I. Esprit du Carmel
Une Carmélite est une âme liée à Jésus-Christ en qualité d'épouse qu'il s'est choisie et toute appropriée, pour l'appliquer à rendre par état hommage à tous ses états passibles, pour être comme substituée à sa vie mortelle. Sa vocation est de perpétuer sur la terre la vie cachée du Verbe incarné, dans ses qualités de victime, d'adorateur et de médiateur. Jésus lui donne une grâce proportionnée à cette sublime vocation, cjui perpétue d'une manière admirable la divine Maternité de Marie. Cette auguste Vierge fut honorée au Carmel comme
2o8 UNE FLEUR DU CARMEL.
future mère de Dieu, longtemps avant sa naissance ; c'est pourquoi 1" Ordre du Carmel ne reconnaît point d'autre chef que Marie ; c'est son Ordre, parce que la ple'ni^ude de la grâce d'une si e'minente vocation ne pouvait être donne'e à une autre qu'à Marie.
L'Ordre du Mont-Carmel est donc par un choix divin, un Ordre d'âmes choisies, Ue'es au Verbe fait chair, pour vi\Te en lui de cette vie cachée, pau\Te et laborieuse qu'il menait sur la terre, et pour être avec lui victimes de charité pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, par la perfection avec laquelle elles remplissent tous les devoirs de cette sublime vocation. Telle a été l'intention de sainte Thérèse, qui nous dit que son dessein dans sa réforme, a été de rétablir la splendeur de l'Ordre du Mont-Carmel, afin qu'en gardant sa règle et les conseils évangéliques avec toute la perfection possible, ses filles soient en état de sauver les âmes et de soutenir l'Eglise.
Ainsi donc, pour une Carmélite, la perfection n'est plus arbitraire, elle s'y est vouée, elle s'y est engagée ; elle doit y tendre sans relâche. Elle est obligée de soutenir l'Eglise, non par sa prédication, mais par sa perfection, par ses prières dans le silence du désert et dans l'obscurité. Elle sort de sa voie quand elle cesse de tendre au plus parfait.
Pour entrer dans l'esprit de sa vocation, une Carmélite doit être une âme intérieure, une âme d'oraison, très solidement fondée et exercée dans une humiUté profonde ; dun entier détachement, d'une mortification universelle et constante, et d'une obéissance aveugle et sans réserve : quatre vertus qu'on peut appeler les éléments de la vie intérieure. C'est une âme morte et ensevelie au monde, qui est crucifié pour elle et pour qui elle est crucifiée. Une Carmélite doit être morte à ses sens, à ses désirs, à sa nature, à tout amusement ; c'est un cœur à Dieu sans
partage, un esprit toujours appliqué à Jésus-Christ sans division ; c'est une victime de charité, une pénitente publique pour les péchés du monde, un supplément journalier des devoirs dûs au Créateur, et si peu rendus par la créature ; c'est une réparatrice perpétuelle de la gloire de Dieu, une copie vivante de Jésus-Christ crucifié, qui, en lui, par lui et avec lui, devient sur le Carmel une médiatrice de la conversion des pécheurs ; qui s'offre à la miséricorde divine comme pleige et caution pour eux ; c'est un Moïse sur la montagne, tenant ses mains élevées vers le ciel, afin d'obtenir la victoire aux chefs des armées du Seigneur qui combattent dans la plaine ; c'est une âme altérée du salut de ses frères ; c'est un Elie en zèle, un ange en pureté, un Jean-Baptiste en austérité, une Thérèse en amour. Son centre est l'abjection ; son plaisir, la souffrance ; la pauvreté, sa richesse ; le silence, sa force ; l'oraison, son aliment ; et l'amour, sa demeure immuable.
C'est à la perfection de cet amour que doit tendre une CarméHte, destinée qu'elle est à soutenir l'Êghse et à procurer le salut des âmes. L'amour seul peut en elle égaler et souvent surpasser les travaux des autres.
C'est à elle spécialement que s'adresse cette parole du Sauveur : " Demeurez dans mon amour." L'état permanent de la divinité est de se reproduire, de s'aimer. Voilà l'état de la Carmélite ; contempler l' Homme-Dieu dans ses perfections, ses mystères, ses vertus ; les reproduire en elle par imitation ou conformité, être en quelque sorte transformée en Jésus-Christ par l'amour, de manière qu'il vive en elle, et qu'elle vive en lui par une union perpétuelle : voilà sa vie.