A MONTRÉAL
La Sœur Thérèse de Jésus, nous l'avons vu, consacrait son patrimoine à la fondation d'un Carmel au Canada.
On se rappelle les difficultés qu'elle rencontra, même de la part des Carmélites de Reims. Ces difficultés devaient s'aplanir avec le temps ; mais la mort prématurée de Thérèse de Jésus semblait rendre impossible pour toujours la fondation si désirée. Il n'en fut pas ainsi ; et la preuve que cette mort fut précieuse devant Dieu, c'est qu'elle servit efficacement à faire accepter l'établissement d"un Carmel à Montréal.
Les extraits suivants nous feront connaître les difficultés que cette fondation rencontra d'abord et comment la divine Providence disposa insensiblement les cœurs et les événements pour l'accomplissement de ses desseins.
Difficultés que rencontre la fondation du Car- MEL de Notre-Dame du Sacré-Cœur de la part des Carmélites.
Carmel de Reims, 15 Août 1872.
Nous désirons vivement que toutes les parcelles de notre vie et de notre être soient uniquement consacrées à l'amour et à la plus grande gloire du bon Dieu. Mais malgré toute notre bonne volonté, malgré tout l'intérêt que nous portons à l'œuvre que vous nous proposez et tout le désir que nous éprouvons de le voir réussir, nous nous voyons forcées par les circonstances, à vous dire qu'il ne nous est pas possible de l'entreprendre, ni d'y concourir autrement que par nos prières.
Nous ne sommes pas en nombre suffisant pour entreprendre cette . fondation qui demande des sujets que le bon Dieu ait tout particulièrement choisis et préparés. Pour nous personnellement, mon Père, puisque vous exprimez le désir de nous voir y prendre part, je suis maintenant trop vieille pour songer à d'autres voyages qu'à celui de l'éternité !
Sans doute, je ne compte pas encore un nombre d'années qui puisse me forcer à demeurer là, mais des infirmités précoces, une santé peu solide maintenant, et en particulier une difficulté de marcher qui m'oblige à mesurer mes pas et mes démarches, tout ceci joint à bien d'autres incapacités infiniment plus sérieuses et plus insolubles, ne me permet pas d'y penser un seul instant.
Nous ne voyons ici absolument personne qui puisse répondre à votre désir, c'est donc une marque évidente que le divin Maître ne nous a pas choisie pour aller travailler à sa gloire dans votre belle Amérique.
Déjà nous nous sommes informées si d'autres Camiels pourraient s'y employer. Jusqu'ici nous n'avons pas eu de réponses satisfaisantes. Mais, mon Père, à défaut de Carmélites françaises, peut-être on se déciderait pour les Carmélites anglaises de Baltimore ou d'ailleurs, et ce serait bien plus facile et plus simple, ce nous semble. Nous regretterions beaucoup, je vous l'assure, que l'on ne pût donner suite à ce pieux projet, qui pourrait procurer tant de gloire au bon Dieu et faire tant de bien à un grand nombre d'âmes.
Puis cette intéressante enfant que Xotre-Seigneur semble avoir désignée tout particulièrement pour lui appartenir en qualité d'Épouse du Carmel, combien nous serions heureuses qu'elle pût réaliser ses vœux les plus ardents, et procurer à son cher Canada le bonheur de voir se réaliser cette sainte fondation.
Dans des temps moins malheureux on pourrait dire à cette chère postulante : " Venez, venez à nous, puis quand vous vous serez formée aux vertus religieuses, quand vous aurez pratiqué la règle du Carmel, que vous en aurez acquis l'esprit, vous retournerez dans votre patrie et vous le doterez d'une nouvelle famille religieuse." Mais dans les conditions où nous vivons et la situation si précaire de notre pauvTe France, cela n'est pas faisable. Avons-nous quelques jours d'assurés dans notre chère solitude, quand tout-à-coup la lave du volcan peut s'élancer et entraîner tout avec elle ? — Prions toujours, prions beaucoup, et espérons que le bon Maître n'abandonnera pas son œuvre, et qu'il inspirera les moyens à prendre pour la faire réussir.
P. S. Nous recevons à l'instant une lettre que nous désirions beaucoup avant de faire partir la nôtre. C'est le troisième Carmel de Paris, auquel nous nous étions adressées. Vous verrez que tout espoir n'est pas perdu et
qu'avec le temps et la grâce de Dieu, les choses peuvent s'arranger, si tel est son bon plaisir. Nous sommes trèsheureuses de vous communiquer cette lettre.
Carmel de l'Avenue de Messine, 14 Août 1872. Ma Révérende et bien digne Mère,
Que le cœur tout aimant de notre divine Mère obtienne de celui de Jésus ses grâces les plus précieuses pour les répandre dans les nôtres !
