médiocres, sans doute, mais nécessaires, en quelque sorte, pour mieux épancher sa piété.

Son talent de faire des vers se révéla d'une manière qui surprit et amusa tous ses condisciples: Le R. F. Vanhoeydonck venait de s'envoler vers un monde meilleur. Un confrère demanda au R. P. Alfred, par manière de plaisanterie, de composer une poésie sur le regretté et vertueux jeune homme, s'engageant à récompenser chaque vers par la récitation d'un chapelet. La proposition fut acceptée, mais on s'attendait à un essai infructueux. Quel ne fut pas l'étonnement du pauvre étudiant, quand quelques jours après, le R. P. Pampalon lui apporta triomphant une pièce de près de trois cents vers, avec cette humble inscription : Non ego feci, sed Jésus, Maria, Joseph fer me : " Ce n'est pas mon œuvre, mais l'œuvre de Jésus, Marie, Joseph! Tout le monde admira cette verve poétioue et 'plaignit le malheureux confrère qui avait endossé

la rude besogne de la récitation de tant de chapelets. Loin de se déconcerter, cependant, ce dernier fit une copie de la longue pièce pour le R. P. Préfet et y ajouta des vers flamands dont voici la traduction :

' ' Voilà comment la vertu chante la vertu Et l'innocence célèbre l'innocence.

Vraiment c'est un ange qui adresse à un ange Le cantique de la louange."

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