‹ Une Fleur du CarmelChapitre 145 sur 159 · Mortification de Théi^èse de Jésus · texte numérisé non relu

Mortification de Théi^èse de Jésus

Notre chère enfant s'e'levait avec un grand courage au-dessus des faiblesses de sa petite et frêle constitution : elle craignait toujours de trop s'e'couter, de donner trop à la nature, et plus d'une fois elle fut reprise pour avoir négligé les pre'cautions ou les soulagements qu'on avait crus nécessaires.

Habituée chez elle à une vie très-douce et très-facile, elle dut beaucoup souffrir du changement si complet qui se présenta pour elle au Carmel ; mais rien n'étonnait son courage, et si on l'eût laissée faire, elle aurait embrassé tout d'un coup les austérités de la règle et au-delà, comme plus d'une fois elle en sollicita la permission. La nourriture commune et grossièrement apprêtée lui paraissait trop agréable. Elle la trouvait excellente et se reprochait sans cesse sa sensualité, disait-elle, sa gourmandise.

Les malaises que ses fréquents maux de tête lui occasionnaient, n'étaient pas capables de l'arrêter ; elle remplissait, quand même, tous ses petits emplois, en particulier l'office des lampes et chandeHers, à l'exemple de saint Louis de Gonzague. Elle était très-active, ne perdait pas un moment, et nous assurait que l'exercice dissipait ses petites souffrances habituelles. Les premiers froids lui furent fort sensibles, et néanmoins il fallait veiller sur elle pour la faire vêtir et chauffer autant que le besoin le demandait.

D'elle-même elle eiit craint de se trop préserver contre la souffrance. En toute rencontre, elle se demandait si une Carmélite ferait telle ou telle chose, et la réponse la plus sévère lui semblait devoir être adoptée.

Quand, une huitaine de jours avant sa mort, nous remarquâmes le prompt et extraordinaire amaigrissement qui fut le début de sa maladie, ou plutôt qui signala la

dernière période d'un mal qu'elle portait depuis longtemps, notre Révérende Mère fit appeler monsieur notre médecin. Il conseilla l'usage d'aliments gras ; mais la physionomie de la pauvre enfant prit une telle expression de douleur qu'il n'insista pas davantage, persuadé que la violence qu'elle de\Tait se faire pour obéir à cette prescription lui serait plus nuisible que le remède ne pourrait lui être utile. Pourtant, le bouillon gras fut adopté.

Toutes les pratiques de pauvreté de la sainte Religion, si nouvelles pour elle, la remplissaient de joie. Se priver de toutes les choses de la terre autant que possible, pour posséder Jésus et avec lui les trésors célestes, quel bonheur 1 son cœur l'avait compris : " J'aime tant la sainte Pauvreté maintenant, disait-elle ; autrefois je ne la comprenais pas. Et son amour pour Jésus, le désir de lui plaire en l'imitant, la portait à la pratique de toutes les vertus religieuses avec un entrain, une bonne volonté, un élan de toute son âme.

7j. Ses progrès dans rhuinilité.

L'humilité lui devint aussi pleine d'attrait. " J'étais si orgueilleuse, disait-elle, et Jésus me donne des sentiments d'humilité que je n'ai jamais eus ; ils me font tant de bien ! J'en suis tout étonnée, ajoutait-elle, oh ! que c'est beau l'humilité ! J'aurais toujours voulu être plus aimée, plus estimée que les autres, et maintenant j'aime le sentiment de mon néant."

Après sa mort, on trouva parmi ses papiers une petite note, où elle exprime de la manière suivante ses sentiments d"humilité :

" Comment pourrais-tu, ô ma misérable pécheresse, t'estimer quelque chose et croire qu'on te doive des égards. Mets toi à la dernière place, c'est plus que tu ne mérites.

*' Quand on t'humilie, pense à ce que tu es, à tes nombreux pe'chés. Quand on a la charité' de t'adresser une bonne parole, pense qu'on a pitié de toi, et sois bien reconnaissante de la charité qu'on a eue. Quand on n'a pas l'air de te remarquer, pense que tu ne mérites pas d'être dans la compagnie de ces saintes religieuses. Étonne-toi justement de vivre encore. Comment toutes les créatures ne s'élèvent-elles pas contre toi pour te punir de tes crimes ! Comment la terre peut-elle te supporter, monstre d'iniquité ! Mon Dieu ! faites-moi la grâce de me connaître moi-même, je vous en conjure par les douleurs de mon sauveur."

Page 1