J'ai beaucoup tardé à répondre à votre lettre datée du 28 juillet, ma toute bonne mère : nous trouvant comme vous dans l'impossibilité de penser à réaliser par nousmêmes le projet dont il est question dans la lettre du Révérend Père, j'ai envoyé cette dernière à notre digne Père supérieur qui m'écrit ceci : " Je viens de recevoir la lettre du Révérend Père. Ce qu'il dit m'a singulièrement intéressé. Ce n'est pas chose à repousser sans y songer. J'engage beaucoup vos Mères de Reims à faire leur possible pour profiter de cette ouverture. Prions pour cette œuvre."
Dans ce moment, notre vénéré Père supérieur ne voit pas la possibilité de répondre à cet appel. Il se demande si plus tard, en prenant dans nos trois Carmels de Paris, nous ne pourrions pas former une petite colonie au Canada. Donc, ma digne Mère, voyez de votre côté si vous ne pourriez pas trouver un Carmel qui puisse s'y rendre plus tôt. Dans tous les cas ne répondez pas par un 7ion positif, et veuillez me dire si vous avez quelque espoir de trouver ailleurs.
4l6 UNE FLEUR DU CARMEL-
Carmel de Reims, Fête de tous les Saints, 1872.
La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec nos âmes 1
Oui, mon Père, notre jeune et pieuse enfant sera accueillie de grand cœur dans notre cher Monastère. Si la divine Providence nous envoie cette belle âme, nous ne devons pas refuser de seconder ses ardents désirs, et sa vocation semble si évidemment marque'e d'un caractère surnaturel et divin, qu'on craindrait de s'opposer aux desseins du bon Dieu, si on ne lui donnait le moyen d'y correspondre.
Il nous paraît tout à fait urgent que cette chère petite vienne se former dans une communauté' parfaitement établie, qu'elle voie par elle-même ce que c'est que de vivre au Carmel. C'est la première démarche, mais démarche nécessaire, selon nous, pour la réalisation du grand projet de fondation pour plus tard. Pour le moment, on ne peut, ce nous semble, rien avancer de plus : si c'est l'œuvTe du bon Dieu, comme tout porte à le croire, il daignera montrer en temps et lieu, les moyens à prendre, et l'entreprise arrivera à bonne fin.
Quand la jeune postulante sera ici, on se concertera avec elle, après mûr examen ; et si la chose est réalisable, on y donnera suite de grand cœur : mais avant tout, il faut qu'elle vienne, sans quoi il n'est pas possible d'asseoir un projet avec quelque consistance.
Soyez certain, mon Révérend Père, que nous prenons le plus vif intérêt à cette affaire, et nous ferons tous nos efforts pour son heureuse réussite. Nous ne savons qui doit être plus admirée, de la fille, se donnant à Dieu avec tant de courage et de dévouement, ou de la mère, faisant le sacrifice de son enfant chérie avec une générosité qui est vraiment de l'héroïsme ; aussi, franchement, nous aimons beaucoup notre petite Carmélite future, mais si
j'ose le dire, nous aimons autant sa pieuse mère, animée d'une foi si magnanime et de sentiments si admirables et si élevés au-dessus de la nature et des sens. Oh ! les deux belles âmes ! et que l'amour de Dieu est puissant quand il agit sans obstacle dans les cœurs qui se livrent à son empire !
Maintenant, mon. Révérend Père, pour le projet de fondation, comme nous vous le disions tout-à-l'heure, comment se réalisera-t-il ? Nous n'en savons rien ; c'est pour le moment le secret de Jj^u.., Penser sérieusement que la divine Providence iflTy destine, ne m'est pas possible. Il faut pour cela une vocation toute spéciale, il faut des dons de Dieu très-éminents et proportionnés à la grandeur de l'entreprise. Ne croyez pas, mon Père, que je vienne faire ici de l'humilité ; mais il faut vous dire, n'est-ce pas, franchement ce que je pense. ■
Thérèse et trois ducats, ce n'était rien. Dieu, Thérèse et trois ducats, c'était tout, et l'Espagne s'est couverte de monastères de CarméHtes. — Nous et les éléments présents, ce n'est rien. Dieu, nous et ces éléments, c'est tout, mais il faut Dieu en tête.... Il faut la vocation, l'appel de Dieu pour cette œuvre. Et je le répète, cet appel, cette vocation, je ne les sens pas en mon cœur. J'estime trèsheureuses celles qui auront le bonheur d'y travailler, je voudrais être digne de partager leur précieux labeur.
J'aperçois de loin cette petite pépinière d'Épouses de Jésus, d'Épouses du Carmel qui peut-être se prépare làbas, et je m'élancerais bien volontiers au-delà des mers
pour travailler là à la gloire du divin Maître Mais il
ne s'agit pas de s'ingérer soi-même dans de pareilles entreprises, il faut être revêtu de l'esprit de Dieu pour travailler à la formation, à la construction de son tabernacle spirituel.... Une ânesse a bien prophétisé une fois, c'est vrai, le Seigneur l'a fait parler et il est tout-puissant ;
4l8 UNE FLEUR DU CARMEL.
mais il ne s'ensuit pas que toutes les ânesses du village doivent croire qu'elles vont parler comme celle de Balaam.
