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CHAPITRE XV

THÉRÈSE DE jÉSUS REND COMPTE A SA MÈRE DE LA CÉRÉMONIE DE SA VETURE.

Carmel de Reims, 19 Octobre 1873.

Ma bien chère et bien bonne maman,

Que le Cœur de Jésus, notre tendre Époux, nous embrase et nous unisse de plus en plus !

Enfin le grand jour est venu ; enfin le Seigneur a fait éclater ses miséricordes ; enfin je ne suis plus une petite postulante, mais une novice Carmélite ! Ah ! mère chérie ! quel bonheur ! Et comment vous le décrire ? Ma plume n'en est pas capable, et mon cœur, trop plein, se refiise à dire tous ses sentiments de joie et de reconnaissance, à la vue d'un tel bienfait du bon Dieu. Quand je pense que c'est moi, la pauvre petite Hermine d'autrefois, si dissipée, qui par son peu de piété vous donnait de l'inquiétude, qui pensait si peu à aimer le bon Dieu, quand je pense que c'est la même créature qui est ici au Carmel, conduite, par la main de la Providence^ du Canada en France ; que je suis revêtue par la trèssainte Vierge du même Saint Habit qu'elle a choisi pour sa famille privilégiée ; que sainte Thérèse me reçoit pour sa fille ; que Notre-Seigneur me veut pour son épouse et veut que je n'aime plus que lui ; que moi aussi je ne veux

plus aimer autre chose que lui, ah ! quand je considère toute la conduite du bon Dieu sur mon âme, les larmes de reconnaissance coulent de mes yeux et je m'écrie : Mon bon Jésus ! que vous avez e'té bon ! P^t pourquoi tout cela ? C'est pour je vous aime ! P>h ! l'amour de mon cœur est-il donc quelque chose de bien grand pour que vous fassiez tant pour le gagner ? Ah ! c'en est fait ! je me donne tout à vous, tout entière ; et je n'aimerai plus que vous.

Ma très-chère maman, remerciez aussi le bon Dieu de votre côté, de tout ce qu'il fait pour l'enfant que vous aimez tant, et que vous lui avez généreusement donnée. Ne vous repentez plus de lui avoir accordé ce qu'il vous demandait, mais priez, priez pour que votre sacrifice ne soit pas sans fruit, que votre enfant devienne selon le désir de son Cœur sacré une épouse pleine d'amour, une véritable Thérèse.

La touchante cérémonie a eu lieu, Comme notre bonne Mère vous l'avait annoncé, le 13 courant ; je m'en vais tâcher de vous dédommager du sacrifice qu'il vous a fallu faire en n'y pouvant assister, par un récit aussi fidèle que je pourrai de cette fête si chère.

D'abord j'ai été en retraite les trois jours précédents. Comme je l'ai appréciée cette retraite ! Il me semble que je n'en ai jamais faite d'aussi bonne. J'étais si bien dans la solitude ! Et puis au Carmel, tout a un caractère particulier. Combien de fois je me disais : si ma bien-aimée était ici, comme elle jouirait de pouvoir faire une retraite à son goût, sans distraction extérieure, sous la conduite de Mères si éclairées qui vous apprennent si bien à aimer le bon Dieu ! J'ai pensé tout de même que vous aviez fait une petite retraite en union avec votre petite fille, et j'ai beaucoup prié pour que vous en profitiez.

Mais enfin, ma chère maman, le beau jour est arrivé ;

VOUS pouvez penser que je ne dormis pas beaucoup la nuit qui l'a précédé. Ah ! comme je fus contente quand je vis les premières lueurs de l'aurore m'annoncer que le jour de mes fiançailles était arrivé, qu'enfin j'allais fouler solennellement aux pieds toutes les vanités du monde, que j'allais m'unir à Jésus qui voulait s'unir à moi.

