Conformité à la volonté de Dieu. Sentiments d'humilité
Monastère du Précieux Sang, 5 Mars 187 1.
Oh ! que vous m'avez fait aimer et désirer la conformité à la sainte volonté de Dieu dans toutes les peines et les contrariétés de la vie ! Obtenez-nous donc par vos prières cette conformité, qui nous fait bénir Dieu en toutes choses. Comment, en effet, peut-on beaucoup s'attrister quand on sait que les épreuves sont les marques de l'amour que le bon Dieu nous porte ? Je crains beaucoup de n'être pas tout-à-fait sincère quand je vous exprime tous ces beaux sentiments de piété ; je crains qu'ils ne soient qu'au bout de ma plume et non au fond de mon cœur, où je voudrais les voir cependant bien gravés. Ainsi, quand je parais bien bonne, bien borme dans mes lettres, n'allez pas le croire tout de suite ; car,
SŒUR THÉRÈSE DE JÉSUS. 8l
hélas ! une triste expérience me prouve tous les jours que je suis bien imparfaite.
Je vous prie de demander à Dieu qu'il me donne la patience pour me supporter moi-même. Je vous assure que je suis bien misérable, tellement que je me fâche contre moi-même, en me voyant si peu maîtresse de mon humeur. Dois-je le dire ? quelquefois je m'ennuie de la pratique de la vertu, j'en trouve l'acquisition trop difficile, surtout celle de la douceur dans toutes les circonstances. Alors je m'attriste des difficultés que je rencontre. Mais peut-être me direz- vous de m'en réjouir, puisque cet ennui que j'éprouve me donne plus d'occasions de me mortifier en pratiquant la plus parfaite douceur.
Vraiment, mon mon Père, vous êtes bien habile dans le choix des mortifications que vous me suggérez ; j'expérimente de jour en jour que celles que vous m'avez recommandées au sujet de mon humeur, sont tout à la fois les plus nécessaires et celles qu'on peut pratiquer en tout temps.
Quoique j'en ai fait bien peu jusqu'à présent, je veux cependant commencer tout de bon.
Quand je vous ai écrit, je me sens toujours un nouveau courage pour travailler à devenir meilleure.
Je continuerai toujours à porter ma chaîne d'or, la regardant toujours comme le plus doux et le plus précieux emblème. Quand je la regarde, je pense que c'est avec une chaîne d'or que je demeurerai toujours unie aux Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie et les anneaux de cette chaîne sont la patience la douceur, la piété, l'humilité, la mortification et la charité. Quelle précieuse chaîne ! Priez pour moi, afin que cet or soit bien pur.
Nous avons trouvé l'abrégé des méditations du Père Dupont par le Père Nicolas Frizon. Cet abrégé est renfermé en quatre volumes. Maman désire beaucoup se
procurer cet ouvrage ; mais elle ne se rappelle pas bien si c'est celui que vous nous avez recommandé de choisir. Quand vous aurez la bonté de nous écrire, voudrez-vous, s'il vous plait, me répondre là-desssus ?
7. Mes derniers entretiens avec ma sœur Saint Louis de Gonzague. Mort de cette sœur bien-aimée
(Tiré du Journal d'Hermine.)
Ma bien-aimée sœur Saint Louis de Gonzague avait accompli sa vingt-troisième année. Sa santé allait empirant et nous donnait les plus sérieuses inquiétudes. Le jour anniversaire de sa naissance et les jours suivants quand nous allions la voir, elle nous demandait souvent à quel âge était mort saint Louis de Gonzague. Nous faisions semblant de l'ignorer. Elle reprenait bien vite : c'est à vingt-trois ans. Elle voulait nous préparer tout doucement à sa mort, car elle savait bien qu'elle allait mourir à l'âge de son saint patron, comme elle l'avait demandé le jour de sa profession.
L'automne dernier, comme elle raccommodait et mettait en ordre tous ses bas de coton, une sœur lui demanda pourquoi elle faisait cet ou\Tage, puisque ces bas ne lui serviraient pas pour l'hiver, et qu'ainsi au printemps, il serait bien temps de les raccommoder. " Oh ! dit-elle, " je les raccommode pour que celle, à qui ils seront don- '' nés, les trouve en ordre ; car, ma sœur," ajouta-elle, "je " crois que je ne passerai pas le printemps."