En un mot, mon Père, si le bon Dieu m'y appelait, certainement aucun sacrifice ne pourrait m'arrêter ; mais jusqu'à cet appel, manifesté comme il lui plaira, je ne puis que re'péter, (ne vous en de'plaise) mon Père, c'est impossible. Mais, ayons confiance, les moyens d'exécution se montreront quand il faudra, et les âmes destinées à cette belle mission se découvriront quand le moment sera venu.
Quant au projet concernant la construction immédiate et la disposition du monastère, il faut y renoncer. Le bâtiment ne peut se faire à l'avance, et notre sainte Mère recommande qu'on s'établisse d'abord dans une maison louée, afin d'examiner le site, la salubrité du lieu etc., et puis nous avons des plans particuliers pour bâtir en parfaite régularité. On ne pourra donc s'en occuper que plus tard, et quand les religieuses fondatrices seront présentes. Ce dont il faut nous occuper, mon Père, et ceci est de la plus haute importance, c'est de chercher si vous trouverez dans les âmes une germination de vocations au Carmel. C'est de cet édifice spirituel qu'il faut découvrir, tailler et préparer les pierres, avant de songer à assembler les pierres matérielles.
Carmel de Reims, 3 Novembre 1872.
• Jésus nous soit tout en toutes choses !
Mon Révérend Père,
Il y a quatorze mois, nous recevions de notre si bon archevêque et Père, alors en voyage, les lignes suivantes :
" Dieu, j'en ai la douce conviction, bénira de plus en " plus ce cher Carmel, «t le multipliera pour sa gloire."
Je fus frappée, sans le comprendre, de ce mot, le 7?iultipliera ; mais la vénération que nous avons pour notre saint prélat, m'empêcha toujours de le croire sorti de sa plume, sans une raison particulière.
Ne commençons-nous pas à en voir quelque chose ? Oui, mon Révérend Père, à votre première lettre, nous nous dîmes presque : " C'est beau, mais impossible." Maintenant, c'est bien autre chose. L'énergie que le bon Dieu donne à notre chère enfant (ce mot est venu tout seul, et comment en écrire un autre ?) et ce qui est peutêtre plus admirable encore, à son héroïque mère, nous fait dire : " C'est difficile," mais nous avons la - confiance que cela réussira, sans savoir encore comment. Monseigneur notre archevêque et supérieur immédiat, nous donne toute permission de vous répondre en ce moment entièrement selon notre inspiration.
Ainsi, pour recevoir ici notre chère postulante, nous n'avons nulle hésitation, et nous la recevrions aujourd'hui, si elle arrivait aujourd'hui. Cependant, si elle juge convenable d'attendre à l'année prochaine, soit pour affermir sa vocation, soit pour qu'elle nous arrive à une époque plus convenable pour s'habituer à notre climat, rien de plus sage que d'attendre.
Quant aux événements, bien que, humainement parlant, tout semble si noir, je ne puis croire que nous en venions à être forcées de quitter la France. La foi se réveille, et si le mal est d'un côté profond et incurable, de l'autre il se lève des armées d'âmes de prière. Ah ! si vous aviez lu, mon Révérend Père, les récits de ces admirables pèlerinages aux sanctuaires de la sainte Vierge ! Comme la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus va toujours croissant ! Comme ceux qui demeurent fidèles
croient et prient sans s'en cacher ! La différence entre les serviteurs de Dieu et ceux ^u démon s'accentue de plus en plus, et si le mal semble avoir gagné et grandi démesurément d'un côté, le respect humain diminue de l'autre. Jonas avait dit, et certes, étant bien divinement inspiré, que dans quarante jours Ninive serait détruite, et elle ne Ta pas été. Je crois là voir notre histoire.
Jamais les événements qui se sont passés les années dernières, n'ont empêché nos postulantes d'avancer, ni notre saint prélat, si prudent cependant, de leur permettre d'avancer. Ainsi, mon Révérend Père, à la fin de juillet 1870, alors que les chemins de fer étaient encombrés par les soldats et les munitions de guerre, une enfant, la plus timide que nous ayons jamais \Tie ici, nous arrivait de Nantes, sous la conduite de la bonne Providence ; et comme on lui demandait si elle avait eu peur, elle répondait avec une énergie impossible à rendre : ^' Je ne craignais rien du tout." Pourtant les circonstances étaient telles, qu'on nous avait déclaré impossible qu'elle arrivât, et même impossible d'envoyer à sa rencontre. Le télégramme que nous avions essayé d'adresser à Nantes, pour lui faire dire de retarder n'avait pas même pu être accepté par l'administration.
Au mois d'août suivant, comme les Prussiens étaient presque aux portes de Reims, et que notre aumônier nous assurait, que nous n'avions nulle précaution à Drendre, parce qu'il était impossible de leur échapper, et que partout ou ils arrivaient, c'était la ruine et l'incendie ; alors précisément, le douze août, Monseigneur vint dès cinq heures et demie du matin, donner le Saint Habit à une novice et le voile de profession à une autre. Et combien cette cérémonie, en de telles circonstances, et entourée de mystère, en recevait de touchant intérêt ! Notre bon archevêque en était tout heureux et profondément ému.