Au Carmel, la prise d'habit se fait, comme je vous l'ai déjà dit, avec beaucoup de solennité. Toute cette cérémonie extérieure a un but surnaturel, qui est de faire bien comprendre à celle qui en est l'objet, qu'elle renonce à elle-même, à la nature et aux plaisirs de la terre, pour embrasser la pau\Teté, le renoncement et la pénitence de la religion.

La postulante est parée comme une mariée ; au monastère, on lui décerne tous les honneurs ; elle préside au chœur, à la récréation, au réfectoire. On orne sa place de fleurs, et toute la journée on a licence en son honneur.

A midi, elle sort du monastère, elle demeure en dehors de la clôture jusqu'à l'heure de la cérémonie. Alors, elle se rend à la chapelle extérieure, conduite par ses parents.

Là, elle a un siège d'honneur. Elle entend le sermon de circonstance, puis elle revient à la porte conventuelle, laquelle étant ouverte, laisse voir toutes les religieuses en costume entier, manteaux blancs et voiles baissés, tenant des cierges à la main. La postulante entre. Après avoir embrassé ses parents, et salué l'assistance, elle baise à genoux un crucifix qu'on lui présente, pour lui rappeler que ce qu'elle veut, c'est la croix du bon Jésus. Puis conduite par la Révérende Mère Prieure, elle se rend au chœur, précédée de toute la Communauté qui chante pour elle : O Gloriosa Domina

Au chœur, on lui adresse quelques questions ; après y

avoir répondu, elle va, toujours conduite par la Révérende Mère Prieure, se dépouiller de tous ses vains ornements et revient revêtue de la robe de bure et de la toque (qui est une espèce de guimpe) ; elle porte aussi les alpargates ou sandales. Alors elle s'agenouille à la grande grille, et là, on bénit les habits, voile, ceinture, manteau, scapulaire, croix, et on l'en revêt aussitôt.

Quand la bénédiction est faite, elle se prosterne, les bras en croix, sur un tapis au milieu du chœur, pendant qu'on prie pour elle ; les prières étant finies, la Révérende Mère jette de l'eau bénite sur elle ; puis la touche de la main. Alors l'heureuse novice se relève et va baiser le miheu de l'autel du chœur, puis la main de la Révérende Mère Prieure ; et pendant qu'on chante le Psaume ** Qu'il est doux à des fi-ères de vivre ensemble ", elle va embrasser chacune de ses sœurs, ensuite elle revient s'agenouiller à la grande grille, la figure couverte de son grand voile et reçoit la bénédiction du Saint Sacrement, laquelle étant donnée, les religieuses entonnent le Psaume " Deus misereatur nostri," qu'on chante en sortant du chœur, pour terminer la cérémonie.

Voilà l'exposition en gros de la prise d'habit au Carmel, ma très-chère maman. -Venons-en maintenant à vous parler de la mienne en particulier, à laquelle nos bonnes Mères ont voulu donner une solennité toute particulière. J'aurais voulu que vous eussiez été ici, ma bien-aimée, et que vous eussiez pu voir tous les soins que nos bonnes Mères ont pris afin que tout fût bien pour leur enfant du Canada. Je vous ai déjà dit, ma chère mère, que notre Révérende Mère avait prié Monseigneur l'archevêque de me donner lui-même le saint habit. C'était là un grand honneur. Ici l'archevêque est si universellement respecté, que sa présence à une cérémonie lui donne une toute particulière solennité. Monsei-

gneur y avait consenti, mais nous ne comptions pas sur une épreuve que le bon Dieu nous re'servait.