C'est dans cette vue qu'elle avait demandé au bon Dieu la grâce que maman se décidât à venir passer l'hiver au couvent, " afin que," disait-elle, " elle soit moins inquiète, étant près de moi." C'est ce qu'elle avoua plus tard avoir demandé au bon Dieu. Pauvre
petite ! ses désirs, ses prières e'taient bien pures, puisque le l:>on Dieu les exauça. ï^lle n'aimait pas qu'on la plaignît, qu'on parlât trop d'elle ; si bien qu'il fallait lui faire un long sermon pour la déterminer à dire au médecin tout ce qu'elle souffrait. Elle s'efforçait bien, cette chère sœur, de faire ce qu'on lui avait recommandé ; mais bien souvent, lorsque le médecin venait, elle semblait aller mieux. La maladie perdait ses symptômes alarmants. Adine avait toujours de l'embonpoint, et paraissait si pleine de santé qu'on était tenté de croire qu'il n'y avait rien de sérieux dans sa toux. Souvent, quand nous la voyions, maman lui disait : " Mais, tu vas mieux, chère petite, tu vas devenir bien." Elle ne disait rien. Mais quand elle était avec les sœurs, elle leur disait : " Maman me trouve mieux, et c'est bien bon qu'elle le croie ; mais. je ne suis pourtant pas mieux, et je vais mourir."
Elle était toujours bien édifiante cette chère sœur, sa. résignation à la sainte volonté de Dieu était si douce.
Dans ses souffrances, elle n'oubliait pas les pécheurs^ qui avaient toujours eu, pendant toute sa vie, une si grande part dans ses prières. Oh ! mon Dieu, disait-elle souvent, encore quelques souffrances pour la conversion des pécheurs. Elle ne nous oubliait pas non plus et priait beaucoup pour nous.
Quelques jours avant sa mort, comme maman était malade, j'allai seule la voir et elle parut satisfaite de me voir seule avec elle. Pauvre petite ! elle était si faible, qu'elle s'endormait souvent devant moi. Pendant qu'elle dormait, ses doigts étaient agités, ce qui m'attristait beaucoup, car je savais par une triste expérience, ayant vu mourir grand'maman, que cette agitation nerveuse était un mauvais symptôme. Après quelques instants, s'étant réveillée, elle me regarda affectueusement, et me montrant son anneau, me dit d'une voix attendrie :
" Chère sœur, veux-tu être l'épouse de Celui que les anges servent?" J'e'tais encore plus attendrie ; je savais combien elle s'e'tait toujours inquiéte'e de mon avenir, croyant toujours que j'aurais dû me faire religieuse. Je lui répondis : " Bien ! chère sœur St. Louis de Gonzague, je te promets que je ferai la sainte volonté de Dieu. Oui, je t'assure que je n'ai d'autre désir que celui-là." " C'est bien : la volonté de Dieu, n'est-ce pas, Hermine ? tu ieras la volonté de Dieu ? " Et elle dit cela avec un ton pénétré d'amour et de ferveur.
" Oui, oui," repris-je, " ne sois pas inquiète." Pau\Te chère sœur ! quoique je la visse alors bien malade, je ne pouvais cependant penser qu'elle nous serait enlevée si tôt. Je ne pouvais me faire à cette idée qu'elle allait mourir. Et maintenant même, je ne puis croire à la réalité de cet événement. Enfin j'espère qu'elle est au ciel, et que je la reverrai un jour comme je le demande à la sainte Vierge chaque matin et chaque soir, après avoir récité la petite prière de sainte Gertrude. *' Je vous salue, lis éclatant de blancheur..." J'espère qu'à l'heure de ma mort, la sainte Vierge ma bonne mère, accompagnée de ma sœur Adine, viendra recevoir mon âme et l'introduira dans le paradis du bon Jésus.