Le 15 décembre suivant, une autre jeune personne quittait son frère unique, tendrement aimé, pour venir au Carmel, à travers les bandes de Prussiens qui inondaient le pays.
Non seulement, mon Révérend Père, la bonne Providence nous préserva de tout malheur pendant cette guerre, mais ce fut pour nous le temps des plus amples bénédictions ; nous n'avions le cœur brisé que des malheurs des autres. Toutes les jeunes filles reçues alors sont des âmes d'élite et aucune d'entre elles n'est sortie. Voilà comment fait notre bon Dieu. Aussi aurait-on bien de la peine à avoir peur.
Comme je cours les champs ! mon Révérend Père. Mais revenons à notre cher Canada, car nous l'aimons profondément, tout en aimant encore plus notre cher Carmel de Reims. Ce que nous ne savons comment arranger, ne sera qu'un jeu pour la bonne Providence. Si Monseigneur a ainsi donné son assentiment, messieurs les Grands- Vicaires nous encouragent énergiquement à soutenir ce projet. L'un d'eux surtout, notre confesseur, ne savait comment exprimer son admiration, en lisant vos lettres que nous lui avions communiquées.
Son avis est qu'il n'est pas possible de méconnaître là une action toute providentielle, à laquelle il faut co-opérer, toujours sans pouvoir dire de quelle manière cela se fera. Je ne vous répète pas, mon Révérend Père, ce que vous dit notre bonne Mère, puisque notre manière de voir nous est commune en ces choses, excepté en ce que dit d'elle-même cette chère Mère. Cependant je ne puis m'empêcher dîappuyer sur l'avantage qui se trouverait à intéresser le plus possible à l'œuvre que nous méditons Monseigneur de Montréal, qui s'y montrait déjà si bien porté. Oserai-je vous prier, mon Révérend Père, d'offrir à Sa Grandeur nos bien humbles hommages, en lui disant
combien chèrement nous consen-ons le souvenir de sa précieuse visite, il y a quelques années.
Oh 1 oui 1 encore mon Révérend Père, comme le dit notre Mère S., les premières pierres à préparer, ce sont les pierres vivantes. Je ne me rappelle pas avoir lu que notre Mère sainte Thérèse ait fondé en aucune ville, sans y avoir été attendue par plusieurs personnes désireuses d'embrasser son ordre.
J'ai la confiance, mon Révérend Père, que vous voulez bien accorder une place spéciale dans vos prières à ce petit Carmel de Reims, qui est si bien resté dans votre souvenir.
Veuillez, mon Révérend Père, accorder une petite aumône spirituelle de plus à votre petite servante, qui dans les Sacrés Cœurs de Jésus et Marie, vous offre ses très-humbles respects.
Carmel de Reims, i6 Fé-vTier 1873.
Mon Révérend Père,
La grâce du Saint-Esprit soit toujours en nos âmes !
Je ne puis que vous répéter ce que nous vous avons déjà dit : mes sentiments sont toujours les mêmes. Cette œuvre est magnifique, et possède toutes mes sympathies, j'estime très-heureuses celles qui auront le bonheur d'y travailler, mais croire que je sois appelée à en prendre la direction, c'est bien difiîcile à digérer...
Ce ne sont point les difficultés, les travaux, les sacrifices qui m'effraient, ce me semble, mais le sentiment profond de mon impuissance, de mon incapacité, de mon manque de vertus, de mon néant complet en un mot fait que je ne puis me persuader qu'il soit possible que le bon Dieu m'ait choisie pour une telle et si grande
entreprise. C'est ce qui me fait dire et répéter, c'est impossible.... Cependant comme précédemment, je le répète, si la volonté de Dieu se manifestait évidente, j'ajouterais : Ce qui est impossible aux hommes, est possible à Dieu; c'est toujours l'histoire de l'ânesse de Balaam, que j'aime tant depuis longtemps, et que je ne me doutais pas pouvoir, un jour peut-être, devenir la mienne.
Nous désirons bien vivement la réussite de ce grand projet, qui doit par sa réalisation procurer la gloire de Dieu et le bien spirituel d'un grand nombre d'âmes ; mais plus nous la désirons, plus nous voudrions qu'on trouvât quelque instrument plus propre, mieux préparé pour l'entreprendre et la poursuivre ; à moins que Dieu ne veuille faire éclater les merveilles de sa grâce et de sa puissance, en prenant ce qu'il y a de plus vil, de plus object parmi les enfants du Carmel, afin que la créature disparaisse plus complètement sous l'action divine, qui dirige à son gré l'instrument dont elle daigne se servir.
Du reste, mon Révérend Père, ce ne sera ni l'attrait, ni la répugnance qui me décideront pour ou contre. Je ne voudrais ni m'ingérer de moi-même, ni m'opposer avec résistance. L'obéissance seule me dirigera en tout : j'exposerai mes difficultés, mes réflexions, prête à tout, prête à rien, quand on m'aura dit : Avancez... ou demeurez.
De plus je demande à Notre-Dame du Sacré-Cœur une grâce particulière, comme une marque de la volonté du bon Dieu.