Voilà que trois semaines avant la cérémonie, Monseigneur après s'être trop échauffé dans un discours en plein air, que son grand zèle pour ses ouailles lui avait fait prononcer, est pris dans la nuit de douleurs si grandes, qu'on a été rempli de frayeur, croyant que ces douleurs étaient peut-être l'annonce d'une plus grande maladie. Comme nous avons toutes été inquiètes pendant longtemps pour une santé si précieuse ! Que de prières nous avons adressées au ciel pour la conservation de notre bon Père ! Nous avons été exaucées dans une partie de nos désirs. Le danger qu'on craignait a disparu ; mais Monseigneur est resté dans un état de langueur et de douleurs rhumatismales qui le tiennent inactif à la maison, bien contre son gré ; car il est rempli d'un grand zèle pour son troupeau, et il est doué d'une activité et d'une énergie naturelles qui sont peut-être bien la cause de ce qu'il n'est pas revenu, aussitôt que nous l'aurions désiré, à une parfaite santé. Les pauvres médecins ont de la peine à obtenir de Son Excellence (i) le repos qui lui serait nécessaire.

Mais pour en revenir à la cérémonie. Il était impossible de compter sur la présence de Monseigneur ; je le sentais bien et je me résignais à la volonté du bon Dieu, qui voulait m'envoyer cette épreuve d'autant plus pénible que j'attachais un grand prix à voir les saints habits bénis par un archevêque, un représentant du Saint-Père, un successeur des apôtres.

Mais voyez la tendre délicatesse de notre chère Mère. Si vous l'aviez vue, on aurait dit que c'était elle-même, que ce désappointement touchait ; aussi fit-elle tout pour

(1) Titre des archevêques de Reims.

en dédommager sa petite fille, sa petite Canadienne, comme elle m'appelle. Elle écrivit une petite lettre à Monseigneur pour lui donner à entendre, que s'il ne pouvait pas venir, comme nous nous y attendions, nous serions cependant bien contentes qu'il voulût permettre qu'on annonçât sur les petits billets d'invitation qu'on envoie dans ces occasions parmi les connaissances de la communauté', la pre'sence de Son Excellence, comme subordonnée à l'état de sa santé : " Ainsi, ajoutait cette bonne Mère, on verra que si vous ne pouvez, Monseigneur, donner vous-même en personne le saint habit à notre chère enfant et honorer ainsi la fondation canadienne dont elle est la première fleur, du moins vous lui donnez de cœur cette bénédiction par les mains de votre représentant."

J'ai été bien touchée de voir cette tendre sollicitude de notre Mère. Mais je l'ai été encore plus quand j'ai vu que, non contente de ce qu'elle venait de faire, cette chère Mère a voulu encore que je ne fusse aucunement privée de la bénédiction épiscopale. En conséquence, dimanche, veille de la cérémonie, tous les Saints-Habits sont envoyés à l'archevêché avec recommandation de choisir un moment où Monseigneur se trouverait moins souffrant, pour lui demander une grande bénédiction. Monseigneur s'y est prêté avec une grande charité. Ainsi donc j'ai un Saint-Habit qui est béni par de bien saintes mains, celles de Monseigneur. Ce n'est pas tout, Notre- Seigneur ménageait toutes sortes de consolations à son indigne petite épouse. Il a permis que le remplaçant de Monseigneur fût un de ses Grands Vicaires, frère de notre Mère, qui faisait pour la première fois une cérémonie de ce genre ; de sorte que comme vous le pensez bien, il y a apporté une attention toute particulière. Oh ! comme nos bonnes Mères prennent à tâche de remplacer, autant

qu'il est possible, ma petite mère du Canada ! vous le voyez, mère chérie, par tout ce que je viens de vous dire. Et combien d'autres traits de bonté' touchante ne faudrait-il pas raconter pour vous faire bien connaître leur tendre sollicitude ? Je me bornerai à vous en raconter quelques-uns seulement pour vous rassurer sur le sort de Tenfant que vous aimez et qui vous aime tant, et pour vous porter à bien aimer aussi celles qui sont si bonnes.

