CHAPITRE XVIL
LA FLEUR DU CARMEL EXHALE SON PLUS DOUX PARFUiM. (Relation des Cannélites.)
/. Fête d'une Mère. — Le bouquet vivant.
Dès les premiers instants de son séjour parmi nous, nous pûmes appre'cier tout ce qu'il y avait d'aimable et de délicat dans le caractère de ma sœur Thérèse de Jésus ; dès lors aussi, nous sentions nos cœurs s'attacher doucement à cette chère petite sœur que Notre-Seigneur nous donnait ; oh ! qu'elle va mettre de joie parmi nous, nous répétions-nous l'une à l'autre, et chacune avait à dire un petit mot qui venait confirmer l'opinion de toutes.
C'était justement l'époque où, depuis plusieurs années, le Cœur de Jésus rassemble notre petit Carmel près de notre Révérende et Mère bien-aimée, et où, sous le regard de ce bon Maître, nous faisons en son honneur une de ces fêtes de famille, qui resserrent toujours la douce union de nos cœurs. Rien ne fait rêver au Ciel comme ces jours bénis ; on sent un courant de paix, de joie, d'affection, qui ne peut être qu'un écho de la patrie ; chacune a besoin d'épancher sa reconnaissance et de redire bien haut ce qu'elle confie si souvent à Jésus, dans le secret de la prière : il y a ce jour là des fleurs et des chants, il y a surtout l'harmonie des âmes et le sourire de Jésus.... C'est plus qu'il n'en faut pour être heureuse !
Mais cette année, un charme nouveau s'y ajoutait : notre chère petite Canadienne e'tait là, et sa présence donnait encore quelque chose de plus frais à notre fête. On aimait à la rencontrer avec son aimable sourire, prenant avec un cœur si joyeux et une activité si charmante sa part dans nos modestes préparatifs. O ma Mère, quel beau petit bouquet vivant Notre Seigneur vous envoie,
disait une de nos sœurs à notre Révérende Mère Un
bouquet vivant ! cette heureuse pensée fournissait un thème ; il fut bien vite accueilli et mis à exécution. On revêtit la chère enfant des livTées du Carmel qu'on avait ornées de fleurs ; son voile, son scapulaire en étaient gracieusement parsemés, et c'est ainsi parée qu'elle fit son entrée dans la salle où nous attendions notre révérende Mère.
Elle devait rester cachée par trois des plus grandes d'entre nous jusqu'au signal convenu.
Jésus Enfant avait été choisi comme protecteur de cette petite fête : il la présidait dans un berceau de verdure, et c'est à lui que s'adressaient nos chants et nos vœux pour notre Mère bien-aimée...
Regardez ici dans la plaine Les anges descendus des cieux, Redisant à perte d'haleine Ce cantique mélodieux :
Gloria in Excehis Deo.
Leur h}Tnne en ce jour d'allégresse Trouve un écho dans ce Carmel, Et notre voix avec i\Tesse Entonne leur joyeux noël :
Gloria in Excehis Deo.
Jésus vient vous fêter, ma Mère, Il vient sourire à nos accents, Et sa présence tute'laire Rend encore ce jour plus charmant :
Gloria in Excelsis Deo.
Mais de sa divine visite Sachons recueillir les douceurs ; Voyez, son regard nous invite A solliciter ses faveurs :
Gloria in Excelsis Deo.
Oui, pour notre Mère chérie ' Entourons le divin Enfant, Et de sa tendresse infinie Réclamons les plus doux présents :
Gloria in Excelsis Deo.
C'est que seul il peut, le bon Maître Payer la dette de nos cœurs ; Nul autre ne peut reconnaître Tant de soins, d'amour, de labeurs :
Gloria in Excelsis Deo.
Oh ! c'est lui qui nous l'a choisie ! Il la voulait sur ce Carmel, Arrosant la vigne chérie De ce jardin béni du ciel :
Gloria in Excelsis Deo.
Et nous, fleurs du divin parterre Puissions-nous après tant d'amour, Toujours consoler notre Mère Et pour Jésus croître toujours :
Gloria in Excelsis Deo.
Et puis un jour dans la patrie Comme les anges, les élus, Avec notre Mère chérie Nous redirons près de Jésus :
Gloria in Excelsis Deo.
Pendant qu'on chantait ce cantique, notre bonne Mère cherchait des yeux et réclamait sa petite Canadienne.
Mais la petite Canadienne se cachait plus encore et ne soufflait mot ; seulement cette sollicitude maternelle éveillait sur ses lèvTes un sourire de reconnaissance et de bonheur.
Enfin, le signal fut donné.... Il nous semble encore voir l'élan joyeux de notre sœur et la simplicité charmant© avec laquelle elle saluait notre Mère, pendant que nous chantions ces couplets improvisés en hâte pour la circonstance :
Ain : H est né le divin Enfant.
REFRAIN
Ah ! déjà le divin Enfant Vient exaucer notre prière....
Oui, déjà le divin Enfant Vous offre ce joli présent !
C'est dans un autre continent Que naît cette fleur printannière ; C'est dans un autre continent Qu'on trouve ce bouquet charmant.
Jésus pour cultiver ce plant Vous réclame, ma bonne Mère, Jésus pour cultiver ce plant Choisit le cœur le plus aimant.
Accourez, cher bouquet vivant, Embrassez notre tendre Mère, Accourez, cher bouquet vivant Sur ce cœur qui vous aime tant.
Justement, quelques jours avant, on nous lisait une lettre dans laquelle une de nos sœurs était chargée d'embrasser notre Mère. Ce qu'entendant ma sœur Thérèse de Jésus, elle nous dit tout bas : "Oh ! que je voudrais bien recevoir une pareille commission ! " Nous n'avions garde d'oublier son désir en cette belle occasion. Mais il nous faut renoncer à dépeindre son transport en ce moment ; il faut l'avoir vue pour se figurer combien elle était gracieuse et affectueuse en se jetant dans les bras de cette Mère bien-aimée qui l'enlaçait si tendrement aussi !
C'était une des plus chaudes journées de l'été, et nous craignions que nos lourds vêtements ne fussent bien pesants pour ses membres déhcats ; aussi voulait-on l'en décharger bien vite ; mais son regard suppliant implorait
une prolongation que notre Re'vérende Mère ne put lui refuser : elle conserva donc toute la journée le Saint- Habit. On est si bien, disait-elle, sous la bure du Carmel.