Si elle daigne me l'obtenir, ce sera un fort poids dans la balance pour l'incliner de votre côté ; mais l'unique, sera l'obéissance.
Pour le moment, mon Révérend Père nous n'avons aucun parti à prendre : nous continuerons notre marche,
424 l-'^'E FLEUR DU CARMEL.
en laissant les circonstances se dérouler peu à peu. La petite sœur viendra se faire Carmélite, c'est le premier pas. Le reste se dessinera avec le temps, et la divine Providence conduira tout pour l'exécution de ses desseins étemels. Par quelle voie ? Nous l'ignorons, mais nous ferons tous nos efforts pour la seconder de notre mieux.
Continuez à prier pour nous, mon Révérend Père, et demandez surtout à Notre-Seigneur qu'il me donne les vertus d'une \Taie fille de Sainte Thérèse, dont j"ai un extrême besoin, besoin plus profondément senti que je ne pourrais Texprimer.
Vous savez, mon Révérend Père, je vous l'ai dit déjà, je ne viens pas faire de l'humilité près de vous : je vous dis mes pensées telles qu'elles sont, telles que je les exprime à notre Révérende Mère ; elles sont l'expression de la pure vérité.
Carmel de Reims, i8 Février 1874.
Il nous donne une grande joie et une grande espérance, le pieux désir de consacrer ce nouveau Carmel à Notre- Dame du Sacré-Cœur. Nous venons de faire placer dans le sanctuaire d'Issoudun, comme s>Tnbole d'incessante supplication pour cette œuvre, un marbre avec cette inscription :
O Notre-Dame du Sacré-Cœur :
Nous METTONS TOUT ENTRE VOS MAINS :
Montrez-vous notre Mère !...
Un passage de votre lettre m'a beaucoup touchée, c'est celui où vous nous dites que le démon ne pourra supporter l'idée d'un établissement de Carmélites dans un pays qu'il voudrait protestantiser. — C'est donc vrai-
memt là une œuvre toute apostolique ! Combien donc devons-nous l'embrasser cordialement !
Le bon Dieu a beaucoup changé, a changé complètement nos dispositions depuis la première ouverture que vous nous avez faite en juillet, mon Révérend Père, sur le projet de fondation. Cela me semblait alors impossible ; laisser aller au Canada notre bonne Mère S. c'était une pensée que je ne pouvais supporter ; aussi ces jours passés, une de nos sœurs me rappelait que j'avais dit alors que, pour mon compte, je ne consentirais jamais à ce départ, qui m'eût semblé une dureté envers une Mère à qui nous devons tant de reconnaissance, et un tort considérable fait à la Communauté, à qui elle est si utile. Mais pourtant la fondation nous intéressait vivement, et nous allâmes frapper à la porte de quatre Carmels, dont aucun ne fut en état de s'en occuper. Alors le bon Dieu nous amena peu à peu à faire le sacrifice qu'il demandait, dans le cas où sa volonté se manifesterait. C'était notre disposition lors de votre passage à Reims, et elle demeure la même. Pour notre bonne Mère ce n'est pas le sacrifice qu'elle repousse ; elle sent comme nous, qu'il y a là une grande responsabilité, et que fuir devant la croix, quand il s'agit de la gloire de Dieu et du bien des âmes, serait une trop grande lâcheté pour une fille de Ste Thérèse ; mais la défiance d'elle-même lui fait craindre de n'être pas à la hauteur de cette mission, de n'avoir pas l'aptitude requise. Pour cela, je ne suis pas de son avis ; la bonne Mère nous semble avoir tout ce qu'il faut pour être fondatrice, la grâce de Dieu aidant, car il va sans dire, que sans ce secours, c'est une triste chose que toute l'habileté de quelque créature que ce soit. Seulement, mon Révérend,... ah ! mais j'aime mieux auparavant vous dire quelque chose qui vous plaira sans doute. Dès l'abord, nous n'aurions su qui donner de
nos sœurs ; et voilà que les vocations poussent, et qu'on voit naître les moyens de trouver des pierres vivantes pour le Carmel de Montréal, sans de'molir celui de Reims. Et encore, mon Révérend Père, ces pierres sont-elles du meilleur choix ; elles n'empêchent pas toutefois notre vif désir d'en voir quelques-unes du Canada venir se faire tailler ici.
De concert avec notre bonne Mère S. nous jetons donc les yeux sur trois de nos sœurs qui l'accompagneraient, si le bon Dieu amène cette affaire à sa fin.
1. Je mets d'abord celle dont je vous ai déjà dit quelques mots ; c'est une novice, elle était encore postulante, que Monseigneur, pourtant bien sobre de compliments, nous en parlait comme d'une vraie religieuse. C'est une âme très-intérieure et prête à tout pour faire la volonté de Dieu.
2. Une sœur de chœur, qui a maintenant un peu plus de quatre ans de religion. Cette bonne sœur est d'un caractère des mieux équilibrés ; elle est remplie de tact et de jugement ; à la fois calme et énergique, douce et ferme, gaie, adroite, intelligente pour tous les emplois qu'on désirerait lui confier.