Le cinquième jour de mars, un dimanche, le dernier que ma chère Adine passa sur la terre, on célébrait au monastère du Précieux Sang les Quarante Heures. Cette chère enfant, n'y pouvant assister, s'unissait à ses Sœurs ■aans son lit de douleur. Pour adorer Jésus tout le temps, elle s'efforçait de se tourner du côté du Saint-Sacrement. Ce même jour, elle dit à la Mère Supérieure : " Chère Mère, je ne sais ce que c'est, si c'est un rêve que j'ai eu, mais il me semble que dans six jours tout sera fait et que j'aurai rendu mes comptes au bon Dieu." " Allons donc, ce n'est rien," reprit cette chère Mère, qui ne voulait pas
qu'elle s'effrayât ; mais elle voyait bien qu'elle déclinait rapidement. Ma bonne petite sœur ne se trompait pas dans ce qu'elle disait, puisque le vendredi suivant tout était fini ; Adine était partie pour le ciel, je l'espère.
Le vendredi, 9 mars 187 1, date toute couverte de deuil et de douleur pour nos cœurs, s'e'teignit la vie si courte de notre bien-aime'e sœur Saint Louis de Gonzague. Oh ! le triste moment ! quand je pense à tout ce qui se passa alors, mon cœur se serre et est navré. Pauvre petite sœur ! Que je lui étais attachée ! Je ne puis me consoler de l'avoir perdue, et avec elle ma seule amie, ma seule consolation. Enfin, j'espère la revoir un jour dans le ciel, oii j'ai la douce conviction qu'elle doit êtl-e. Je me sens souvent portée à l'invoquer. Oh ! que je serais heureuse, si je savais au juste oii elle est, si j'étais sûre qu'elle jouit des délices du paradis.
Peut-être soufire-t-elle encore dans le purgatoire ? Oh ! comme je veux prier, comme je veux supplier le bon Dieu de la délivrer. Ce matin, à la sainte messe, j'ai demandé au bon Dieu de me faire connaître l'état de ma chère sœur. Puisse-t-il m'exaucer !
Quelle douce mort elle fit, cette chère enfant ! Combien j'aime à me la rappeler ! Adine avait déjà reçu l'extrême-onction, lorsque Monseigneur Charles LaRocque, voyant la grande affliction de maman, nous accorda la permission d'entrer dans le monastère et d'aller voir notre bien-aimée malade.
Elle avait toute sa connaissance et nous reconnut parfaitement. Quelle affection vive elle nous témoigna, cette chère petite ! En regardant maman : " Chère mère, ditelle, que je vous aime ! Que je vous remercie de tout ce que vous avez fait pour moi ! " Maman fondait en larmes. Adine nous regarda, mon frère et moi, et nous adressa à chacun des paroles affectueuses. Nous la quittâmes au
bout de quelques instants. Hélas 1 nous ne savions pas que ce fût pour la dernière fois. En l'embrassant, nous entendîmes une espèce de râle, qui semblait venir de ses poumons, mais nous étions loin de vouloir penser que c'était le râle de l'agonie qui commençait.
Hélas 1 on s'abuse toujours sur les personnes qu'on aime. On s"imagine toujours qu'elles ne mourront pas encore. Il semble que nous croyons que notre affection pour elles les mettra à l'abri des souffrances et de la mort.
Nous revînmes bien tristes dans notre chambre. Vers six heures du soir, la Mère Supérieure, accompagnée de quelques autres Sœurs, venait pleurer avec nous ; Adine était morte. Elle était avec Jésus, qu elle avait reçu le matin dans la sainte communion. J'espère que notre doux Sauveur fut moins un juge qu'un époux bien-aimé pour sa petite épouse, et qu'il aura accompli en sa faveur cette parole : " Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie étemelle." Et, combien de fois n'a-t-elle pas mangé la chair et bu le sang du divin amant de nos âmes 1 Combien de fois n'a-t-elle pas soupiré après la visite du bien-aimé, surtout pendant sa dernière maladie !
Oui, j'ai la douce confiance que Notre-Seigneur a eu pour agréables les désirs qu'elle avait de mourir, de s'unir à Jésus pour ne plus jamais s'en séparer. PauvTe petite ! Elle prie pour moi afin de m'obtenir de semblables désirs et le bonheur de la revoir un jour dans le ciel. Quelle consolation de penser au ciel, où, pour l'éternité toute entière nous serons réunis, auprès de Jésus, à ceux que nous avons si tendrement aimés sur la terre ! Oh alors ! jamais plus de séparation 1 ! ! Adine I ma sœur bien-aimée, prie pour moi, afin que j'accomplisse toujours la sainte volonté de Dieu.