Te vous ai dit, ma chère maman, en vous exposant la cérémonie, que les parents présentent eux-mêmes leur fille au Seigneur, en la conduisant à la porte d'entrée. Moi qui ne connaissais pas cette cérémonie, je m'inquiétais fort peu d'être seule, je me réjouissais même de ne pas vous y voir, à cause du sacrifice que cet acte aurait renouvelé dans votre cœur maternel. Mais nos bonnes Mères ne voulaient pas que leur enfant parût abandonnée. Alors notre chère Maîtresse demanda à sa bellesœur, Madame E. L., une des premières dames de Reims, de vouloir bien servir de mère à la petite Canadienne ; cette excellente dame s'y est prêtée avec une grande bonté ; elle voulut même, aussitôt que la proposition lui fut faite, agir en véritable mère et envoyer à la Communauté un gâteau de mariée pour honorer les noces de sa fille adoptive.

Mais comme j'avais sollicité longtemps d'avance, la grâce de faire en ce beau jour la dépense du réfectoire, et que nos Mères avaient bien voulu m'accorder ce plaisir, on a beaucoup remercié Madame L. Elle a de nouveau insisté pour un autre jour et il a fallu accepter ; seulement comme on avait eu des gâteaux pour deux jours avec ceux de la fête, on a demandé à cette bonne dame d'envoyer en place, des poissons ou des grenouilles ; alors elle a envoyé et des poissons et des grenouilles. J'étais bien confuse de tant de bonté ; je l'en ai

remerciée de mon mieux dans une petite lettre, mais j'ai surtout remercie' le bon Je'sus, que je bénis de tout cœur, d'avoir inspiré un si grand intérêt pour une petite fille comme moi. Cette excellente dame est venue vers deux heures et demie, une demi-heure avant la cérémonie, pour faire un peu connaissance avec sa fille. Nous avons beaucoup parlé de vous, mère chérie, j'ai assuré madame L. de votre reconnaissance pour ce qu'elle faisait pour votre enfant. Elle m'a chargée de vous saluer pour elle et a dit qu'elle prierait pour vous. Au moment de la cérémonie, à trois heures, elle m'a conduite par la main à la chapelle extérieure, au prie-Dieu. Il y avait un grand nombre de personnes qui, apprenant le pays de la postulante, étaient venues pour la voir.

Quand les Vêpres ont été récitées, notre bon Père Tourneur, notre Père confesseur, a donné le sermon. Il en a fait un magnifique dont il a eu la bonté de m' envoyer la copie. On est en train de le copier de nouveau pour vous l'envoyer, ma très-chère maman, afin que vous puissiez aussi jouir un peu de cette belle fête.

Vous verrez, en le lisant, quel zèle ont nos bons Pères pour les âmes confiées à leurs soins. Je ne saurais vous dire, bien chère mère, tout le bien que ce cher Père Tourneur m'a fait depuis que je suis ici ; aussi je l'aime beaucoup.

Le clergé était aussi très-nombreux, il y avait plusieurs grands vicaires, plusieurs autres prêtres et trois bons Pères Jésuites qui, apprenant la prise d'habit de la Canadienne, sont venus y assister pour remplacer le P. Braun à qui je n'ai pas pu apprendre la bonne nouvelle, n'ayant eu de lui aucun signe de vie depuis près de deux mois et demi qu'il est venu. En tout, il y avait bien onze ou douze prêtres. Après le sermon, ils sont venus m'ac-

compagner à la porte conventuelle suivis de toutes les autres personnes.