3. Une de nos sœurs tourières, que d'ici là nous recevrions à l'intérieur, comme sœur du voile blanc.
C'est une âme profondément vertueuse, dévouée, abandonnée à la volonté de Dieu. La mère S. et moi, nous avions pensé à elle pour le Canada, sans lui en dire encore un seul mot. Lorsque nous reçûmes dernièrement les lettres de ma sœur Thérèse de Jésus, celle de nos sœurs qui est au tour intérieur, les passa de notre part à notre bonne sœur tourière pour les lui montrer. La chère enfant s'écria aussitôt comme sans réflexion : " Ah ! si je pouvais entrer avec elle et partir avec elle."
Maintenant je vais reprendre mon "seulement" de tout à l'heure.
Veuillez pourtant me permettre encore un petit préambule.
Lorsque en 1604, les six Carmélites espagnoles vinrent fonder en France, on ne les laissa quitter leur pays qu'avec la promesse fonnelle que la fondation une fois bien établie, elles y retourneraient, si elles le désiraient. Une seule y retourna ; néanmoins les autres, à l'exception d'une seule, avaient toutes quitté la France en sept années. La Vén. Mère Anne de Jésus, n'était restée que onze mois dans le monastère de Paris qu'elle avait fondé, et cela avait bien suffi. N'ayez pas peur, mon Révérend Père, je ne parle pas de se borner à onze mois ; mais seulement nous tenons toutes à ce que nos sœurs qui nous quitteraient, puissent revenir lorsque la fondation pourrait se passer d'elles, si elles le désirent. Pour notre Mère S., cette condition serait plus expresse encore. Mais, mon Révérend Père, si vous connaissiez l'affection si maternelle de la Mère S. pour les filles spirituelles que le bon Dieu lui donne, cela ne vous inquiéterait nullement, car nous avons la conviction que la nouvelle famille Canadienne ne lui serait pas moins chère que la première, et qu'elle ne la quitterait qu'en la voyant en pleine voie de prospérité et en excellentes mains. Nous ne serions pas même sans la crainte qu'elle ne vînt à s'y attacher de telle sorte, que son retour lui fût un nouveau et véritable sacrifice.
Croyez bien, mon Révérend Père, que nous aussi, nous chéririons toutes ce cher Carmel de Notre-Dame du Sacré-Cœur, comme ne faisant qu'un avec le nôtre dans le Sacré-Cœur de Jésus, et que nous chercherions toujours à lui procurer le plus de bien possible.
Après la mort de Thérèse de Jésus, on nous e'crivait : A Reims, les âmes pieuses sont si avides de la circulaire qui annonce la douce mort de notre bien-aimée sœur, que nous sommes obligées d'en faire tirer de nouvelles. Les fidèles de notre ville s'intéressent beaucoup à la fondation d'un Carmel au Canada. Le Bulletin du diocèse, yoixQ même un journal de la \dlle n'ont pas manqué de noter ce qui se rapporte à notre chère enfant.
Nous sommes pleines d'espérance pour la fondation à Montréal. Le grain de froment germera. Quand et comment ? c'est le secret de Dieu.
Trente jours après cette mort si enviable, il nous arrive soudainement une postulante, pauvre des biens de la terre, mais non moins riche que notre sœur Thérèse de Jésus, de ceux du ciel ; nous ne pûmes faire autrement que de l'appeler Thérèse de Jésus, et c'est une de celles qui sont réservées pour le Canada. Elle ne demande pas mieux que de courir au bout du monde pour l'amour de Dieu.
Carmel de Reims, Mars 1874.
C'est admirable comme le bon Dieu conduit cette affaire de la fondation. Nous n'avons qu'à nous tenir souples à la direction de cette bonne Providence. Ici, les difficultés semblent s'aplanir ; nous avons plus de sœurs qui ont la vocation pour cette œuvre, que nous ne pourrions vous en donner.
On ne peut prudemment et selon nos règlements, entreprendre une fondation, à moins de six ; et ces six, nous les avons, et de bon choix ; mais à charge que vous prierez bien pour notre Carmel de Reims, où ces chères
sœurs laisseront de fameux trous. Enfin, le bon Dieu arrangera tout, puisqu'il s'agit d'accomplir sa sainte volonté. Nous aimerions bien voir un peu clair dans ces affaires avant nos élections qui auront lieu en juillet prochain ; et puis, il faudra encore du temps, pour prendre mille petites mesures.
Si la bonne Providence amène cela à bonne fin, nous désirerions beaucoup que le départ se fît au printemps. Mais nous avons encore à parler de bien des points avant la conclusion.
LA CONFIANCE EN DIEU, LA PERSEVERANCE DE MgR. l'ÉVEQUE de MONTRÉAL, ET LA GÉnÉROSITÉ CHRÉ- TIENNE DE PLUSIEURS HOMMES DE FO.I SURMONTENT TOUS LES OBSTACLES, ET LE CARMEL DE NOTRE-DAME DU SACRÉ-CŒUR EST FONDÉ.