8. Résîgfiatioîi et co?îfor?nitc à la sainte volonté de Dieu.
Québec, ler Avril 187 1.
Il y a plusieurs jours que je désire vous écrire, mais toujours quelque chose est venu entraver mon dessein. Je ne veux pas retarder plus longtemps à satisfaire mon cœur, quoiqu'en ce temps de la Passion on doive s'abstenir des consolations trop sensibles ; mais j'ai confiance que le bon Dien me pardonnera celle-ci. Tout va bien tristement, on n'entend parler que de chagrins. Nous en avons eu notre part cette année, en laquelle, les personnes les plus chères nous ont été enlevées. Ma sœur bien aimée, mon excellente Adine, avec qui j'étais si heureuse de vivre à St. Hyacinthe. Pauvre chère sœur, elle nous a donc quittés ! Adorons la sainte volonté de Dieu ! Il me semble que le bon Dieu devrait nous envoyer maintenant quelques consolations.
Je ne mets mon espérance que dans le bon Dieu. Que sa sainte volonté soit faite ! De tout ce qui nous est arrivé, il n'est résulté que du bien ; nous ne pouvons douter qu'il n'en soit ainsi pour l'avenir.
Ma chère maman n'est pas très bien. Elle a souffert "beaucoup d'une entorse au pied. Vous le voyez, mon bon Père, votre exhortation à la conformité à la volonté de Dieu dans les petites contrariétés ne pouvait venir plus à propos. Cette vertu nous est bien nécessaire dans ces temps d'épreuves.
Je commence à comprendre un peu le bien spirituel, que nous pouvons retirer des peines. Je trouve qu'elles nous détachent de la terre et nous font soupirer après le ciel, où nous nous retrouverons tous. Quel bonheur ce sera d'y revoir mes bons parents et ma chère petite sœur Adine, car j'espère bien qu'elle y est, elle était si bonne et si vertueuse.
Je relis bien souvent les lettres que votre bonté vous a porté à m'écrire. Je ne puis trop vous en remercier. Ces jours derniers, je n'étais pas tout à fait tranquille, mais à présent, j'en remercie le bon Dieu, ça va mieux, et j'espère passer ces belles fêtes de Pâques, qui approchent, avec plus de calme et de paix.
Maman et moi, nous sollicitons un souvenir dans vos bonnes prières. Vous savez, mon Père, que nous en avons toujours un grand besoin. Nous prions toujours les Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie et le bon saint Joseph.
ç. Consolations.
Quel^ec, 3 Mai 187 1.
Il y a déjà quinze jours que j'ai reçu votre excellente lettre et je ne vous en ai pas encore remercié. Pardonnez-moi ce long retard, j'en suis bien fâchée, et j'espère que je ne serai plus désormais si négligente.
Dieu est bien bon, mon Père ; il envoie toujours le secours quand on en a besoin. C'est ce que j'admire quand je reçois vos lettres, qui m'apportent toujours les conseils qu'il me faut. Ainsi, la dernière fois que vous m'écrivîtes, je m'attristais à la vue de ma faiblesse, et vous m'apprenez à ne pas me décourager quand je découvre mes défauts, mais plutôt à remercier le bon Dieu de la lumière qu'il me donne pour que je connaisse mes imperfections. Grâces soient donc rendues à Dieu pour le bien que vous faites à mon âme.
Ne craignez pas que je me fâche trop contre la pauvre Hermine quand je lui découvre des défauts ; je m'en garderai bien, afin de ne pas m'attirer votre mécontentement ; et quoiqu'elle soit bien imparfaite, je tâcherai
SŒUR THÉRÈSE DE JÉSUS. go
d'être douce envers elle ; mais, mon bon Père, n'usez pas de trop d'indulgence envers cette petite imparfaite. Je crains beaucoup que vous ne la gâtiez, si vous êtes trop facile pour elle.