Quel bonheur pour mon cœur, ma très-chère maman ! Comme il palpitait de joie de voir enfin s'ouvrir les portes de son cher cloître ! Je ne puis assez vous le faire comprendre, je n'aurais jamais cru qu'il fût tel. On me le disait bien ici, mais j'étais loin de me figurer ce qu'il était. J'avais peine à contenir les transports de m.a joie, quand ensuite j'ai été' me dépouiller de toutes mes vanités, quand j'ai été revêtue de ceite bienheureuse robe, de ce saint scapulaire, de ce voile béni, de tout enfin, et puis quand j'ai été prosternée sur le tapis ; oh ! que je n'ai eu garde d'oublier celle que j'aime plus que moi-même ! que de grâces j'ai demandées pour cette bien-aimée, qui ne vous est pas inconnue, pour mes frères chéris, mes oncles, mes tantes, pour Monseigneur l'archevêque, notre cher cousin, pour les petites cousines privilégiées de mon cœur : je les ai toutes demandées pour le Carmel, abandonnant tout, bien entendu, à la sainte volonté de mon Jésus.

Après la cérémonie, il a fallu aller au parloir se montrer à toutes ces personnes. Ça n'en finissait plus de recommandations. On m'appelait Ma Mère, très-respectueusement, ce qui me faisait un peu sourire. Puis quand tout le monde fut contenté, bien contente je me retirai auprès de mon Jésus, méditer sur le bonheur du jour.

Après souper, vint, la récréation pendant laquelle je chantai ma joie en un cantique que j'avais essayé de composer et qu'une de nos bonnes sœurs avait eu la charité de corriger. Je vous l'enverrai dans une prochaine lettre.

Voilà, chère maman, l'histoire de ce jour à jamais béni. Il ne faut pourtant pas que j'omette un détail qui vous intéressera peut-être. Je vous disais que nos bonnes Mères avaient eu la bonté de me permettre de faire la

dépense du réfectoire. C'était un grand plaisir pour moi qui aime tant à régaler le monde, tenant un peu de vous, mère chérie, en cela ; malheureusement je n'ai pas pu avoir tout comme je l'aurais voulu ; nos Mères craignaient toujours que je ne fisse des extravagances, et notre sainte Règle ne permettant pas de choses recherchées au réfectoire.

Ce que nous avions donc, ce niétaient pas vos beaux pâtés aux huîtres, vos blancs manger, vos gelées si délicates, ni vos bonnes charlottes russes. C'était bien simple cependant, sortant de l'ordinaire de la cuisine du Carmel. Nous avions des grenouilles, que j'ai trouvées excellentes, puis venait pour second plat des tartes au lait, c'est-àdire, des espèces de custard, comme on dirait chez nous. Pour dessert, il y avait des fruits secs, des figues sèches. J'avais bien envie d'avoir des confitures, et j'avais prié notre Mère d'en faire acheter. Mais ne voilà-t-il pas qu'on me dit que c'est contre la Règle de manger des confitures au réfectoire !

J'aurais voulu vous envoyer un peu de gâteau du jour ; mais j'y renonce, pensant avec raison qu'il ne vous arriverait plus comme gâteau, mais comme pierre. Le mieux, c'est que vous veniez vous-même goûter du gâteau de la Carmélite à sa profession. Mais guérirez-vous pour cela ? Mère chérie, soignez-vous bien pendant tout l'hiver ; je suis inquiète sur votre compte.

Qu'avez-vous donc, ma bien-aimée ? Vous ne m'avez pas tout dit, bien sûr. Il faut que ce soit sérieux pour vous empêcher d'aller à Montréal. J'aimerais bien savoir plus de détails sur une santé qui m'est si chcre ; ne manquez pas de m'en donner et surtout de suivre bien mes recommandations.

Je vous envoie, en place du gâteau, quelque chose qui^

je crois, le remplacera bien pour votre cœur de mère. Je

pense que vous ne rejeterez pas tout-à-fait la photographie ci-jointe. C'est à la bonté de notre Révérende Mère que vous la devez, ma chère maman. C'est elle qui a pensé à vous procurer cette consolation.