Pendant que les Carmélites étaient encore dans l'incertitude si elles accepteraient la fondation à Montréal, à cause du défaut de sujets. Monseigneur l'évêque de cette ville attendait avec la plus grande confiance l'accomplissement de l'œuvre de Dieu.
Dès les premiers temps de la colonie, des âmes pieuses avaient pensé à établir le Carmel dans la Nouvelle- France, et c'est une tradition conservée dans quelques Carmels de France et notamment dans ceux de Paris, que pendant que les filles de sainte Thérèse établissaient sa Réforme dans la mère-patrie, on pensait déjà à fonder un Carmel au Canada, afin d'attirer plus particulièrement par la prière la bénédiction de Dieu sur la nouvelle colonie (i). Mais les difficultés pour l'établissement de
(1) Ct'tto tradition a été rapportC-e h Min". Bourget par les Carmélites do Pans, dans une visite qu'il leur fit en 1856.
religieuses purement contemplatives étaient trop grandes et trop nombreuses dans la colonie naissante pour que ce pieux projet pût alors se réaliser.
Aujourd'hui ces difficultés ji'existent plus, et les désirs des âmes pieuses sont un signe que l'heure de la Providence est venue.
Monseigneur, considérant les grâces que les prières et les austérités de la vie contemplative attirent sur le peuple, avait désiré, depuis le commencement de son pontificat, établir les Carmélites dans son diocèse ; mais les besoins étaient si nombreux qu'il fut obligé de diiférer l'exécution de son projet. Aujourd'hui le moment de le réaliser est enfin arrivé.
Dès le mois de septembre 1872, Thérèse de Jésus n'ayant pu réussir à faire accepter l'offre de la fondation d'un Carmel à Québec, s'était assurée que Monseigneur de Montréal l'accepterait pour son diocèse.
Le vénérable prélat, voyant que la volonté de Dieu commençait à se manifester par la vocation si extraordinaire de Thérèse de Jésus au Carmel, demanda avec fer\-eur au Sacré-Cœur que l'œmTe de Dieu pût s'accomplir et la recommanda aux prières des âmes pieuses qui partageaient ses sentiments.
Les choses en étaient là, lorsqu'on reçut à Montréal la circulaire annonçant la douce mort de Thérèse de Jésus.
Plusieurs pensèrent alors qu'il ne fallait plus s'occuper de la fondation, et que, par cette mort prématurée, la volonté de Dieu se déclarait contre l'établissement des Carmélites à Montréal. Mais Monseigneur, animé par l'espritde foi, en jugea autrement. Après avoir lu la circulaire qui annonçait la précieuse mort de la sœur Thérèse de Jésus, Sa Grandeur nous écrivit la lettre suivante :
'•Te vous renvoie la notice que vous avez bien voulu
me communiquer sur l'angélique fille qus vous avez dirigée vers le Carmel, pour y remettre sa belle âme dans l'aimable Cœur de Jésus, avec tous les transports de l'amour."
'• En vous remerciant de votre attention, je ne puis vous dire, de tout ce qui s'est passé dans mon âme en parcourant des yeux ces détails émouvants, qu'une chose, qui est que le Carmel va s'implanter dans notre Canada ; j'en ai plus que jamais l'intime confiance. Car l'ange qni s'est envolé au ciel, va prier pour le succès de la fondation qu'elle avait tant à cœur ; et ses prières ne sauraient sans doute éprouver de refiis. Le doigt de la Providence est là évidemment.
Attendons cet heureux éévnement..."
t Ig. Év. de Montréal,
Les Carmélites, de leur côté, disaient dans leur circulaire : " Mais ce pieux projet de fondation, vers lequel se portaient si souvent les vœux d'une mère et d'une fille si dignes l'une de l'autre, s'éteignait-il avec la généreuse enfant ? —
"Nous lisons dans le Saint-Evangile : Si le grain de froment tombé en terre ne vient à mourir, il demeure seul : mais quand il est mort, il porte beaucoup de fruits."
C'est ainsi qu'à partir du moment où ceux qui n'ont que des vues humaines regardaient l'œuvre du Carmel comme manquée, cette œuvre prenait un nouvel essor.
Monseigneur continuait avec une sainte activité de s'occuper du projet de fondation, quand Dieu lui envoya subitement de nouveaux auxiliaires qui, par leur piété et leur mortification, devaient contribuer puissamment à la propagation de la vie contemplative, et favoriser ainsi l'œuvre projetée depuis longtemps.
Au printemps de 1874, les Religieuses du Précieux-
Sang ayant obtenu un terrain dans la paroisse de Notre- Dame de Grâce, vinrent s'y établir. L'empressement et la générosité des citoyens à les recevoir firent comprendre qu'à Montréal on sentait vivement l'importance et le besoin de la vie contemplative, et qu'on aimerait à encourager de la même manière celles que Dieu avait choisies pour traverser l'océan, afin d'établir au Canada les filles de sainte Thérèse. L'esprit de foi qui animait les \Tais chrétiens leur disait que la fondation du monastère du Précieux-Sang ne pouvait qu'attirer les bénédictions du ciel sur les démarches que faisait Monseigneur pour rétablissement du Carmel.