Mon Père, il est bien difficile d'être fidèle à ses bonnesrésolutions en vivant au milieu du monde, oii tant de choses nous distraient et nous éloignent de Dieu. L'inconstance de mon cœur, qui se porte si facilement à tout ce qui est naturel et terrestre, me fait craindre de ne pas être persévérante et de me livrer à l'amour du monde, qui perd les âmes. Je m'inquiète alors, mais la pensée des saintes protectrices que j'ai au ciel me console, en me faisant espérer qu'elles me secourront et empêcheront que Tamour des créatures se glisse dans mon cœur. Priez aussi pour moi, mon Père, afin que je sois fidèle à Dieu.
Les exercices du mois de Marie se font bien pieusement à la chapelle de la Congrégation. Il y a instruction tous les matins avant la messe. Vous avez une bonne part dans mes prières pendant ce saint temps.
lo Les trois degrés d^ humilité.
Québec, 23 Mai 1871.
Votre lettre sur l'humilité, mon bien vénéré Père, m'a fait l'effet d'un véritable entretien avec vous. Il me semblait vous entendre m'expliquer les différents degrés d'humilité. Votre lettre, toute mystique qu'elle est, ne m'a cependant pas été incompréhensible. Je vous avais déjà entendu expliquer ces trois degrés d'humilité, et d'ailleurs vous me parlez de ces choses spirituelles dans des termes si clairs et auxquels je suis tellement habituée que je comprends toujours bien tout ce que vous voulez me dire.
go UNE FLEUR DU CARMEL.
Vous avez bien devine', mon Père, quand vous avez pense' qu"à la fin du premier degré d'humilité', je m'écrierais : '■ ^fon Dieu ! fen ai assez du premier degré ! " Je n'ai pas manqué de le dire bien des fois, et encore plus souvent à la fin du second Mais enfin je me suis décidée à tâcher de m' élever jusqu'à ce second degré, qui m'effraie tant et même jusqu'au troisième avec la grâce du bon Dieu,
Mais, mon Père, je trouve que c'est terriblement difficile et dur à cette pauvre nature. On dit bien : Mon Dieu ! je veux souffrir tout ce que vous voulez que je souffre ; mais quand on en vient à la pratique, ce n'est plus la même chose. On se lamente, on essaie d'éviter les moindres contrariétés. J'en fais souvent l'expérience, mais je ne m'effraie pas de voir ces oppositions dans mon cœur. Vous m'avez appris à connaître que ce sont les inclinations de dame la Nature qu'il faut faire mourir, <en recherchant ce qui leur est le plus opposé.
Je ne vous promets pas encore, mon bon Père, de courir après les humiliations et tout ce qui contrarie cette pauvre chère humanité; mais ce que je vous promets, c'est de m'efforcer d'accepter paisiblement celles qui me viendront, comme m' étant envoyées par le bon Dieu. Que je serais heureuse si je pouvais parvenir à être calme au milieu de toutes les contrariétés I
Il me semble, mon Père, que, quand on est parvenu au Svicond degré d'humilité, il ne doit plus y avoir de de chagrin à craindre. Car comme on ne veut que ce que le bon Dieu veut, il arrive qu'on n'est ni surpris ni fâché de ce qui peut arriver de plus pénible. C'est ce que vous me dites dans une de vos lettres, et ce que je commence à comprendre. Aussi vais-je m'efforcer, avec l'aide de Dieu, d'acquérir cette conformité à sa sainte volonté. La croix d'or que je porte, me sera d'une grande utilité,
en m'apprenant à être résignée, comme mon Sauveur le fut sur la croix. Je veux toujours porter ma croix et ma chaîne.
Vous avez sans doute appris qu'il se prêche une retraite pour les clames à l'église de la Congrégation. Le Révérend Père N. la dirige avec un zèle et une charité admirables, ce qui nous fait espérer qu'elle produira de nombreux fruits. Cette retraite ne se donne que pour les dames mariées ou veuves, de sorte que j'en suis exclue à mon grand regret Ma chère maman était aussi un peu contrariée de faire cette retraite sans moi, car vous savez que nous ne nous quittons jamais. Elle s'est cependant décidée à la faire, et est "maintenant bien contente de sa décision ; mais je m'ennuie un peu étant toujours seule. J'espère que j'aurai plus tard le privilège de faire, moi aussi, une retraite : maman me le promet pour me consoler. Priez, mon Père, pour que ces promesses se réalisent.