Ainsi donc, pendant que j'étais hors de la clôture, de midi à trois heures, une voiture m'a conduite avec une de nos sœurs tourières, ma sœur Clémence, chez un photographe. Pendant que l'opération avait lieu, je me figurais vous voir, ma très-chère, et en conséquence, je faisais un de mes plus beaux sourires. Mais je vois avec désappointement que j'ai voulu si bien faire que je n'ai rien fait du tout. N'importe, ma chère maman, vous y reconnaîtrez bien votre petite Thérèse de Jésus qui vous aime tant. Je me suis fait photographier avec tout le costume. Notre Mère a même désiré que je misse le voile noir de solennité ; ordinairement on porte un voile plus court, et pendant le noviciat on a un voile blanc

Priez pour moi, afin que je reconnaisse tant de grâces que le Seigneur me fait.

Adieu, mère chérie, je ne saurais vous dire comme je vous aime dans le Sacré-Cœur de notre aimable Maître. C'est dans cette demeure sacrée que je vous laisse, en me disant comme toujours,

Votre fille bien affectionnée,

Thérèse de Jésus.

Xovice Caitnélite indigne.

SŒUR IKFRESE DE JÉSUS. 35c

Cantu]::e chanté par The r se de Jésus le soir de sa prise dliahit.

(Sur lair : " Tar les chants les }}<ui niagnijlqves.'')

Je chante la tendresse extrême Du Roi des cieiix en ce beau jour, (^ui veut de la pauvreté même

Devenir l'Époux plein d'amour

Mais trop faibles sont mes louanges.

Mon cœur désire d'autres chants :

Oh ! venez, célestes phalanges, Aidez mes efforts impuissants.

Jésus de la reconnaissance Toujours accepte l'humble accent, L'humble merci de l'indigence Et le bégaiement de l'enfant.

Ce tribut, son Cœur le réclame

Oh ! que j'aime un devoir si doux !

Viens donc, à ton tour, ô mon âme Redis l'amour de ton Époux.

Trop longtemps je fus infidèle A l'appel de mon Bon Pasteur :

Il me cherchait... et moi rebelle Je fuyais loin du vrai bonheur....

Et lui, malgré ma résistance.

Sur mes pas versait les bienfaits Il vit enfin mon inconstance Céder à ses divins attraits.

C'était trop peu pour sa tendresse ; Jésus pour moi brûlait d'amour :

Il voulait, malgré ma faiblesse, S'unir mon âme sans retour.

Et plus tendre, plus ineffable

Sa voix m'enivrait de bonheur

J'aimais mon Jésus tant aimable, Ses charmes ravissaient mon cœur.

Puis de bien loin, dans cet asile, Sa douce main me transporta ; La mer à sa voix fut docile Pour son enfant du Canada.

Et je suis dans l'Arche bénie,

Abri des vierges du Carmel !

Près de vous, famille chérie.

Je ressens Tavant-goût du ciel !

Il poursuit son œuvre si chère, Jésus mon époux adoré ; Et du Saint Habit de sa Mère, Lui-même, il vient de me parer.

O Jésus : à toi sans partage Je m'abandonne en ce beau jour. Et je veux toujours davantage Pour toi me consumer d'amour.

A garder ma sainte promesse.

Tendres Mères, daignez m'aider J'attends tout de votre tendresse, Et je ne puis trop espérer.

Ah ! je suis bien sous votre égide !

Près de vous, près de mon Jésus

Vers son Cœur, votre cœur me guide

Que puis-je désirer de plus ?

Eh ! si j'avais de l'éloquence, Il me serait doux de chanter Cet élan de reconnaissance

Que j'ai tant besoin d'exprimer

Mais vous comprendrez mon langage,

Bien que l'art y soit étranger

Jésus seul est tout mon partage.

Je ne vivrai que pour l'aimer.

Et maintenant, ô mon bon Maître, Entends mes accents suppliants !

Viens, viens, m'aider à reconnaître Tant d'amour, tant de soins touchants.

Pour mes sœurs, pour mes tendres Mères, Ton enfant réclame à genoux.

Tes dons, tes grâces les plus chères Et ton sourire le plus doux.

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