On vit alors la différence qu'il y a entre l'esprit de foi et l'esprit du monde. L'esprit du monde, qui domine dans beaucoup d'âmes sans qu'elles en aient conscience, leur faisait dire que par suite de la fondation du monastère du Précieux-Sang, l'œuvre du Carmel ne pouvait plus réussir, qu'elle serait abandonnée, et qu'il ne fallait plus y penser. L'esprit de foi faisait dire à Monseigneur et aux fidèles : " Cette œuvre du Précieux-Sang ne peut qu'attirer de nouvelles bénédictions sur celle du Carmel qui est projetée." Et effectivement, à partir de cet heureux moment, l'œuvre des Carmélites marcha avec une rapidité qui dépassait toutes les espérances.
Déjà la pieuse intention de la sœur Thérèse de Jésus était accomplie, et son patrimoine avait été consacré à l'œuvTC de la fondation du Carmel ; bientôt la générosité d'un grand nombre de citoyens s'empressa d'y concourir ; un vaste terrain, dans un site très-avantageux, fut offert pour l'érection de l'église et du monastère du Carmel. Monseigneur, voyant ses vœux près de se réaliser, pouvait écrire au Carmélites de Reims :
Montréal, 23 Octobre 1874.
Ma Révérende Mère,
Depuis ma dernière, je n'ai pas "perdu de vue la fondation d'un Carmel à Montréal. J'ai fait tous mes efforts pour lui trouver une place au centre de la ville. Mais je n'ai pas pu nous procurer le terrain qui paraissait le plus propre à l'œuvre. Il a donc fallu porter mes regards sur un autre local.
La divine Providence nous en a fait trouver un qui réunit beaucoup d'avantages. C'est un beau terrain de six arpents, tout planté d'arbres. Une voie de 100 à 120 pieds de largeur et boisée y conduira. La pierre et le sable qui s'y trouvent seront donnés, et une souscription se fera pour aider à bâtir le monastère et l'église. Cette église sera dédiée au Sacré-Cœur de Jésus, et les citoyens désirent en faire un lieu de pèlerinage à ce divin Cœur. Mais ce terrain se trouve situé à environ une lieue du centre de la ville, ce qui serait un désavantage pour le moment. Mais avant peu d'années, ce sera un très-beau quartier. Le voisinage d'une église dans ce pays attire bientôt une grande population.
Veuillez bien me dire ce que vous et vos Mères pensez de tout cela. En attendant, nous allons faire des préparatifs pour commencer l'œuvre du Carmel le mieux possible, sous les soins de la divine Providence, en nous mettant sous la protection du glorieux Saint Joseph et celle de sa bien-aimée fille, la séraphique sainte Thérèse.
t Ig. Év. de Montréal.
A la lecture de cette lettre de Monseigneur, les Carmélites comprirent que la volonté de Dieu se manifestait d'une manière évidente. Elles n'eurent qu'une voix pour se rendre avec empressement à l'invitation du vénérable
évêque. Elles attendirent que Sa Grandeur fixât l'époque du départ et l'itinéraire qu'elles devaient suivre. Elles désignèrent les religieuses qui devaient former la nouvelle colonie et se tinrent prêtes à partir dès que la sainte Obéissance le leur demanderait.
Il était donc décidé que les Carmélites auraient un monastère à Montréal. Il fut résolu que dès le printemps on commencerait les constructions. Mais un monastère et une église demandent au moins deux ans de travaux. Il fallait un logement provisoire pour les religieuses, en attendant qu'elles pussent habiter le monastère.
Quand la charité remplit les cœurs, les difficultés a ont bien vite surmontées. Dès que la Révérende Mhre Page, supérieure des sœurs de Saint Joseph, sut que les Carmélites allaient venir à Montréal, elle s'empressa d'écrire à la Révérende Mère Prieure du Carmel de Reims la lettre la plus aimable, sollicitant comme une faveur que les Carmélites voulussent bien recevoir l'hospitalité de r Hôtel-Dieu, jusqu'à ce que le futur monastère fût construit. La Révérende Mère Prieure accepta avec beaucoup de reconnaissance, et annonça à la Révérende Mère Page, que ses sœurs étaient heureuses de l'hospitalité qui leur était si généreusement offerte, et que leur Communauté du Carmel adresserait à Dieu de ferventes prières pour les sœurs de Saint Joseph.
Les filles de Sainte Thérèse étaient vivement touchées ae la protection que Saint Joseph, leur Père, leur accordait, en leur préparant une habitation chez des religieuses qui lui sont spécialement consacrées.
Tout étant ainsi préparé. Monseigneur l'évêque de Montréal convoqua dans le salon de l'évêché une assemblée des principaux citoyens de la ville, pour leur communiquer son projet et solliciter leur concours. Voici en quels termes un journal de Montréal (/e Fi'anc-
Parleur) dans son No. du 15 janvier 1875, rend compte de cette réunion.