Nouveaux progrès dans la piété
Nous voyons dans les lettres d'Hermine tout le travail de la grâce en elle, sa constante application à y correspondre pendant ces jours, qui étaient véritablement pour elle des jours de be'nédiction et de salut
Dans Ces e'crits toutes ses pensées sont pour la piété, le progrès dans la vertu, le détachement de la terre, le désir du ciel, l'amour de Notre-Seigneur, de sa très-sainte mère et des saints.
Elle y reconnaît ses imperfections avec une humilité sincère et nullement affectée, parle avec simplicité et candeur de ses progrès, des victoires qu'elle remporte sur elle-même, et attribue tous ses succès à la grâce de Dieu.
Son humilité, sa piété, sa douceur sont empreintes de la plus suave amabilité.
Le principe de tant de perfection, nous le trouvons dans son amour pour Jésus. Elle voulait toujours se vaincre, être douce, humble et charitable, pour plaire à Jésus, son di\-in époux. Elle entendait sans cesse son bien-aimé lui dire : " Apprenez-moi à être douce et humble de cœur."
On ne peut lire les lettres d'Hermine sans admirer la
maturité de son caractère, sa candeur, son obéissance, son désir sincère de faire des progrès dans la vertu et la perfection chre'tienne, sa douce pie'té, la délicatesse de sa charité, la droiture de son cœur, la rectitude de sa conscience.
On peut suivre dans ses notes les progrès qu'elle fit dans les voies de Dieu, depuis, le temps où, pour plaire à Jésus et se dévouer à sa mère, elle prit la résolution de renoncer au mariage et de rester dans sa famille, à l'exemple de tant de jeunes saintes qui se sont sanctifiées dans la maison paternelle.
En lisant ses écrits, on verra encore que ce n'est pas sans de continuels efforts, sans des luttes incessantes contre elle-même, qu'elle parvint à acquérir cette douceur toujours égale et cette affabilité qui édifiaient tous ceux qui la connaissaient.
On reconnaîtra aussi son attention sur elle-même, et son désir sincère d'être dirigée dans les voies de Dieu par son guide spirituel.
Hermine, elle-même, sans se douter du prix qu'on devait attacher un jour à ce qu'elle écrivait, nous expose d'une manière touchante l'action de la grâce divine sur son âme et sa fidélité à y correspondre. On y voit ses troubles, ses inquiétudes, ses combats, son courage, les moyens si simples et si efficaces qu'elle emploie pour acquérir les vertus, sa fidélité à l'examen particulier, à l'oraison, à l'observation de son règlement.
Ceux qui vivaient avec elle, ont remarqué sa douceur, sa prévenance et les autres vertus qui paraissaient à l'extérieur; mais ce qui restait caché à l'intérieur, et qui charmait les anges, était bien plus admirable. Dieu regardait avec amour le fond de son cœur et disposait tout pour l'accomplissement de ses desseins sur elle.
On la voyait traverser les rues de la ville pour se rendre à l'église ou pour aller remplir quelque devoir
d'amitié ou de charité ; mais on ne soupçonnait pas l'élévation des sentiments, la droiture d'esprit, l'énergie de volonté de cette enfant si délicate et si timide.
Laissons Hermine nous faire connaître elle-même l'état et les dispositions de son âme pendant cet hiver, qu'elle passa au monastère du Précieux-Sang.
J. Résolution de se vaincre. Cas de conscience. Maladie de la Sœur Saint Louis de Gonzague.
Monastère du Précieux Sang, 23 Nov. 1870. Mon Révérend Père,
Votre excellente lettre m'a donné un grand désir d'acquérir cette douceur et cette charité dont vous me parlez si bien. Je ne sais comment vous faites, mon bon Père, mais vous savez si • bien me persuader la pratique de la vertu, qu'après avoir lu vos bonnes lettres, je me sens toute portée au bien. N'est-ce pas là une preuve de la bénédiction que le bon Dieu répand sur votre charitable zèle pour moi ?
Vous êtes bien habile, mon Révérend Père, à me trouver des moyens de mortification. Vous m'en proposez un, qui est bien dur : car je sens que les inclinations de la nature sont fort puissantes dans mpn cœur et que j'aurai bien du travail â faire pour les détruire. Ces chères incHnations 1 comme on les aime, comme on trouve dur de ne pas les sui\Te ! Cependant, je suis bien résolue à les vaincre. Veuillez prier pour que mon courage se soutienne ; vous savez combien je suis inconstante et combien j'oublie vite mes bonnes résolutions : j'en fais souvent la triste expérience.
Puisque vous avez eu la bonté de me permettre de
VOUS demander les avis que je de'sirerais avoir, je vais en profiter, mon Père, pour vous demander encore quelquesavis sur la douceur et la charité, que je dois exercer envers tout le monde. Quand une personne vient nous voir et passe des deux heures, et même plus quelquefois, avec nous, est-ce manquer à la charité chrétienne que de continuer à lire et à écrire devant elle, étant du reste bonne pour elle et lui parlant de temps en temps. En agissant autrement, vous comprenez, mon bon Père, que nous passons tout le temps à ne rien faire et quelquefois à nous impatienter contre la visiteuse importune. Cette dernière nous engage à continuer nos occupations en sa présence.
Je m'en rapporterai entièrement à ce que vous voudrez bien me conseiller.
Une autre chose que je voudrais bien savoir concernant la charité, c'est h. manière dont il faut agir quand on entend dire des choses peu charitables au sujet du prochain. L'ignorance ou je suis de ce qu'il faut faire en ces occasions, fait que je manque aussi à la charité, en écoutant ou en disant même du mal de mon prochain. Je pense que vous avez dû bien des fois me donner des avis là-dessus, mais vous savez, mon Père, que ma mémoire ne retient que difficilement les enseignements spirituels.
Nous sommes très inquiètes sur l'état de ma sœur Saint Louis de Gonzague. Hier, elle a eu une forte toux, qui l'a réduite à une extrême faiblesse, et lui a fait souffrir de grandes douleurs. Nous ne savons que penser de sa maladie. Je crains que le bon Dieu ne veuille nous l'enlever. Ne l'oubliez pas, mon Père, dans vos bonnes prières. Demandez donc au bon Dieu qu'il nous la laisse encore.
Je vais m'appliquer à pratiquer la mortification des
mauvaises inclinations et je pourrai ainsi avoir quelques traits de ressemblance avec ma bien chère grand'maman.